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10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 07:00
Ehpad du Soleil. Sortie à la Fête des vieux métiers

Ehpad du Soleil. Sortie à la Fête des vieux métiers

Il est des chroniques d’utilité publique, celle de Frédéric Pommier sur France Inter dans le 7/9 de vendredi en est une Suzanne et les maltraitances d’un EHPAD.

 

Je suis un jeune vieux malgré quelques soucis de hanche je vais et je viens à ma guise, mais je me dis « et si un jour tu devenais dépendant ? »

 

La « dépendance » de nos vieux, c’est un peu comme la poussière que l’on cache sous le tapis pour ne pas la voir.

 

Il est fini le temps des Vieux chantés par le grand Jacques Brel vieillissant chez eux :

 

Les vieux ne parlent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux

 

Même riches ils sont pauvres, ils n'ont plus d'illusions et n'ont qu'un cœur pour deux

 

Chez eux ça sent le thym, le propre, la lavande et le verbe d'antan

 

Que l'on vive à Paris on vit tous en province quand on vit trop longtemps

 

Est-ce d'avoir trop ri que leur voix se lézarde quand ils parlent d'hier

 

Et d'avoir trop pleuré que des larmes encore leur perlent aux paupières

 

Et s'ils tremblent un peu est-ce de voir vieillir la pendule d'argent

 

Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit:

 

« Je t'attends »

 

Déjà dans son superbe polar La Daronne, Hannelore Cayre, mettait le doigt là où ça fait mal :

 

« La société n’est absolument pas organisée pour faire face à l’inversion de la pyramide des âges et un Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), à Paris, même pas le plus luxueux, ça coûte 3 000 euros par mois. Au bout du compte, ça fait beaucoup pour une seule personne. Tout ce que je raconte sur l’Ehpad, c’est du vécu. Pour ma mère, ça a duré deux ans et demi, un cauchemar. Après son AVC, elle a été paralysée de l’hémisphère gauche : elle s’est transformée en une gamine de 4 ans dépourvue de toute notion de réel, elle parlait à des gens inexistants, elle racontait des faits inexistants, elle parlait yiddish un mot sur deux, je ne comprenais rien, elle avait aussi des hallucinations… et dès que je partais, elle hurlait, c’était horrible. »

 

Voici le texte de Frédéric Pommier :

 

Elle s'appelle Suzanne et elle a 95 ans. Elle a toujours aimé la vie, même si la vie, pour elle, n'a pas toujours été simple.

 

Elle s'appelle Suzanne et elle a 95 ans. Elle a toujours aimé la vie, même si la vie, pour elle, n'a pas toujours été simple.

 

Elle a perdu un fils lorsqu'il était bébé, et perdu son mari lorsqu'elle-même avait 40 ans. Il était avocat, ils avaient des amis, ils allaient au théâtre et ils organisaient des fêtes. La petite bourgeoisie de province des années 50.

 

Et puis, quand son mari est mort, il n'y a plus eu de fêtes, il y a eu moins d'amis, et c'est seule que Suzanne a dû élever ses quatre filles, auxquelles elle a tenté d'inculquer l'essentiel : faire bonne figure, toujours, et en toute circonstance, garder le sens de l'humour.

 

Elle dit souvent que l'humour l'a beaucoup aidée

 

Et puis les livres, aussi... Romans et biographies ou récits historiques. La nuit, comme elle est insomniaque, elle bouquine jusqu'au matin.

 

Quand elle était encore alerte, elle adorait en outre prendre le volant. Et rouler vite, très vite, trop vite, beaucoup trop vite – elle aurait rêvé de faire des rallyes automobiles...

 

Quand elle était encore alerte, elle aimait également se mettre aux fourneaux : surtout des plats en sauces et de la cuisine à la crème – on ne renie pas ses origines, Suzanne est née en Normandie.

 

Mais il y a quelque temps, elle a commencé à perdre l'équilibre et elle est plusieurs fois tombée : des foulures, des cassures, des séjours dans les hôpitaux et maisons de convalescence... « Comme disait l'autre, la vieillesse est vraiment un naufrage », soupirait-elle alors, paraphrasant De Gaulle quand il plagiait Chateaubriand.

 

Suite à quoi, et alors que pendant des années elle avait répété qu'elle préférerait se pendre que de finir dans un mouroir, Suzanne a admis qu'il était devenu dangereux de rester seule chez elle. Adieu l'appartement, les tableaux, les tapis et les bibliothèques remplies de souvenirs.

