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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 00:09

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« L’acidité est mon pays gustatif. Avant de faire du vin je ne savais pas la reconnaître tant elle fait partie de moi. De là où je viens, les terres sont acides, les fruits sont toujours un peu acides – même les mûres quand elles sont mûres –, l’air est iodé. Le muscadet et le gros-plant sont les premiers vins que j’ai bus, le muscadet avec le brochet au beurre blanc et les civelles, le gros-plant avec les huîtres du Croisic. Ce sont des vins, et de tous les jours, et du dimanche. Ils rincent la bouche, se mettent juste ce qu’il faut en retrait quand on mange quelque chose qui leur va bien, comme la main gauche accompagne le chant de la main droite au piano. Ils ont le goût de la mer entrant dans l’estuaire, ne craignent ni les échalotes vinaigrées du beurre blanc ni le filet de citron sur les huîtres dans les salles à manger nappées de blanc, ou sur les tables des restaurants des bords de Loire. Ils se boivent au comptoir, le matin de la solitude, le dimanche au coude à coude, dans un brouhaha de voix graves et de souffles qui recouvrent les vitres des bistrots d’une pellicule de buée, car souvent dehors il pleut. Dans mon village, il y a eu, jusqu’à mes dix ans, à peu près, 22 cafés pour 2800 habitants où l’on buvait des petits blancs, du muscadet et du gros-plant. C’est simple, à peu près une maison sur deux faisait café (on dit chez nous café plutôt que bar ou bistrot, comme on dit crayon de bois pour crayon tout court, je ne sais pas pourquoi). Au moment des vendanges, on trouvait dans les rues de Nantes, à côté de dames vendant dans des caisses en polystyrène des sardines de la Turballe ou de Saint-Gilles, du bourru conditionné dans des bouteilles en plastique. Lui aussi était acide. Maintenant, je sais que l’acidité est mon pilote. »

Catherine Bernard vigneronne à Saint-Drézéry link vient de publier aux éditions du Rouergue www.lerouerge.com un livre « Dans les Vignes » Chroniques d’une reconversion.  L’extrait ci-dessus ne doit rien au hasard car Catherine Bernard est née juste au-dessus de ma Vendée crottée. Nous avons un patrimoine gustatif commun, l’acidité est aussi chez moi un marqueur : croquer des feuilles d’oseille dans le jardin du pépé Louis c’était l’extase ! De plus, étant né à la Mothe-Achard célèbre pour sa foire mensuelle aux bestiaux et ses marchés hebdomadaires : cochons, volailles, beurre&œufs mais pas fromages, les « cafés » pour les 1200 habitants avoisinaient la centaine. Au retour de la foire, après une station à la maison du Bourg-Pailler pour régler mon père ou licher un autre verre, c’était souvent le cheval qui ramenait les hommes à la maison. Bref, l’histoire de la nouvelle vie de Catherine Bernard qui, après sa formation au CFPPA pour préparer un BPA viticulture-œnologie, est maintenant dans les vignes et dans son chai, vaut la peine d’être lue.

 

Deux autres extraits :

 

« Il me semble que ma vie entière n’y suffira pas. Au mieux, au plus, je vendangerai quinze, vingt, trente fois, tandis que j’ai écrit des articles par centaines, peut-être par milliers, que les médecins rédigent des ordonnances par centaines de milliers, que les boulangers pétrissent des baguettes par millions. À y regarder de près, une vie de vigneron se résume à peu de vins. Ni l’avion, ni Internet, ni le téléphone ne peuvent raccourcir la distance qui sépare un millésime d’un autre. Le temps se défie du temps, fait des pieds de nez à l’obsolescence. »

 

« Le raisin ne peut pas se transformer en bon vin s’il est ramassé dans l’indifférence de l’autre. Le vin est ce breuvage particulier qui naît de la solitude de la terre, grandit dans un tête à tête, et s’épanouit partagé, produit de l’imaginaire, du symbolique et de la réalité, formant un tout inextricable. C’est aux vendanges, plus qu’à aucune étape du processus, que l’imaginaire percute la réalité. »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Sylvain 26/04/2011 13:54



Bonjour à tous. Si vous êtes sur Paris ce soir, je vous invite à passer saluer Catherine Bernard. elle vient nous parler de son aventure et de son livre. Nous dégusterons son VDP en 2009 et 2010.
Rdv à partir de 18h30 au 36 rue Sainte Marthe 75 010 Paris.



Luc Charlier 20/02/2011 10:55



Oui, et en Médoc, c’est la date de vendange pour l’acidité et Tirlemont (ou Saint Louis) pour le sucre , Michel.


Tabernak, Monsieur Gagnon, en Toscane, ils vendent maintenant des assemblages sangiovese/syrah (Rocca delle Macie, p.e) et j’y ai même
bu du ... blanc de syrah (100 % syrah, sans aucune coloration orangée, tranquille comme un bedeau après la messe).



Michel Smith 19/02/2011 23:16



Chez nous ce serait plutôt Carignan pour l'acidité et le Grenache noir pour le sucre...



Marc André Gagnon 19/02/2011 20:33



Très intéressante, cette discussion sur l'acidité, le sucre et l'équilibre.
Cette différence de goût serait aussi due à notre production salivaire qui varie de 1 à 15 selon des individus. Donc, pour certains l'acidité est diluée par la salive abondante, alors que pour
d'autres elle est perçue comme une agression. Ici au Québec, en Amérique française, nous sommes un peu des deux mondes. Des sucrés Américains et des acides Européens. Il y a les deux dans chaque
famille, ce qui ne facilite pas le choix des vins, mais anime de belles discussions. Les deux familles : les Shiraz et les Sangiovese. On parle ici de buveurs de type A ou B.



Luc Charlier 19/02/2011 19:00



Il me plaît le Gagnon : le sens du détail. Serait-il un obsessionnel comme moi ? A propos, j’ai acheté le bouquin et commencerai à le lire dès demain. De chouettes petites photos (N&B) disséminées dans le
texte, 230 pages, et une jaquette qui m’explique que la Miss a un parcours qui ressemble à quelqu’un que je connais. Peut-être que je devrais m’y mettre aussi ? Michel Smith, une vraie
plume, bien française, m’y exhorte. En plus, 20 € tout de même – j’espère que l’auteur en touche une part substantielle. Et la maison d’édition fait bien son boulot, allant jusqu’à reprocher aux
journalistes de ne pas utiliser les bons clichés pour en faire la promo. On accepte les Flamands, chez Rouergue ? 


Catherine Bernard écrit : «  ... les ampélographes sont des scientifiques rares et méticuleux ... ». Pour avoir
rencontré le plus célèbre d’entre eux plusieurs fois  - il m’a dédicacé son traité le 5 février 1993 - Pierre Galet de Montpellier, je sais qu’elle a
raison.


Dites-moi, Jacques Berthomeau, si on prenait une année sabattique tous les deux ? Je dis au Crédit Agricole d’attendre mes versements, à mes vignes de se mettre en stand-by, et on installe le groupe électrogène
dans mon casot maurynate (pour l’ordinateur et nos deux écrans) : il est très silencieux et donne un courant suffisamment stable pour l’onduleur. Céréales le matin (diabète oblige), grillade
le midi, poisson le soir (pour le phosphore) et hop, 60 caractères par ligne, 30 lignes par page et vogue la galère ! Tu m’emballes ta Francesca, je te déballe Léon. Quatre mains pour un
in quarto, c’est classieux non ?



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