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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 00:00

En un temps où le chacun pour soi, souvent bardé d’une flopée de bonnes intentions et d’une cotriade de belles justifications, triomphe en notre beau pays, y compris dans les vignes et les chais, l’histoire d’une poignée d’hommes, tous viticulteurs à Mailly Champagne, Édouard Hutasse, Louis Dubreuil, surnommé Ti Louis, Pierre Homand, Irénée Janisson qu’on appelle le Père Jibé, Fernand Rémy et Paul Dubreuil emmené par Gabriel Simon, fondateur et véritable figure de proue, ainsi que René Tournay, Camille Rémy et Charles Petit qui décident en 1923 de se regrouper afin de presser en commun leurs raisins, vinifier leur vin pour le vendre aux Maisons de Champagne est intéressante à conter.

 

Pour autant mon intention n’est pas de donner à cette histoire une valeur exemplaire, à chaque période ses défis et les réponses appropriées, mais tout simplement de rappeler à certains, jeunes ou moins jeunes, des valeurs qui ne sont pas dévaluées par notre prétention égotique à penser que seules les trajectoires individuelles comptent. En effet, nos dix bons hommes rejoints six ans plus tard par quatorze autres viticulteurs de Mailly sont, sur ce total, dix-huit à être membres de l’Union musicale de Mailly Champagne et treize anciens combattants de la Grande Guerre. Leurs valeurs de courage et de fraternité opèrent l’osmose indispensable pour relever les défis face à un avenir incertain et transcendent leur manque cruel d’argent. L’union de ces hommes de bonne volonté qui ont du courage à revendre va accoucher d’une véritable révolution dans les habitudes de l’époque. En effet, en ce début du XXe siècle les Maisons de Champagne détiennent le monopole du pressurage et ce contrôle de l’approvisionnement leur donne la main sur le cours des apports.

 

Bien évidemment cette prise en mains n’a pas été du goût du tout puissant Syndicat du Commerce des Vins de Champagne qui décida de boycotter les vins clairs vinifiés en 1929, 39 et 31 sur le site « aux François » par les 24 adhérents. La réponse à ce boycott peut aujourd’hui paraître évidente, élaborer eux-mêmes leur propre Champagne, constituait une lourde responsabilité qu’assumèrent Gabriel Simon et Gaston Hénin le chef des caves. Ainsi Champagne Mailly Grand Cru naissait de l’extrême nécessité et allait devenir l’exemple d’un Champagne issu d’un vignoble Grand Cru Classé à 100%.

 

Sans soutien bancaire, avec du matériel loué et des bouteilles de récupération, ils procèdent à un premier tirage de 8000 bouteilles qu’un négociant achète et paye sur le champ ce qui permet aux adhérents de réinvestir les fonds pour tirer 50000 bouteilles neuves cette fois. Cette montée en puissance les place devant un nouveau problème : la place. Que cela ne tienne l’huile de coude remplace le manque cruel de capitaux : sur les conseils de Gabriel Simon, ancien officier du Génie, nos pionniers empoignent pelles et pioches pour creuser durant l’hiver 1931-32 un escalier de 77 marches qui descend à 17 mètres de profondeur pour créer le premier caveau. L’élan est donné, le règlement de la coopérative prévoit que chaque adhérent offre 10 jours de travail bénévole par ha. Ainsi, pendant plus de 30 ans, en plus de leurs propres travaux dans la vigne, nos hommes vont s’activer sous terre, façonnant des cintres de chapelles, déblayant 350 000 m3 de gravats qu’ils remontent à la surface en de lourds wagonnets et qui serviront à l’empierrement des chemins communaux. Ainsi, un kilomètre de caves creusées dans la craie abritent 2 millions de bouteilles.

 

Mais quand le vin est tiré il faut le vendre et nos pionniers savent bien que c’est un autre métier que le leur, alors ils décident sagement de confier leurs intérêts à des représentants qui vont sillonner le pays et participer aux foires les plus prestigieuses. Mais ça c’est une autre histoire à laquelle un jour je m’attellerai sans doute après être allé sur place m’imprégner de l’esprit du lieu revisité, à l’aube du nouveau millénaire, par Giovanni Pace, jeune architecte rémois d’origine italienne. Sur la montagne de Reims, sur les 70 ha des descendants des adhérents d’origine, je foulerai le terroir des meilleurs lieux-dits, les galipes, les Croyats, les Poules, les Coutures, les Côtes du Midi et les Champs des Buissons, avant d’approcher au plus près de l’alchimie du Mailly Grand Cru. Quoi de plus dans la tendance qu’un « monocru », qui plus est un Mailly Grand Cru (17 villages sur 324 sont des Grands Crus) assemblé à partir des 450 parcelles identifiées et répertoriées.


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Pour les amateurs de chiffres : 81 adhérents, 70 ha de vignes : 75% Pinot Noir et 25% Chardonnay, moyenne d’âge 25 ans avec 8000 pieds à l’hectare, 450 000 bouteilles produites. Le détail des différentes cuvées sur www.champagne-mailly.com/ . Dans le TOP 10 des champagnes publiés dans ma chronique  « Les 2 Jacques Dupont et B se font mousser au Champagne pour les fêtes » (cliquez icihttp://www.berthomeau.com/article-les-2-jacques-dupont-et-b-se-font-mousser-au-champagne-41502576.html) figurait la cuvée Les Échansons 1999 17/20 Mailly-Champagne « 75 % de Pinot Noir, 25% de Chardonnay. Nez vineux, marqué par le pinot, groseille, bouche crémeuse et dense, beaucoup de classe, vin de repas. 75 euros ». Belle trajectoire que celle du « Domaine Mailly Grand Cru » bien ancrée dès l’origine dans son terroir originel, tracée tout d’abord avec courage, pugnacité, intelligence par une poignée « hommes debout », puis inscrite dans la modernité par des vignerons fiers de leur histoire et sans aucun doute conscients qu’ils ont reçu bien plus que des vignes en héritage.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Erwan 15/01/2010 09:47


C'est quand même un bel exemple de réussite collective! 
A partir du modèle des coopératives sont nées les unions qui permettent de mettre en commun les moyens de plusieurs coopératives pour créer des marques encore plus fortes.
Aujourd'hui ce défi de la coopération est toujours d'actualité : concentration et alliances peuvent favoriser la compétitivité de nos vins de marque en UE et à l'export.  


Brisson 14/01/2010 16:43


Pourtant du métier, je ne connaissais pas l'histoire.... merci


dissertation 13/01/2010 08:57


Blogs are so informative where we get lots of information on any topic. Nice job keep it up!!
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dissertation


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