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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 00:09

J’ose les  « mystères » au sens antique, de rituel religieux secret où ne sont admis que des initiés, et comme le culte de Dionysos prétendait initier à un secret, à une révélation pourquoi ne pas retrouver dans le travail de Bénédictin d’ Éric Bernardin et de Pierre Le Hong cette volonté d’initiation du commun des mortels aux « mystères » de 20 châteaux du Médoc. Comme je suis exilé en Corse, pour cause d’impertinence et d’envie de ne rien faire, j’ai même confié le soin à Éric Bernardin de se présenter. Merci ! Lisez, c’est passionnant. Normal c’est chez moi... 

06-2009-Pichon-Long-Baron-31.jpg

 

 Pichon Baron Éric Bernardin avec Jean René Matignon (directeur technique) 

 

 

Question n°1  Éric Bernardin vous tenez sur la Toile une chronique au titre évocateur : « à boire et à manger »  http://boiremanger.canalblog.com, vous êtes co-auteur avec Pierre Le Hong d’un livre du 3ième type sur les Crus Classés du Médoc qui va sortir dans une poignée de jour, et même si moi, qui suis le prototype du chroniqueur d’investigation, je sais que vous fûtes de 1995 à 2006 un homme de Biocoop dites-nous : d’où venez-vous, que faites-vous, vous allez où ? 

Réponse d’Éric Bernardin : Depuis plus de 35 ans, je navigue entre le bio et le vin : j'ai commencé à manger bio lorsque j'avais 7 ans, et c'est au même âge que j'ai découvert le vin, en sirotant du bordeaux blanc avec ma copine de l'époque en regardant l'Île aux Enfants. A l'âge du whisky-coca, je me souviens avoir « dévalisé » la cave paternelle d'un ami et descendu en loucedé quelques crus médocains. Je rêvais d'être cuisinier à 14 ans, mais le métier n'était guère valorisé à l'époque (Master Chef et Cyrille Lignac n'existaient pas).

Du coup, j'ai fait des études de commerce et travaillé d'abord dans la banque, puis dans une Biocoop (en 1992, en fait). Le démon du vin m'a rattrapé en 1995 : j'ai préparé un BTA viticulture-œnologie tout en travaillant sur un domaine en biodynamie. Suite à l'obtention de celui-ci, j'ai travaillé 5 ans chez des vignerons, à la vigne comme au chai. Mais la vie de commerçant me manquait, d'où un come-back dans une supérette bio durant 5 nouvelles années. Depuis 2007, retour au vin : d'abord comme agent commercial, puis comme attaché commercial d'un célèbre domaine de Monbazillac. Hélas, la crise est passée par là, et l'aventure s'est arrêtée fin 2009. Depuis, je suis « pôliste » et je cherche du travail soit dans le vin, soit dans le bio  ... ou pourquoi pas dans le vin bio? 

En ce qui concerne le blog « A boire et à manger », je l'ai créé en septembre 2005, afin de partager mes meilleurs accords mets & vins. Mais c'est vite devenu un fourre-tout hédoniste où se mêlent joyeusement recettes de cuisines, compte-rendu de dégustation, reportages chez des vignerons ou dans des restaurants, voire même étude comparative des différentes versions disponibles des Variations Goldberg de Bach. 20-09-08-Poyferre-verdot-42.jpg

 

Poyferré Éric Bernardin avec Bruno Clénet (chef de culture)

 

Question n°2  Éric Bernardin revenons à votre livre : quelle est sa genèse, comment vous est venue l’idée, comment a mûri le concept ? Entraînez-nous dans les coulisses, faites-nous pénétrer dans votre petit jardin d’intérieur, si nous n’étions dans le Médoc j’oserais votre Clos... 

Réponse d’Éric Bernardin  L'idée de départ est celle de mon co-auteur, Pierre Le Hong, graphiste de métier. Intéressé par le Médoc depuis longtemps, il voulait en faire une présentation didactique et ludique, avec des cartes en 3 D et des infographies des bâtiments expliquant l'organisation interne. Il avait deux problèmes à résoudre : limiter le nombre de domaines car il était inimaginable de faire un chapitre pour chacun des 61 crus classés ; trouver un co-auteur pour rédiger l'intégralité des textes, car rien que les dessins et la mise en page représentaient une somme de travail importante. 

Le choix fut vite fixé à 20 châteaux qui avaient pour point commun d'être proche de la D2 qui traverse le Médoc du sud au nord. Mais qui avaient aussi pour obligation de présenter un intérêt, qu'il soit historique, architectural ou œnologique. Cela permettait de consacrer entre 8 et 12 pages par château. 

La recherche du co-auteur fut une véritable quête parsemée d'embûches. Après moult péripéties, Pierre sonna à ma porte en novembre 2006, et trouva enfin le partenaire ad hoc : travailleur, régulier, ne se prenant tout de même pas trop au sérieux, avec des connaissances viti-œno qui permettaient d'être crédibles face à nos interlocuteurs : directeurs techniques, chefs de culture, maîtres de chai...  

Très rapidement, « le livre de Pierre agrémenté de mes textes » est devenu NOTRE ouvrage, car chaque page de celui-ci est le reflet d'un travail commun. Durant plus de trois ans, nous nous sommes envoyés des documents quotidiennement, l'un complétant le travail de l'autre, et réciproquement.  

