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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 00:09
Les bas-fonds du baroque : Bacchus dieu de l’ivresse est associé à l’obscurité de la nuit et à ses mystères, aux pulsions et à l’extase, aux excès et à la démesure…

Vous pédalez courbé sous les giclées des giboulées de mars et soudain vous tombez nez à nez avec les bas-fonds de Rome placardés sur les colonnes Morris. Stupéfaction d’y voir deux ivrognes se murger grave. Mais que font nos amis de l’ANPAA ? Sont-ils KO debout après le choc du Salon de l’Agriculture, le « c’est de la bombe ! » du Président qu’aime tant Bernard Farges ? Je ne sais mais ce que je sais : « C’est bien dans une débauche de peintures « ignobles » que se vautrent les visiteurs du Petit Palais, entrainés, à l’occasion d’une nouvelle exposition, dans les bas-fonds de Rome. « Ignobles » au sens propre (si l’on peut dire) : car certains artistes qui séjournèrent dans la cité au début du XVIIe siècle renversèrent les codes et remplacèrent les dieux et les héros par des gueux et des mendigots. Sous l’égide de Bacchus, ils plongèrent dans le monde licencieux des tavernes et dans la misère patibulaire des quartiers mal famés ou des campagnes alentours… »

 

Renverser les codes voilà un beau geste que les hérauts des vins nus devraient méditer« Et puis il y a celui qui « de son pinceau en arriva à peindre truanderies et gueuseries […], nuées d’ivrognes et de scélérats, gitans […], souillons, vauriens, traîne-misère : l’un s’épouille et l’autre se gratte […], un qui pisse, un qui chie […], un musicien ambulant qui joue […], et le peintre aujourd’hui ne pense faire rien de bon s’il ne peint pas un groupe de loqueteux, si sa peinture n’est pas vile. » Salvator Rosa

 

Oui, cher Antonin, tes nuits du vin nu de la rue Saint-Sabin se doivent d’être orgiaques et voluptueuses…

 

Puise à pleines mains dans Baudelaire pour que :

 

« Les tables d’hôte, dont le jeu fait les délices,

S’emplissent de catins et d’escrocs, leurs complices,

Et les voleurs, qui n’ont ni trêve ni merci,

Vont bientôt commencer leur travail, eux aussi

 

Charles Baudelaire, « Le Crépuscule du soir », Les Fleurs du Mal.

 

« Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie,

N’ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins

Le canevas banal de nos piteux destins,

C’est que notre âme, hélas ! N’est pas assez hardie. »

 

Charles Baudelaire, « Au lecteur », Les Fleurs du mal.

 

Oui, Antonin, face aux hordes de visages pâles, aux bandes de bien-pensants, aux processions de culs-bénis, à toutes les engeances qui veulent nous passer le licol, opposons les joies de nos corps, mélangeons nous dans les bas-fonds de Paris.

Les bas-fonds du baroque : Bacchus dieu de l’ivresse est associé à l’obscurité de la nuit et à ses mystères, aux pulsions et à l’extase, aux excès et à la démesure…

Tous ensemble, tous ensemble, célébrons « Bartolomeo Manfredi qui peignit Bacchus et un buveur. Dans un jeu de miroir le dieu mythologique et un homme au costume du XVIIe se font face : le mythe et la réalité sont dans la même espace. Peut-être s’agit-il simplement d’une réunion d’artistes déguisés afin de composer un tableau vivant. La pratique était courante chez les Bentvueghels ou les Schildersbent. Ce groupe, qui se forma à Rome autour de 1629 et s’opposa souvent à l’Académie de Saint-Luc, réunit des peintres de différentes origines, hollandais et flamands pour la plupart, représentatifs de plusieurs courants stylistiques, l’une des grandes figures étant Pieter van Laer, il Bamboccio. Ils avaient pour divinité tutélaire Bacchus et se faisaient baptiser dans le vin

Les bas-fonds du baroque : Bacchus dieu de l’ivresse est associé à l’obscurité de la nuit et à ses mystères, aux pulsions et à l’extase, aux excès et à la démesure…
Les bas-fonds du baroque : Bacchus dieu de l’ivresse est associé à l’obscurité de la nuit et à ses mystères, aux pulsions et à l’extase, aux excès et à la démesure…

Mais qui donc est ce Bacchus ?

