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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 00:01

En France nous n’avons toujours pas de pétrole mais nous avons l’insigne chance de posséder des experts en résistance, des bâtisseurs d’exception, des héritiers de la ligne Maginot. Le dénommé Amalric est de ceux-là. Dans la Journée Vinicole du 9 décembre il lève l’étendard de la révolte contre « une politique de cépage galvaudé ». Pour être honnête j’ignorais qu’il existât en notre beau pays une politique de cépage. Des vins, dit de cépages, ça oui, que notre belle logique administrativo-politique avait territorialisés en réservant cette mention à la catégorie juridique des vins de pays. Tout ça, bien sûr, dans un pur souci qualitatif. En 2001, une poignée d’hurluberlus, dans un PQ, dit « Cap 2010 », proposèrent que les fameux VQPRD regroupassent, les AOC bien sûr, et les vins de Régions Déterminées (une part des AOC régionales et des vins de pays) et que les autres vins, en un « espace de liberté », puissent s’assembler sous la bannière « France » : vins des cépages de France. La suite vous la connaissez, les féodaux n’en voulurent pas. Le mérite de cette proposition c’est qu’elle permettait, n’en déplaise à Robert, Amalric bien sûr, c’est qu’elle permettait l’émergence d’une réelle politique des cépages en France, en alliant territorialité (La France) et la liberté d’élaboration et d’assemblage de vins dit de cépages pour des segments de marché mal couverts par notre système. Je concède au courroux de ce cher homme que la nouvelle OCM est bien plus permissive. En effet, aussi bien les IGP, qui indiquent le lieu d’élaboration du produit et non la provenance du raisin, que les vins sans IG, ouvrent la porte à la concurrence. Pour autant faut-il, comme les Alsaciens pour le Riesling ou le Gewurztraminer, demander des exceptions ?

C’est quoi un cépage ? C’est un cépage, donc une information consommateur et non un signe de qualité. N’en déplaise à mes amis alsaciens, les deux cépages susmentionnés ne garantissent en rien à l’acheteur d’acquérir un produit de qualité. N’est-ce pas un peu hypocrite que de se cacher derrière une phraséologie « qualitative » alors que notre manque de rigueur, aussi bien dans certaines AOC – qui dans la pure doctrine de l’INAO, ne devaient faire aucune mention de leurs cépages, hormis bien sûr les alsaciens et quelques autres – que dans certains de vins de pays, nous a conduit aux résultats que l’on sait. Nous avons ainsi, sans gran effet sur la qualité réelle, dévalorisé la catégorie des vins de table en les dépouillant de tout, des apatrides sans âge, alors que nos concurrents, eux, la réhabilitaient. Le sieur Amalric, dans son inconscient languedocien, assimile vin de table et bistrouille. Croit-il vraiment qu’un mauvais Chardonnay sans IG à deux balles dévalorisera le Chardonnay Grand Ardèche de Latour ou qu’un Chardonnay insipide coiffé d’une belle appellation tiendra la route face à un Chardonnay sans IG défendant une marque mondiale ? La réponse est bien sûr, non. S’accrocher à de telles baudruches et affirmer « que dans l’inconscient collectif des consommateurs de tous les pays, la logique pyramidale qualitative française et européenne du triptyque vins de tables (sans IG), vins de pays et vins de cépage (IGP), et AOC (AOP) est suffisamment ancrée pour qu’on ne la perturbe pas, par des vins de table requalifiés, qui viendront disqualifier leurs voisins d’en-dessus » c’est proférer du n’importe quoi et surtout condamner une grande part de notre vignoble généraliste à la disparition. Dans les années 70-80 ce même discours appliqué au négoce embouteilleur, SVF et Castel, qui certes se bataillaient sur les premiers prix, mais aussi se voyaient concurrencé par les groupements de producteurs du Languedoc, nous a fait passer à côté de la croissance des nouveaux marchés parce que nous avions le nez enfoui dans notre marigot national et ses pratiques soi-disant pures et dures qui savent s'arranger avec le ciel. Nous avons besoin de grands opérateurs et donc d’une capacité à leur donner des marges de manœuvres, ce qui ne signifie pas faire n'importe quoi.

