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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (10) Tu devais être ma Nafissatou Diallo pour rabattre le caquet de mon père ce DSK des chais…

Nous laissâmes la moto devant la Préfecture. Sur le trottoir, Émilia traçait la route à grands pas devant moi. Je peinais à la suivre mais je m’accrochais. Elle savait qu’il allait lui falloir s’expliquer. En dépit de mon air con et de ma vue basse je subodorais le fin mot de cette histoire. Pour ne rien vous cacher ça m’excitait.

 

Dans notre pérégrination nous croisâmes le maire,  Alain Juppé qui, cabas au bras, revenait de faire ses courses au Marché des Grands Hommes. Il s’arrêta pour présenter à Émilia ses civilités, demander des nouvelles de son père et s’inquiéter des ventes en primeurs de la propriété. J’en profitai pour le saluer et lui dire tout le bien que je pensais de sa candidature aux Primaires de l’UMP, pardon de Républicains. Nous devisâmes longuement pour le plus grand plaisir des passants.

 

Comme une faim d’ogre me tenaillait je fis part à Émilia de mon souhait d’expérimenter la nouvelle cantine de luxe de Bordeaux, La Petite Maison, que Bernard Maigret et Joël Reblochon venaient d’ouvrir, au 10 rue Labottière, dans un hôtel particulier, pur Napoléon III, contemporain du classement des vins de Bordeaux de 1855, une référence quasi absolue dans l’Histoire des 77 crus classés du Médoc, de Pessac et du Sauternais.

 

Oui, comme le notait cette vieille truffe de Nicolas de Ravaudy, là-bas au moins le foie gras de canard était issu de fermes où le gavage est contrôlé, c’est le moins qu’on puisse faire dans une grande maison qui, dit-on dans les gazettes gastro et sur le woueb, choit si bien sa brigade. Bref, je rêvais déjà de l’œuf de poule mollet et friand au caviar osciètre et saumon fumé, de la découpe en salle, sur guéridon, de la poularde en vessie, de sa délicate cuisson sur sarments de vigne, les flammes léchant le cœur des viandes d’où le goût profond…

 

Nous nous y rendions après qu’Émilia eut réservé, sans problème, une table.

 

Nous étions toujours aussi peu présentables mais c’est le privilège de la classe dirigeante de pouvoir se trimballer décontractée, avec des fringues de chiffonnier, dans les palaces.

 

L’heure était au champagne et aux mises au point. Je commandai du Horiot, Sève, très précisément mais le sommelier, hautain, me répliqua qu'il ne servait pas de champagne de paysan. Je lui claquai le bec en lui rétorquant que je ne supportais pas les larbins habillés en croque-mort et que le meilleur service qu'il puisse nous rendre c'était de disparaître et d'aller faire la plonge pour justifier ses émoluments.

 

L'homme au taste-vin à la boutonnière repartait la queue entre les jambes.

 

Je commandai un Drappier sans soufre au premier serveur venu qui en fut tout estomaqué.

 

Face à moi Émilia conservait son petit air boudeur, ça lui allait bien ce petit air boudeur. D'ailleurs tout lui allait bien à cette belle fille. Je n'allais pas la brusquer, je savais qu'elle savait et qu’elle ne pouvait plus s’esquiver.

 

Nous commandâmes, l'effet sommelier devait avoir fait son effet, la reptation fut de mise.

 

Je levai ma coupe de champagne : « Émilia à notre belle rencontre !

 

Elle éclata en sanglots.

 

Décontenancé je ne savais que faire. Je posai ma main sur sa main, balbutiai des mots gentils où je l'assurais que quoi qu'il arrive je serais à ses côtés.

 

Elle sécha ses larmes avec le coin de sa serviette.

 

- Eugène je te dois la vérité. C’est moi qui t’ai recruté. Je misais sur ton talent de fouille-merde pour mettre au grand jour une situation qui m’était devenue intolérable. Le tout Bordeaux en parle. C’est un secret de Polichinelle. Je voulais, si je puis m’exprimer ainsi, le prendre la main dans le sac. En flagrant délit de cochonneries. Tu devais être ma Nafissatou Diallo pour rabattre le caquet de mon père ce DSK des chais… Mais le destin, et ton art de prendre tout le monde de court, se sont ingéniés à foutre parterre mon beau plan. Je n’ai aucun regret Eugène, tu viens de me faire vivre la plus belle séquence de ma vie. Foin des galipettes de mon cher père, je m’en tamponne maintenant la coquillette, ce qui compte maintenant pour moi c’est toi…

 

- Qu’entends-tu par là ?

 

- Rassures-toi mon cher Eugène ce que je te propose ce n’est pas le mariage, Dieu te préserve de moi, je suis impossible, mais une belle et fructueuse association…

 

- Pas pour aller cultiver la vigne et faire du vin aux antipodes j’espère. Je n’ai pas la main verte et j'ai une sainte horreur des travaux pratiques et de l’anglais et des mecs qui le parlent surtout s'ils sont Français…

 

- T’en fait pas mon Eugène, pour le pinard j’ai déjà donné. Ils me saoulent. Me gonflent. J’en ai ma claque. Adieu Bordeaux, bonjour Paris !

 

- Tu risques d’être un peu refroidi par le haut standing de mon bureau…

 

- Ne soit pas rabat-joie, l’heure est aux réseaux sociaux, plus besoin de bureau. Nous allons conjuguer nos talents mon grand…

 

- Tu me surestimes…

 

- Ne fait pas ton Tarpon, nous allons ce jour, ici même, chez Maigret&Reblochon, porter sur les fonds baptismaux notre agence de contage d’histoires en tout genre : Les drôles d’oiseaux…

 

- Si c’est toi qui le dis je te suis…

 

- J’appelle illico le Jacques Dupond, avec un grand D au début et un petit à la fin, du Poing pour lui annoncer en primeur la nouvelle…

 

Voilà enfin une histoire qui finit bien… Tous les personnages ici évoqués sont comme toujours sur la Toile des avatars et n’ont qu’un très lointain rapport avec la réalité.

 

Affaire et affaires à suivre… J'adore broder c'est mon côté couturière que je tiens de ma mère... Comme une idée de faire un vrai POLAR de cette histoire de corne-cul... Vous me dites...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

Gérard LAURENT 21/08/2015 08:35

un très bon moment passé chaque jour avec ce feuilleton décapant plein plein de fraîcheur et d'humour. j'en redemande.

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