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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 06:00
Ettore Scola n'est plus, une journée particulièrement triste pour le cinéma et pour moi.

Un des derniers grands maîtres du cinéma italien Ettore Scola, réalisateur de chefs d'oeuvre mettant en scène Marcello Mastroianni, Sophia Loren, Vittorio Gassman ou Nino Manfredi avec, « Nous nous sommes tant aimés » 1974, « Affreux, sales et méchants » 1976, « Une journée particulière » 1977 est mort mardi à Rome à 84 ans.

 

 

Le 8 mai 1938, Rome en fête organise un grand défilé en l'honneur d'Adolf Hitler, venu en Italie pour consolider son alliance avec le Duce. Dans un immeuble d'un quartier populaire, Antonietta, Sophia Loren, épouse d'un petit fonctionnaire fasciste, se consacre aux tâches ménagères. Son mainate s'échappe et se pose sur le rebord d'une fenêtre. Antonietta en avertit le locataire concerné. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de Gabriele, Marcello Mastroianni un commentateur de radio homosexuel, récemment licencié, qui attend son arrestation imminente...

 

 

Le décor de ce film prestigieux mais crépusculaire est un immeuble mussolinien filmé comme un tombeau : toute vie semble y avoir disparu en ce jour de mai 1938 où les Romains fêtent la visite de Hitler. Ne restent dans l'immeuble que deux exclus de l'héroïsme fasciste : un homosexuel persécuté et suicidaire, et une mère de famille abandonnée à ses casseroles.

 

Le film est un huis-clos dans un immeuble reconstruit en 1934, selon les critères de la nouvelle architecture fasciste pour les fonctionnaires viale XXI Aprile à Rome. Les distinctions sociales étaient prises en compte dans la répartition des logements. Tout était fait pour que les gens puissent s’épier, s’espionner, dénoncer.

 

 

Histoire d’apparence banale, mais qui ne l’est pas : deux êtres que tout sépare se rencontrent et s’aiment dans une période troublée, où triomphe l’exaltation de l'héroïsme fasciste. Une histoire d'amour qui semble la première pour Antonietta et la dernière pour Gabriele. Le contre-emploi de Sophia Loren, mal fagotée, mère au foyer abandonnée à son train-train quotidien, toute dévouée à sa famille correspond parfaitement au modèle de la mère prôné par le fascisme. Elle ne remet jamais en cause ce système, elle l’accepte docilement. Et le couple improbable qu’elle forme avec un Marcello Mastroianni, en intellectuel homosexuel, et donc forcément célibataire, raffiné et sensible, loin des valeurs viriles défendues par le fascisme, devient bouleversant. Aucun mélo, la peinture des sentiments est juste, sensible, émouvante.

 

J’ai pleuré.

 

Le fossé infranchissable, intellectuel, politique, social, et moral qui sépare ces deux êtres, est balayé par les circonstances exceptionnelles. Tout s’efface, les cases disparaissent, restés seuls dans cet immeuble mussolinien filmé comme un caveau : toute vie semble y avoir disparu en ce jour de mai 1938, Gabriele ne devrait pas pouvoir tomber amoureux d’une femme et Antonietta succomber à l’adultère. Tout devient possible du fait de leur fragilité, fragilité liée à leur solitude. Sans elle chacun serait resté sur ses positions, il n’y aurait pas eu de volonté de se lier à l’autre. C’est elle qui m’a bouleversé. Ce sentiment fort et irrépressible qui naît bouscule le système qui emmurait ces deux êtres si différents. L’amour l’emporte !

 

Tout cela est magnifié par une mise en scène impeccable, c'est du grand cinéma .

 

Les belles histoires sont intemporelles. Une journée particulière fait partie de ces films qui ne vieilliront jamais.

 

Dans un entretien avec Jean A. Gil, auteur du Cinéma italien (La Martinière), Ettore Scola expliquait, au sujet de l'homosexualité, que, «sous le fascisme, celui-ci n'existait même pas comme concept. Le mot n'est jamais apparu sur un journal de l'époque. […] Beaucoup d'homosexuels étaient indirectement accusés et éloignés de leur travail, ils étaient envoyés au confino de Carbonia, en Sardaigne, où étaient détenus également des subversifs non homosexuels.»

 

En 2012, lors une intervention à la Cinémathèque française, après la projection du film, Ettore Scola, cinéaste multi-récompensé, a confié que la distinction qui l'a rendu le plus fier lui a été donné par une association gay italienne, Fuori!, pour son respect des personnes homosexuelles.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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