Le couplet d’Amalric sur les subprimes – j’ai l’outrecuidance de trouver les miens bien plus pertinents – pour dénoncer l’ultralibéralisme de la Commission me paraît outré et surtout il permet de faire oublier que, si nous en sommes arrivés là, c’est que notre système très encadré et soi-disant autorégulé a surtout permis de protéger des productions, soient excédentaires, soient invendables. Nous qui nous targuions de ne jamais avoir à distiller nos excédents d’AOC avons donné aux eurocrates des arguments en or.  J’ai interpelé Marianne Fisher-Boël alors qu’il en était encore temps, le 8 août 2007, http://www.berthomeau.com/article-7012042.html . Où étiez-vous Amalric Robert ? Aux abonnés absents ou peut-être vous souveniez-vous de votre silence ou de votre hostilité  lorsque les propositions de « Cap 2010 » se faisaient tailler en pièces ? Hurler aux loups après la bataille ça fait certes du bien aux bronches mais c’est inopérant. Oui, comme vous l’écrivez « gérer c’est prévoir et anticiper », mais, sans vouloir mettre le doigt là où ça fait mal, comme le disait Mac Arthur : « Trop tard ! » La seule bataille qui vaille, celle qu’il faut mener, c’est celle de donner à notre grand vignoble généraliste des perspectives. Faire accroire, qu’en se barricadant derrières des exceptions, des règlements horizontaux, de fausses régulations, on « sauvera » la part volumique de notre viticulture c’est semer l’illusion. Entre les discours des « dérégulateurs fous » et ceux des « règlementateurs obsessionnels » il y a un espace contractuel, qu’à leur manière et en fonction de leur histoire les champenois ont jusqu’ici assez bien géré. Les 10 dernières années ont amplement montré que le conglomérat des « conservateurs » de tous bords, ceux qui s’abritent, se planquent derrière la base, se parent de beaux discours en défense, tempêtent selon l’air du temps contre l’étatisme ou le libéralisme, produisent le pire : l’immobilisme. Alors, " Tout sauf Robert !" comme dirait Lucchini...

Si ça vous intéresse lire à la rubrique PAGES N°38 (en haut à droite du blog) 
 "The Last Glass" Dr. Olivier Ameisen a witness who bothers ...  Traduction de Google : qui c'est qui a dit que le blog était un passe-temps d'ado ? Non c'est un vrai média d'avenir pour qui sait occuper cet espace de liberté pour diffuser ses idées. Les gens du vin, vont-ils, comme d'habitude laisser passer le train ? Même avec la trève des confiseurs les affaires continues sur Vin&Cie l'espace de liberté ou Wine & Co., the area of freedom Je me tiens à la disposition de ceux qui veulent se bouger. Bonnes fêtes et à bientôt sur nos lignes...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

fromage 06/01/2009 11:51

Ah… Enfin un débat !

Michel Smith 30/12/2008 09:59

Nous y voilà donc : le cépage riesling, planté dans le Sud, ne serait pas conforme à la "typicité" du cépage. Mais qu'est-ce qu'on en sait ? Faudrait déjà qu'on ait la curiosité et le droit d'en planter ne serait-ce que pour voir. Certains l'ont tenté du côté de Limoux et ont du battre en retraite très vite pour cause d'illégalité. Que sait on du goût typique de la Syrah ? Elle qui a probablement voyagé des Alpes (et non de Shiraz, en Perse) jusqu'à envahir le Sud et l'Australie, et à faire une percée en Sicile, en Catalogne, en Argentine et je ne sais où encore, nous donne des goûts différents, sans parler des styles, d'un terroir à l'autre. Et que dire du Cabernet Franc pourtant très Bordelais (ou Ligérien) que l'on trouve implanté partout dans le monde avec plus ou moins de bonheur ? Certes, je n'ai pas commis d'études ampélographiques, mais je dois avouer ici qu'il m'est impossible de dire que le Cabernet Franc du Mas Champart (Saint Chinian) ou celui de l'Arjolle (Côtes de Thongue) ait un goût Bordelais. À moins qu'on lui mette des copeaux de chêne... et encore, je n'en suis pas sûr. Il en va de même pour un tas d'autres cépages réputés "internationaux". Je concède qu'il est plus facile de reconnaître un sauvignon, mais très souvent celui de Pouilly ou de Sancerre, lorsqu'il est l'oeuvre d'un bon vigneron, reste le plus majestueux d'entre tous. Est-il pour autant avec certitude dans son berceau d'origine ? Si oui, pourquoi donne-t-il aussi de grands blancs à Sauternes, à Haut-Brion, à Napa Valley et, encore plus frappant, en Nouvelle Zélande? Donc, laissons le riesling venir dans le Sud puisqu'il est déjà en Allemagne, en Autriche, en Tchéquie, en Afrique du Sud, peut-être même en Papouasie Nouvelle Guinée ! Au diable la confusion chez le consommateur puisqu'on a toujours la possibilité de signaler sur l'étiquette la terre (pays, ou terroir, ou appellation) qui a enfanté le sauvignon, ou le gewurztraminer, ou le pinot gris... C'est finalement la terre qui est la plus importante aux yeux des consommateurs. Laissons venir à nous le Riesling comme le Chenin est venu sur les (froides) hauteurs du Languedoc. Ce qui compte, c'est la véritable identité : faire du Champagne ailleurs qu'en Champagne est répréhensible. Idem pour l'Alsace, le Porto, le Jerez ou... pour mon cher Saint-Chinian.