 

« Fils de Jupiter et de la mortelle Sémélé, Bacchus, poursuivi par la jalousie de Junon, passe son enfance caché dans une grotte dont l’entrée est dissimulée par une vigne. Il y est élevé par des nymphes au caractère espiègle, avant de recevoir l’instruction des Muses et du vieux Silène, un satyre personnifiant l’ivresse.

 

Dieu de la fécondité de la nature, de l’abondance et de l’allégresse, Bacchus passe pour être l’inventeur du vin, et c’est à ce titre qu’il est sollicité par nos artistes. Depuis la Renaissance, dans la continuité des auteurs antiques (Platon, Horace, Aristophane…) les mytholographes et les théoriciens décrivent les effets de l’ivresse bachique comme le fondamentalement ambigus. Si l’ivresse libère en effet l’homme de ses maux, si elle le réconforte et le console, elle peut aussi être à l’origine d’une folie des sens et d’un furor créateur qui s’apparentent à la révélation d’un savoir occulte et à une intensification de la puissance imaginative.

 

Ce pouvoir d’inspiration artistique prêté à Bacchus se distingue de celui que l’on attribue à Apollon, dieu solaire, dieu de la mesure et de l’harmonie mélodieuse qui vit parmi les Muses sur le mont Parnasse. Le dieu de l’ivresse est quant à lui associé à l’obscurité de la nuit et à ses mystères, aux pulsions et à l’extase, aux excès et à la démesure. Il n’est pas étonnant que Caravage, et après lui ses émules et les artistes turbulents de la Bent, se soient placés sous les auspices du dieu de l’inspiration créatrice et représentés sous ses traits ou sous ceux de ses acolytes, satyres, silènes ou Pan. Ces tableaux sont à la croisée de plusieurs genres : autoportraits, portraits mythologiques, allégories de l’excès comme de l’inspiration artistique dionysiaque. Placés sous le signe de Bacchus, ce sont aussi des manifestes, de la part d’artistes exerçant leur art dans la capitale pontificale du Seicento, du lien entre une autre culture antique, une Antiquité païenne, orgiaque et voluptueuse, celle également du théâtre et plus particulièrement de la comédie. »

Les bas-fonds du baroque : Bacchus dieu de l’ivresse est associé à l’obscurité de la nuit et à ses mystères, aux pulsions et à l’extase, aux excès et à la démesure…

Voilà, encore une fois j’ai accompli mon devoir en célébrant le vice bien plus que la vertu et avec le poète je chante :

 

L’esclat des verres seulement,

Plus brillants que le firmament,

Y rendoit la veue esblouye ;

On n’y vomissoit que du vin,

Et rien n’y possedoit l’ouye

Qu’un chant bachique et tout divin.

 

Extrait de Saint-Amant, « la vigne » 1629

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

patrick axelroud 06/03/2015 10:25

Hihihi....Merci Taulier !

La vigne sous la plume 06/03/2015 07:55

Courez y!!! Fica, Fica!!!

patrick axelroud 06/03/2015 05:54

Commentaire à la marge. Dit donc Taulier, t'as pas fini de tourner le dos à tes lecteurs ? Imagine que toutes les illustrations de ta chronique soient des figures vues de dos, t'aurais l'air fin ! Ce face à face avec toi même, sympa un moment, est loin de nous rapprocher. Alors svp, modifie le frontispice ( lol) de ton blog et montre nous une face hilare qui nous changera de l'air du temps. Bien à toi. Signé : Grincheux

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