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27 août 2007 1 27 /08 /août /2007 00:02

La région du lac de Naivasha, à 3 heures de route de Nairobi, est la capitale kenyane de la culture des roses (le bouquet ci-dessus vendu par la chaîne au nom de la rose en fait un argument de vente puisqu'il est désigné sous le nom de roses africaines). Bel exemple de délocalisation à base de capitaux hollandais du produit phare du marché français et européen. Les berges cernées de 1200 ha de serres bâches plastiques produisent 2000 millions de fleurs par an. Sous le climat équatorial, chaque tige, produit une rose tous les 45 jours. Culture hyper-intensive sur une trentaine de plantations dédiées aux marchés européens. Tous les jours les bouquets, maintenus à 3°, partent de l'aéroport de Nairobi pour être 2 jours après la coupe sur les étals des fleuristes de Paris, Berlin ou de Zurich. Des millions de tonnes d'eau sont pompées du lac pour l'irrigation qui reçoit en retour des millions de litres de pesticides et se meurt doucement. Quant aux conditions de travail dans les plantations elles sont au niveau de ce que dénonçait le rapport Villermé au XIXe. Tout ça pour s'offrir un petit bouquet de roses pas chères.

Mais, comme la bonne conscience s'achète, un marché naissant de la fleur coupée équitable est né. Carrefour propose des "roses équitables" de Panda Flowers sous le logo Max Havelaar. En Suisse, pays pionnier en la matière, plus de 90% des roses sont estampillées équitables. La ferme de Panda Flowers c'est 50 ha, 70 millions de roses/an et 800 employés. Le cahier des charges oblige à une bonne gestion de la ressource en eau. Les pesticides dangeureux y sont bannis. Les employés, grâce au sur-prix payé par les acheteurs : 12 % au-dessus des prix du marché, se sont partagés un pactole de 120 000 euros en 2006. La prime a permis de financer des panneaux solaires, un moulin à farine de maïs, une école... Dans un océan de sur-exploitation, vous me direz, c'est mieux que rien. Cependant, les domaines équitables du Kenya et de Tanzanie restent dans une perspective de culture de rente intensive qui exige de lourds investissements. La délocalisation guette ces pays avec l'irruption de la Chine sur ce marché lucratif mondialisé.

Alors que faire ? Acheter intelligent comme je l'écrivais dans ma chronique " la meilleure façon de marcher ". Comme ose l'avouer, Gertrud Falk, responsable de la campagne fleurs pour l'ONG allemande Fian : " Notre message : avant de vous tourner vers les fleurs équitables du Sud, recherchez d'abord des fleurs cultivées dans votre région..." La fleur coupée, comme notre divin nectar, fait partie de ces produits non indispensables à notre survie physique mais si utiles à la vie que l'on vit, alors pourquoi s'interdire de promouvoir des démarches qui touchent le grand nombre et pas seulement les militants de causes perpétuellement minoritaires : rien ne m'énerve plus que la pub de biocoop pour les vins équitables d'Afrique du Sud. Entendez-moi bien, j'achète aussi équitable, mais en rester à ce degré de bonne conscience ne suffit pas, il faut oser dire et écrire que, dans notre beau pays, on produit aussi équitable puisque notre modèle de production est respectueux des hommes. Dans le débat sur la réforme de l'OCM vin, bien plus que les leurres environnementaux agités par la Commission, l'approche territoriale, celle des coopératives comme celle des vignerons indépendants doit être économiquement prise en compte. C'est un plus commercial, un argument de choix de consommation intelligente. C'est la meilleure arme contre les délocalisations. C'est notre avenir de pays développé. C'est aussi l'un des moyens efficace de peser sur le modèle de production dominant hyperproductiviste, non durable, en créant un vaste marché où celui-ci ne sera plus efficient. 

Ce n'est pas une vue de mon esprit. Pour preuve, les paludiers du sel de Guérande ont pu faire reculer les grosses salines qui dominaient le marché en leur piquant 15 à 20% de leur part de marché. Un marché rentable et surtout pas une de ces fameuses niches. Alors, sur les bords du lac Naivasha, les domaines, au lieu de se contenter d'être "équitables" pourront être acteurs sur ces marchés, créer leur propre richesse, créer un classe moyenne leur permettant aussi se tourner vers des cultures de proximité utiles aux populations autochtones. Ce n'est pas rêver que de promouvoir des solutions économiquement viables et socialement efficaces. Le Marché Commun, si critiqué, à juste raison dans ses dérives, a été aussi créateur d'un marché intérieur qui fait vivre nos territoires ruraux, viticulture y compris. Aux consommateurs occidentaux de choisir en citoyens du monde adultes plutôt que de se lamenter sur l'horreur de la mondialisation. Dites-moi savez-vous quel est le prix d'un petit bouton de rose africaine ? Au début du siècle nous étions les premiers producteurs de fleurs du monde. Alors ? 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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Laetitia 27/08/2007 12:08

J'ai un instant cru que tu allais sombrer dans le NicolasHulisme bêlant, mais me voilà rassurée.Je n'ai pas vu la campagne de Biocoop sur les vins Sudaf (faut dire que le Biocoop de chez moi n'est pas réservé aux Bobo du front de Seine) mais je suis estomaquée de l'apprendre. Du vin équitable produit à Stellenbosh alors qu'on en produit à quelques encablures de notre maison (nos lois sociales sont là pour ça) c'est aussi stupide que du bio qui a traversé toute l'Italie ou toute l'Espagne puis la France pour arriver dans les linéaires: il est considérablement mois bio, au bilan, que ce qui est est "pollution raisonnée" dans notre région...Bref, on reviendra sur le sujet.Et sur tes années de prof associé,aussi, , ça nous détendra un peu.

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