DL 29/12/2008 23:21

Bonjour,

un commentaire vient d'être posté par DL sur l'article « Une politique du cépage galvaudé… » c’est quoi au juste ? Tout sauf Robert !, sur votre blog berthomeau

Extrait du commentaire:
Réponse à Mr Berthomeau :
Vous n'êtes pas Jacobin, mais vous êtes très Parisien, il me semble ;o) Mais ma modeste condition de journaleux de province dévoyé au syndicat agricole ne me permet pas de vous donner de leçon.

Nous parlons de qualité et de compétitivité :
Vous êtes d'accord avec moi que pour être au top mondial, il faut produire des vins de qualité, à prix compétitifs.
A mon humble avis, la première règle à respecter de bon sens pour aboutir serait d'abord celle de l'adéquation cépage/terroir, au moins à l'échelle du Bassin de production, que ce soit pour les VDT, VDP ou AOC.
Solution : faisons jouer la subsidiarité et faisons des listes de cépages recommandés et autorisés par bassin. Ce serait une évolution libérale raisonnée et sage.

Réponse à notre cher vigneron de Vin De (très bonne) Table :
Indiquer sur une étiquette ce que l'on peut prouver devrait être un droit fondamental. Je suis d'accord avec vous. Si vous pouvez prouver par un organisme tiers que vous êtes à 15hl/ha, personne ne vous le contestera.
Permettez-moi seulement de douter qu'un riesling, même à 15 hl/ha, dans le sud sera typique de l'idée que l'on se fait du riesling. Ceci-dit, clairement 20 % des rieslings alsaciens aussi...
C e qui est à craindre c'est davantage la confusion chez le consomm

Iris 29/12/2008 15:16

Quand j'ai débuté avec mes premières cuvées au milieu des année 90, je mettais le nom de mon petit domaine, l'adresse, mon nom, le millésime et le cépage sur les premières étiquettes, plus le degré - on croyant bien faire pour informer mes future clients.

On m'a vite appris, que j'étais en fraude, ne pas marquant, que ces vins de coteaux à des rendements autour de 15 hl/ha, élevés en barriques pendant 18 à 24 mois, étaient des "Vins de Table", faute d'être plantés dans un coin AOC et grâce à la liberté pris sur le choix des cépages: Pinot, Mourvèdre, Cabernets etc. et même du petit Verdot, qui n'était pas encore sur la liste des cépages autorisés...

J'ai donc rajouté les trois mots sur mes étiquettes suivantes - en les complétant à la main d'un "très bonne" entre vin et table...

Je n'ai jamais eu l'impression, que le manque d'une des innombrables et souvent en dehors du secteur d'origine incompréhensibles appellations, qui ont encore proliférées aussi bien en AOC qu'en VdP depuis, aurait irrité les amateurs du bon vin pour leur bonne table. J'admets, que n'ayant qu'une toute petite production, je n'étais jamais tenté ni obligé de vendre dans un lieu anonyme.

Mais je croie bien, que même là, un client, qui se décide de payer 20€ voire plus pour une bouteille de vin de table, devrait avoir le droit, de savoir exactement, d'où il vient, par qui il était fait, avec quoi, comment et quand..

Vous allez me dire, que pour tout cela, on peut rajouter une contre-étiquette, qu'on doit de toute facon bientôt choisir, rien que pour mettre toute les mises en garde obligatoires, entre la femme barrée, les sulfites (nos vins contiennent moins que 10mg/l SO" total, donc selon la loi, pas nécessaire, de le mettre, mais qui sait, si même des petites quantités comme cela ne mettent pas déjà en danger les allergiques...).

C'est vrai, ce ne sont pas les préoccupations d'un grand metteur en marché, que je raconte là, que les soucies pratiques d'un petit vigneron, qui essaye de faire son meilleur vin possible et d'informer le plus clairement possible l'amateur au bout sur ce qu'il va avoir dans le verre...

D'ailleurs, je me souviens d'avoir croisé plusieurs fois Monsieur Amalric à Provin quand il s'occupait encore des vins de successivement qui venaient du Languedoc, Languedoc-Roussillon, Septimanie ou maintenant Sud de la France (est-ce la dernière dénomination, j'ai perdu un peu l'orientation dans tout ces AOC, AOP, sans parler des VdP, IGP et autres sigles), il me semblait un homme honnête...

