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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 00:09

Je sais les bonnes âmes, et les moins bonnes, vont soupirer « après son jamboree, qui n’a pas résisté à la pluie qui n‘a cessé de tomber depuis qu’il en a lancé l’idée, voilà encore un truc à la mord moi le nœud que ce pauvre Secrétaire-Perpétuel autoproclamé de l’A.B.V balance du haut de sa chaire et qui va se vautrer dans l’indifférence générale… »



Désolé de vous décevoir mais aucune nouvelle mouche n’a piqué votre Taulier préféré, ce matin il se contente d’être le porte-parole d’un type border line Taras Gresco, un canadien allumé, qui déclare d’emblée « J’ai joué à cache-cache pendant un an avec le diable… » et qu’il « n’a pas toujours su résister à la tentation ». Pour sûr que ce gus donnerait des cauchemars à Claude Guéant et Manuel Valls réunis en séminaire, affolerait les sanitairement correct de tous poils et de toutes obédiences, plongerait l’ANPAA et ses adeptes dans la plus profonde attrition, risquerait les buchers des fous de Dieu, mais il faut se garder de le cantonner dans le rôle du pur provocateur. Mieux vaut le lire. En exergue il cite Voltaire « Usez, n’abusez point ; le sage ainsi l’ordonne. Je fuis également Épictète et Pétrone. L’abstinence ou l’excès ne fit jamais d’heureux. » et annonce la couleur « En ce qui me concerne, j’ai toujours été fasciné par les interdits. Adolescent, dès l’instant où je suis tombé sur les mots absinthe, haschich et opium, je n’ai plus eu de cesse d’en avoir trouvé. Je n’ai jamais compris les gens si peu curieux qu’ils se refusaient à expérimenter des sensations nouvelles et à modifier leurs perceptions, simplement parce que les moyens pour y arriver étaient mis hors-jeu par des lois arbitraires. Ceux qui passent outre, les rebelles, les bons à rien, les esprits indépendants, m’ont toujours semblé les compagnons les plus agréables. (Au contraire de ceux dont l’intérêt vire à l’obsession, les alcooliques, les victimes de la drogue, les tristes toxicomanes qui sont souvent assommants. »


Pour vous mettre en appétit je vous livre ce que notre homme déclare dès le prologue : « À la fonte des neiges, j’organiserai un grand pique-nique pour faire goûter ma curieuse récolte. Je déploierai une nappe dans le parc qui s’élève au centre de ma ville, celui qui domine une énorme croix catholique… » Je ne vais pas lever totalement le voile sur le menu de ce pique-nique sauf qu’en apéritif il servirait « un petit coup de gnôle à 96° » qu’on lui a vendu en Norvège avec des amuse-gueules « tartinés d’un époisses de 5 semaines bien coulant ». Pour le plat principal ça vient d’Espagne « une marmite de bébés anguilles tués dans une infusion de tabac et un ragoût de testicules de taureaux à l’ail » et vous vous doutez bien que ce ne serait pas du goût des écolos et des défenseurs des animaux.


12 mois de voyage à travers 7 pays ont permis à l’auteur de changer sa vision un peu jusqu’au-boutiste de la légalisation et de se forger une opinion plus nuancée de la prohibition et de sa mise en œuvre. Il souligne avec humour qu’il aurait dû s’en douter : « finalement, rien n’est simple. Le diable, c’est bien connu, est dans les détails. » 


le-pique-nique-du-diable-200.jpg

 

En épilogue de son livre Le pique-nique du diable Un tour du monde des fruits défendus Taras Grescoe petite bibliothèque Payot 10,50€ l’auteur nous livre ses réflexions sur l’inanité de la prohibition



« La prohibition, ce carcan d’interdictions, qui, à travers l’histoire, a assujetti les bouteilles et les comportements, les poudres et les plantes, est un instrument de pouvoir. La pulsion qui pousse à chercher le plaisir sexuel, le besoin d’échapper temporairement au quotidien à travers l’ivresse, la tendance à s’interroger sur le sens de la vie, surtout quand elle devient insupportable, sont indissociables de la condition humaine. Nous nous définissons par rapport à ces questions fondamentales, et notre façon de les aborder détermine notre identité. À travers les tabous et les prohibitions la société refuse l’autonomie de pensée à ses membres et s’octroie le droit de punir la sexualité, la discernement et le libre arbitre, donc d’empiéter sur les domaines les plus intimes de l’existence.


Il n’est pas innocent que l’islam se soit construit sur l’interdiction du vin et des jeux de hasard, et presque toutes les grandes religions sur la prohibition de certains types de plaisirs sexuels. Ce n’est pas non plus pour rien que, dans la tradition judéo-chrétienne, les premiers hommes n’avaient pas le droit de toucher au fruit défendu. Ce choix absurde d’une pauvre pomme (qui était peut-être une poire, une figue ou une grenade) est très révélateur : le pouvoir aime faire sentir sa présence à travers des interdictions arbitraires. C’est le serpent, le tentateur et l’aiguillon de la connaissance, qui a invité les hommes à leur premier pique-nique. Comme le disait Mark Twain :


« Adam n’était qu’humain, ce qui explique tout. Il ne voulait pas la pomme pour la pomme, il voulait la pomme parce qu’elle était interdite. On aurait mieux fait d’interdire le serpent ; il aurait alors mangé le serpent. »


Très exactement. Si le plat principal du pique-nique du diable avait été le diable lui-même – et avec lui la notion que la connaissance de soi est une forme de transgression –, les appétits naturels n’étant plus stigmatisés, les chrétiens et les juifs se seraient et évité de siècles de tourment. »


Grescoe n’en ait pas pour autant un partisan du marché libre des drogues, il estime que c’est une absurdité car comme le faisait remarquer Williams S. Burroughs à propos de l’héroïne « La came est le produit idéal – la marchandise n’est pas vendue au consommateur, c’est le consommateur qui est vendu à la marchandise. ». L’autorégulation est une vue de l’esprit car elle ne prend pas en compte le caractère insidieux de la dépendance et les conséquences à long terme sur la santé. Alors il affirme à juste raison « mais si la société ne doit pas jeter ses membres en prison ni leur donner d’amendes pour avoir fumé un joint, bu du vin de messe, ou s’être procuré du poison pour se suicider, elle a le devoir de règlementer le commerce des substances potentiellement dangereuses. »


Ceux qui liront le livre de Grescoe découvriront son approche de cette réglementation qui a le mérite de ne pas se fonder sur une pure vision idéologique mais sur la réalité des pratiques. L’auteur s’interroge sur son devenir car en paraphrasant Voltaire « Il est dangereux d’avoir raison quand les autorités constituées ont tort » :


« En attendant, je suis encore assez jeune pour aimer le monde et le désordre, et l’irrationalité des idéologies vétustes qui s’y affrontent. Un jour viendra peut-être où je serai forcé de trouver refuge dans un autre pays (…)


Et ce ne sera pas la France « J’ai déjà vécu en France, mais j’ai beau adorer ses fromages, son chocolat, son vin, la culture française devient si rigide et si immobiliste, si confite dans sa gloire passée, que j’aurais peur d’être perclus de rhumatismes avant l’âge. »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Olivier Borneuf 13/06/2012 09:48


Merci :) ça a l'air bien écrit en plus !

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