Jamais nous ne nous sommes figés quant au contenu d'un chapitre. Il résultait d'un échange avec le domaine concerné : nous lui expliquions en quoi il nous paraissait spécifique par rapport aux autres châteaux. Il pouvait abonder dans notre sens comme défendre un autre point de vue. Le résultat final est un reflet de cette interactivité entre le domaine et les deux auteurs.  lafite.jpgPierre Le Hong à Lafite avec Charles Chevallier

Question n°3  Éric Bernardin reste le passage à  l’acte, comment avez-vous procédé  pour fabriquer votre ouvrage, là  encore entraînez mes lecteurs dans la trace de vos pas dans les vignes, dans les châteaux... Enfin, qu’est-ce qui fait l’originalité de ce livre ? Que répondez-vous aux esprits chagrins qui s’interrogent « n’est-ce pas le nième ouvrage sur le sujet ? » Donnez-nous envie de l’acheter. Faites la réclame quoi ! 

Réponse d’Éric Bernardin Comme je viens de l'expliquer, chaque domaine  a été traité différemment, en fonction de ce qui nous y intéressait, mais aussi du bon vouloir du propriétaire. Dans la plupart des cas, nous avons pu rencontrer successivement les différents responsables techniques, assister au vendanges, aux vinifications, aux travaux viticoles, faire des dégustations parcellaires. Nous avons pu obtenir les cartes pédologiques des domaines dans la mesure où elles existaient, ce qui est loin d'être systématique. Il fallait compter entre 4 et 8 visites par château pour réunir tous les éléments souhaités. 

Dans d'autres cas, nous avons choisi de privilégier l'interview, comme avec Anthony Barton. Arrivé dans le Médoc en 1951, cet homme est une véritable mémoire vivante de la région, et il nous paraissait important d'en faire profiter nos lecteurs. D'autant que développer les méthodes culturales ou œnologiques de Léoville-Barton n'avait qu'un intérêt limité.  

A Montrose, si nous avons consacré deux pages au terroir remarquable de ce château, nous avons tenu à mettre en avant les bâtiments à énergie positive – qui produisent plus d'énergie qu'ils en consomment – en cours de construction. 

A Pontet-Canet, c'est bien sûr la biodynamie et l'utilisation du cheval qui a retenu avant tout notre attention. Tout en évoquant aussi leur chai gravitaire, les cuves tronconiques en béton... 

Ces approches différentes permettent au final d'aborder énormément de sujets en 200 pages, apportant une respiration à l'ouvrage, évitant j'espère, le piège du répétitif.  

Nous avons aussi tenté  de résoudre des contradictions dont se satisfont apparemment tous les historiens du Médoc depuis plus d'un siècle. Ainsi proposons-nous une version étayée  et inédite de la division de Léoville en 3 domaines : Barton, Poyferré et Las Cases. Contredisant les écrits précédents (et même certains des châteaux concernés),  la partition s'avère être effective dès 1794, donnant naissance à l'époque à 4 domaines ! Une carte et un arbre généalogique complètent ce chapitre, facilitant sa compréhension. 

Nous nous sommes aussi penchés sur le climat du Médoc, nous basant sur une thèse de doctorat d'un jeune chercheur. Il en ressort qu'il y des différences significatives entre des zones pourtant proches – autant en ce qui concerne le cumul des températures que le niveau des précipitations – expliquant en partie la supériorité de certains crus. 

Nous avons par ailleurs confié  à deux spécialistes (Pierre Becheler et Jean-Pierre Tastet) un chapitre concernant la formation géologique du Médoc, ainsi que la spécificité des différentes terrasses qui en résultent. Là aussi, des schémas et une carte illustre leurs propos.  

Je pense vraiment que le mot fort du livre est « pédagogie », avec tout ce que ce terme peut avoir de positif : apprendre au lecteur une foule de petites choses en évitant de l'ennuyer. Tout en apportant aux plus expérimentés suffisamment d'informations pour qu'il y trouve son compte. 

Hugh Johnson, qui a bien voulu écrire la préface du livre, parle à plusieurs reprises de « visite virtuelle du Médoc ». Il est vrai que le lecteur pourra contempler les croupes qui jalonnent la presqu'île, identifier les sols qui les composent, « goûter » les vins qui en sont issus, visualiser les bâtiments, les cuves et les barriques où ils sont élevés, avec un point de vue qu'un médocain n'a jamais pu avoir. Lorsque nous montrions à nos interlocuteurs le chapitre finalisé qui les concernait, ils regardaient ces quelques pages avec un émerveillement non feint, comme s'ils découvraient leur domaine pour la première fois. C'était le plus beau cadeau que l'on puisse nous faire ! 

Editions Sud-Ouest –  208 pages -  25X28, 5cm – 39 € 

Plein de photos, d'anecdotes et des archives sonores sur http://livremedoc.canalblog.com

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Bebert 04/09/2010 09:12



Je pense que c'est juste l'ouvrage le plus complet que je n'ai jamais vu sur les grands crus du Médoc. Avis émis sur un jeu d'épreuves parcouru il y a quelques mois. Pas encore eu le livre entre
les mains.


Et, oui, je pense qu'on peut l'offrir à un amateur débutant. Si on veut l'orienter vers les bordeaux...



Philton 04/09/2010 08:18


Quelle est laplus value de cet ouvrage par rapport à l'existant ? Puis-je l'offrir à un débutant ?


Bebert 23/08/2010 13:54



Quel remarquable attaché de presse vous auriez fait, M'sieur Jacques! Ceci dit, il n'est pas trop tard, car je suis sûr que vous n'envisagez pas un instant de prendre votre retraite. Et puis le
monde de l'édition est souvent peuplé d'amateur de bonne quilles... sans compter la gente féminine qui pullule chez les attaché(es) de presse.


Plus sérieusement, le travail d'Eric et de son compère est remarquable et mérite d'être soutenu et encouragé. Alors tous chez vos libraires!



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