DL 29/12/2008 23:15



Bonjour,


un commentaire vient d'être posté par DL sur l'article « Une politique du
cépage galvaudé… » c’est quoi au juste ? Tout sauf Robert !, sur votre blog berthomeau


Extrait du commentaire:
Réponse à Mr Berthomeau :
Vous n'êtes pas Jacobin, mais vous êtes très Parisien, il me semble ;o) Mais ma modeste condition de journaleux de province dévoyé au syndicat agricole ne me permet pas de vous donner de
leçon.

Nous parlons de qualité et de compétitivité :
Vous êtes d'accord avec moi que pour être au top mondial, il faut produire des vins de qualité, à prix compétitifs.
A mon humble avis, la première règle à respecter de bon sens pour aboutir serait d'abord celle de l'adéquation cépage/terroir, au moins à l'échelle du Bassin de production, que ce soit pour les
VDT, VDP ou AOC.
Solution : faisons jouer la subsidiarité et faisons des listes de cépages recommandés et autorisés par bassin. Ce serait une évolution libérale raisonnée et sage.

Réponse à notre cher vigneron de Vin De (très bonne) Table :
Indiquer sur une étiquette ce que l'on peut prouver devrait être un droit fondamental. Je suis d'accord avec vous. Si vous pouvez prouver par un organisme tiers que vous êtes à 15hl/ha, personne
ne vous le contestera.
Permettez-moi seulement de douter qu'un riesling, même à 15 hl/ha, dans le sud sera typique de l'idée que l'on se fait du riesling. Ceci-dit, clairement 20 % des rieslings alsaciens aussi...
C e qui est à craindre c'est davantage la confusion chez le consommateur.



DL 29/12/2008 10:47

Mes remarques

Voilà le cadeau de Noël pour nos AOC Cépages.
Peut-on faire n’importe quoi n’importe où ?

Je constate que vous défendez une politique de cépage, peut-être, mais sûrement pas une politique d’adéquation cépage-terroir. C’est pourtant cette dernière qui nous sauverait la mise mais sûrement pas du cépage n’importe où et n’importe comment qui ne vont qu’affaiblir des marchés déjà bien fragiles.

Je ne suis pas si certain que le plan de modernisation de la filière de 2006 est héritier de Cap 2010.

Disons que l’Etat jacobin s’en est bien servi…

Rassembler les Vins de pays (avec IG) et vins d’AOC (AOP) sous la même bannière de l’inao ne va qu’affaiblir un institut déjà bien inaudible à Bruxelles et bien impuissant à Paris.

On pourra dire que le plan de modernisation, inspiré davantage par le syndicalisme agricole que viticole a retiré l’épine dans le pied de ceux qui ont une certaine conception d’un Etat bien centralisé.

Revenons aux cépages : le chardonnay n’est vraiment pas le bon exemple car ce cépage possède une grande plasticité génétique. Ce n’est pas le cas du riesling.

Quand bien même, le problème n’est pas d’empêcher quiconque de produire ce qu’il veut, n’importe où, mais de détourner une notoriété. Il suffira d’un colombage et d’une cigogne sur un BIB pour noyer un consommateur qui ne sera de toute façon pas encore ce qu’est une AOP, IG et sans IG.

« Nous avons besoin de grands opérateurs et donc d’une capacité à leur donner des marges de manœuvres, ce qui ne signifie pas faire n'importe quoi. » Clairement oui, mais nous avons besoin de tout le monde. A l’échelle mondiale, le problème des grands opérateurs n’est pas la réglementation des appellations mais celle du travail, des lois sociales, etc.

Je crains qu’entre les « dérégulateurs fous » et les « règlementateurs obsessionnels », le problème premier du gouvernement est d’abord celui d'avoir du pouvoir centralisé sur une filière qui joue la carte régionale et je crains que vous n’en ayez été l’instrument...
David Lefebvre

JACQUES BERTHOMEAU 29/12/2008 11:08


Je ne défends rien. Je ne suis guère jacobin. Vous par contre vous voyez la viticulture française depuis votre région d'origine... Quand au consommateur il est comme il est et non comme vous
souhaitez qu'il fusse... Quand à l'adéquation cépage/terroir c'est une autre histoire qui n'a rien à voir avec mon propos d'aujourd'hui. Les conservateurs sont partout dans les aliments et même
chez ceux qui s'en défendent. Quand à être instrumentalisé qui ne l'est pas ? Et vous pour qui bossez vous cher DL ?


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