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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /Sep /2009 00:02

« Qui n’en a pas goûté ne connaît pas l’île » affirme Émile Bergerat dans son livre Souvenirs d’un enfant de Paris 1887. Le brocciu ou encore broccio est une « friandise » qui se consomme tout au long de son vieillissement. Frais, il se prête à toutes les fantaisies, nature ou agrémenté de sucre, d’eau-de-vie, de fruit ou de confiture sur une belle tranche de pain. Avec l’âge, il s’affermit et son goût s’affirme, et alors le brocciu s’allie avec tous les moments du repas, chaud, froid, frit : entrées, légumes, pâtes, poissons, viandes, œufs et, bien sûr, desserts.

 

Art venu du fond des âges, l’élaboration du brocciu par les bergers, tour de main précis et délicat, relève d’une forme de magie où, avec le même corps de règles, chaque produit est unique. . Indifféremment confectionné à partir de lait de chèvre ou de brebis, le brocciu se trouve sur les marchés lors de la période de lactation des chèvres et des brebis (de septembre à juillet). Son goût évolue en fonction des conditions d’alimentation des animaux. Pour les puristes, le brocciu confectionné avec du lactosérum de chèvre et de lait de brebis est le meilleur.

 

Dans Bergers Corses, Georges Ravis Gordiani, décrit avec la précision de l’ethnologue la confection du brocciu par les bergers du Niolu.

 

« Il reste à faire le brocciu avec le petit-lait recueilli soit avant la mise en fattoghje (fromage de chèvre), soit à la suite de l’égouttage des fromages. On fait chauffer ce petit-lait dans un chaudron de cuivre étamé – paghjolu – ; le feu est ici la grande affaire. Il y faut un bois sec, non résineux (hêtre, chêne, aulne), en aucun cas le pin qui donnerait une flemme trop vive et ferait « attacher » le brocciu au fond du chaudron. Quand le petit-lait atteint la température de 30° environ, le berger avec un ballet de bruyère, enlève la scurza, sorte de dépôt qui se forme au fond du paghjolu. Quand le petit-lait atteint une chaleur suffisante (environ 60°), que le berger apprécie à la main, on y jette le lait entier (u purriciu) qu’on a réservé à cet usage, et un peu de sel, et on règle le feu de telle manière que les flammes ne touchent plus le fond du chaudron. À cette phase de l’opération, la réussite dépend de la surveillance constante du feu et du mélange que le berger tourne lentement avec un bâton pour assurer la fusion du lait entier et du petit-lait. C’est à partir de ce mélange que se fait la coagulation de la caséine du purriciu qui monte à la surface en emprisonnant toutes les matières grasses résiduelles du petit-lait. Elle forme alors une sorte de masse blanchâtre et tendre. On dit que le brocciu vene (vient). Quand, quelques instants plus tard, il s’ouvre laissant voir le jaune du petit lait, il faut enlever sans tarder le chaudron du feu. On doit alors « essuyer » (asciuvà) la surface du brocciu, lui enlever son écume et les impuretés (cendres, poussières) que la proximité du feu y a fait voler. Le berger le fait délicatement, avec une cuillère, jusqu’à ce que la masse du brocciu, à la fois compacte et souple, soit parfaitement blanche. Alors seulement il le ramasse avec une écumoire en fer (a paletta) et le dépose délicatement dans des moules en jonc. Comme le fromage, il redouble (appicia) les brocci. Au Niolu, un brocciu pèse rarement moins de 2,5 kg. »

 

Bien sûr le problème du brocciu c’est qu’il est bien difficile de s’en procurer hors de l’Île de Beauté mais, si vous avez un bon fromager, ce n’est pas totalement mission impossible de lui demander d’en « importer » du Niolu. Bref, la recette qui suit est pour moi un de ces plaisirs d’été dont je souhaite vous faire profiter. Elle est simple ( la cuisine au brocciu Marie-Claire Biancarelli édtions Albiana www.albiana.fr ) Des tomates mûres, de l’ail, du basilic, des spaghettis n°7 et bien sûr du brocciu.

Dans un saladier vous découpez vos tomates en cubes, vous y ajoutez l’ail coupé en lamelles et le basilic cisaillé grossièrement. Versez sur la préparation de l’huile d’olive. Mélangez et laissez reposer.

Dans un plat creux coupez le brocciu en cubes moyens.

Pour les spaghettis : cuisson al dente puis égouttage et arrosage à l’eau froide.

Ajoutez-les au mélange tomates-ail-basilic-huile d’olive.

Versez le tout dans le plat creux et opérez le mélange avec le brocciu.


 

Du côté liquide, pour accompagner vos spaghettis je vous recommande un Clos Capitoro rosé 2008. C’est un AOC Ajaccio doublement décoré : 2 médailles d’or en 2009 au Concours Général Agricole et au Concours de Mâcon. Belle bouteille ventrue. Rose intense. Vin vif et joyeux qui s’avère un merveilleux compagnon des spaghettis au brocciu. 7 euros 50 chez Sagone Primeurs. www.clos-capitoro.com

 

Bon appétit ! Je ne résiste pas au plaisir d’accompagner ma recette d’un pan sur le bec à l’attention de Jean-Guy Poletti directeur de la rédaction de Corsica qui « allume » le CIVC (interprofession des vins corses) pour son bulletin de victoire à propos de l’affaire dites du rosé pur et fait sienne la déclaration de François Alfonsi qui parle de « bal des faux-culs », pour lui signaler qu’en matière d’information approximative, dont il accuse les professionels, son hebdomadaire, comme bien d’autres, est très performant. dans ce domaine. En effet, nulle trace dans Corsica de l’info soulignant que le fameux coupage rouge-blanc n’était qu’une extension aux vins sans Indication Géographique d’un droit dont disposent toutes les AOC, celles de Corse comprises. Que seuls les seigneurs de Champagne en profitassent est une autre histoire... dont je vous ai abreuvé lire Astérix chez les Provençaux du chef Koupepamonrosé http://www.berthomeau.com/article-33621172.html  ...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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