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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 02:09

Hors de la présence de la belle Eva j’eus droit à un barbier puis à un bain parfumé puis à un costume en flanelle grise bien coupé et à une chemise bleu ciel étendus sur le dessus du lit d’une chambre immense comme un hall de gare. Dès que je fus pomponné et habillé, les Richelieu trop neuves me serraient un peu les pieds, un maître d’hôtel poussant une table roulante entrait. Il installait ce qui avait toute la tête d’un souper aux chandelles. Que cachait encore ce grand jeu ? Allais-je encore devoir payer de ma personne ? Connaissant les mœurs prédatrices d’Eva je pressentais le pire tout en subodorant une manœuvre plus subtile. Mes interrogations ne restèrent pas très longtemps sans réponse car Eva me rejoignait ayant troqué son tailleur Saint-Laurent pour un ensemble pantalon Saint-Laurent. Le maître d’hôtel nous servait du champagne Grand Siècle dans des flutes. « À notre collaboration ! » le ton était donné, j’étais pris dans les rets de la tigresse. Nous nous assîmes face à face et nos genoux se frôlaient, elle ne cillait pas. Bien au contraire affichant un sourire plein de dents elle m’annonçait qu’à son grand regret les autorités chiliennes avaient extradée Chloé vers l’Italie au motif d’activités contraire aux intérêts supérieurs du Chili. Elle ajoutait, tout en pianotant de ses ongles carminés sur l’assiette de porcelaine, que c’était un coup fourré de ces bourrins de militaires, les siens comme les chiliens, qui voulaient ainsi faire pression sur moi pour que je décanille au plus vite. Sans me laisser démonter je lui faisais remarquer que toute cette histoire ne tenait pas de debout, qu’elle me menait en bateau et que bien évidemment je n’étais pas dupe. Loin de se récrier Eva déclarait me comprendre. Je l’en remerciais avec froideur tout en ajoutant que cette compréhension n’emportait aucunement mon adhésion et que j’exigeais des explications.

 

« Vous devez mourir de faim... et ce champagne doit vous tourner la tête... » me répondait-elle en posant sa belle main sur la mienne « reprenez des forces, nous allons en avoir besoin monsieur le ravageur des cœurs de femmes délaissées... » Sans rien lui en laisser paraître je sentais bien qu’elle surjouait, qu’en dépit de son effet d’annonce nous n’allions pas nous envoyer en l’air, l’heure était au donnant-donnant. Au plus fort d’un affrontement les femmes américaines, du moins les grandes bourgeoises de côte Est, contrairement aux femmes de l’élite française, plus portées à singer leurs homologues masculins, ne se départissent jamais de leur côté prédatrice femelle. À tout moment, même les plus violents, elles semblent toujours en capacité de venir vous dégrafer votre futal pour vous tailler une pipe. La fellation est quasiment consubstantielle à la wasp américaine : prendre sans rien donner, amener le mâle à la soumission sans risque majeur, l’efficacité américaine. La belle Eva, sûre d’elle, appliquait à la lettre la stratégie élaborée par sa hiérarchie, tout en gardant son arme fatale en réserve dans le cas où le sujet traité se déroberait. J’anticipais donc, entrant dans son jeu comme un gentil agneau qui vient de naître. Ma stratégie se résumait, dès qu’Eva s’adressait à moi, à la contemplation de sa gorge pulpeuse qui s’offrait à mon regard par l’entrebâillement de la veste de son tailleur Saint-Laurent. Elle ne portait rien dessous sauf un de ces soutiens-gorge pigeonnant qui projetait ses seins opulents dans la pointe du V surplombant le premier bouton. Sous l’effet de sa respiration, de sa gestuelle, une forte tension s’exerçait sur ce pauvre bouton prisonnier d’une boutonnière assez lâche. Dès que je reprenais la parole mon regard se détachait de ce point de fixation laissant à Eva le temps de libérer le fameux bouton. C’est ce qu’elle fit, avec grâce et doigté, à la suite d’un rapide tamponnement de ses lèvres avec sa serviette.

 

Comme chez Saint-Laurent la veste du tailleur pantalon n’est dotée que de deux boutons l’échancrure devint baie et la poitrine d’Eva s’offrait à moi dans toute sa splendeur arrogante. En d’autres circonstances j’aurais poussé mon avantage mais là réprimant ma forte envie de passer à l’action, j’entreprenais Eva sur un terrain très professionnel « Hormis mes talents d’étalon-latin qu’attendez-vous de moi très chère ? » Sous l’effet de ma contre-attaque elle ne bronchait pas, se contentant d’un petit geste rapide pour se défaire du dernier bouton et poser ses deux coudes sur la table. « Ce que j’attends de toi, sale petit mec qui porte sa bite en bandoulière, c’est que tu m’obéisses au doigt et à l’œil... » Sa voix rauque adoptait une scansion rapide, vulgaire « tu vas être mon caniche, mon toutou qui me léchera les doigts de pied avant d’aller foutre sa truffe dans les poubelles... » elle se redressait bombant le torse « un chien c’est fidèle à sa maîtresse, je ne tolèrerai plus le moindre écart à la ligne que je vais te donner... » Je la coupais sèchement « Vous êtes lamentable Eva. Votre petit numéro me déçoit. Tout ça pour en arriver là. Franchement une poule de luxe ferait bien mieux que vous. Réajustez-vous sinon je demande aux autorités de ce pays de me remettre à l’ombre. Que vous le vouliez ou non, c’est moi le boss. Je ne suis qu’une petite merde de français mais vous avez besoin de moi. Ni vos menaces, ni votre cul, ni vos lobards, ne me soumettront. Vous baiser ne m’intéresses pas Eva. Je n’en ai rien à foutre car je n’en ai rien à foutre de tout. Je ferai tout ce que vous voudrez mais à une seule condition Eva : plus de sexe entre-nous... » Belle joueuse, sans se réajuster, elle levait sa flute de champagne « à notre collaboration ! » Je venais de gagner la premier set mais la partie restait ouverte.   

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

Luc Charlier 12/12/2010 11:47



C’est beau comme du Giscard d’Estaing, ça !


Une place sous la coupole, peut-être ?



JACQUES BERTHOMEAU 12/12/2010 12:45



Non je préfère une place sous la couette de ...


l'épisode prochain retour à la dialectique pour botter le cul aux pousses aux crimes... et bien sûr l'irruption de Luc le Belge dans l'histoire... un pur héritier du Léon...ça va bouillir...



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