 

Voilà neuf mois qu'elle vit dans un EHPAD en Mayenne

 

Un Etablissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes.

 

« Certes, ici, c'est petit, mais honnêtement, ce n'est pas ça qui me dérange le plus », confie-t-elle aujourd'hui à ceux qui viennent la voir. Non, ce qui la dérange, c'est d'abord la nourriture.

 

« Insipide, indigne ! Tout ressemble à de la bouillie. Même à des animaux, on n'oserait pas servir des plats aussi mauvais ! Et puis, pour le fromage, on n'a même pas d'assiette : ils nous le mettent dans la main... »

 

Suzanne ne mange presque plus

 

Elle a beaucoup maigri. « Il est très efficace, leur programme minceur », souffle-t-elle avec ironie.

 

Ensuite, ce qui l'insupporte, c'est la façon qu'on a de s'adresser à elle. Il est arrivé qu'on l'appelle "petite mamie"... « Je ne suis pas leur "petite mamie"! » Et puis il y a cette auxiliaire qui l'aide à s'habiller et qui, lorsque Suzanne lui demande tel ou tel vêtement, lui rétorque : « On dit : 'S'il-vous-plait' ! » Infantilisation d'une femme de 95 ans.

 

Quant à celle qui s'occupe de nettoyer sa chambre, elle se plaint tous les jours de l'état de sa salle de bain et, le mois dernier, elle a même été lui mettre sous le nez des matières fécales retrouvées dans la cuvette de ses toilettes en lui demandant brutalement : « Vous pouvez me dire ce que c'est que ça ? » Humiliation d'une femme de 95 ans.

 

Des excréments sous le nez

 

Je crois qu'on peut ici parler de maltraitance.

 

Alors oui, c'est très difficile de s'occuper de personnes âgées. Certains le font avec bienveillance et patience, ils sont exemplaires, il faut les applaudir. Mais d'autres ne semblent pas faits pour ce métier. Un métier éreintant, et payé une misère : manque de reconnaissance, de temps, de personnel, et puis manque de moyens.

 

Dans certains EHPAD, on économise sur tout : sur la nourriture, sur les couches et, parfois, même sur l'eau.

 

Suzanne n'a droit qu'à une douche par semaine

 

Et puis elle se désole et s'étonne de ne plus retrouver la bouteille de parfum qu'on venait de lui offrir. Mais comme elle lit la presse, elle sait aussi qu'il y a pire encore ailleurs : des surdoses de médicaments, des injures voire des coups – des coups sur le petit papy, des coups sur la petite mamie.

 

Et pourtant, ces structures coûtent des fortunes aux familles qui, souvent, n'osent même pas se plaindre. Tout simplement parce qu'elles ont honte. Et puis pas d'autre solution. Et puis parce qu'elles ont peur, aussi, d'éventuelles représailles.

 

Çà et là, en France – pas partout, heureusement – on maltraite nos vieux dans une indifférence quasi générale. C'est un scandale d’État.

 

Et donc il faut parler, signaler, témoigner. Ne pas avoir peur... Ne pas avoir honte. Parler pour Jeanine, Roger, Marie-Louise, Émile, Germaine, Léon. Et pour les autres, aussi : les prochaines générations.

 

De son côté, Suzanne se réjouit qu'une place se soit libérée dans un autre établissement– elle déménage dans quelques jours, et elle espère vraiment que là-bas, ce sera moins moche, et que les repas seront moins mauvais.

 

Depuis qu'elle quitté son domicile, elle a perdu près de vingt kilos. Et moi, quelques grammes d'humour, parce que cette vieille dame de 95 ans, Suzanne, c'est ma grand-mère.

« Çà et là, en France – pas partout, heureusement – on maltraite nos vieux dans une indifférence quasi générale. C'est un scandale d’État » Frédéric Pommier

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commentaires

Aredius44 10/12/2017 18:38

Je lis ce billet alors que je reviens de visiter ma belle-mère en EHPAD. Heureusement tout s'y passe bien pour elle, de nombreuses activités quotidiennes, des spectacles, un confort qu'elle n'avait jamais connu, et moins de solitude qu'à sa maison où elles ne pouvait plus rester sans assistance permanente. La dépendance est venue par étapes. Il fut d'abord difficile de laisser le jardin en friche (maintenant à Rezé une association s'occupe de prêt de tels jardins)...

Mais espérons ne pas connaître la dépendance.

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