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17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 07:00
Lorsqu’un plat quasi-oublié est 1 concentré d’Histoire : brouillamini, pot-pourri, Macédoine et macédoine…

Je venais d’avoir 15 ans lorsque survint le 25 juillet 1963 le tremblement de terre de Skopje.

 

« Après plusieurs secousses de moindre ampleur, une plus forte a été ressentie en milieu d'après-midi, vers 15H10 locales (13H10 GMT), d'une amplitude de 5,3 sur l'échelle ouverte de Richter, selon l'institut de sismologie macédonien. L'épicentre a été relevé à sept kilomètres à l'est de Skopje.

 

Une dizaine d'autres ont encore été ressenties jusqu'à la fin de l'après-midi.

 

Des habitants sont descendus dans les rues, se regroupant dans les espaces verts de la capitale. Certains restaient dehors en début de soirée, refusant de rentrer chez eux.

 

Le tremblement de terre de 1963 avait fait 1.100 morts et détruit une grande partie de la ville. »

 

Je découvris que Skopje était la capitale et la plus grande ville de la République de Macédoine, faisant partie de la Yougoslavie de Tito. À l’époque du séisme de 1963, c'était une ville moyenne d'environ 166 000 habitants et elle se trouvait à la tête d'une vaste municipalité comptant 312 000 habitants ainsi que de nombreux villages. Elle compte aujourd'hui un peu moins de 700 000 habitants.

 

Impact du séisme

 

1 070 morts, plus de 3000 blessés et près de 150 000 sans-abris, destruction de 80 % de la ville, ruine de nombreux établissements recevant du public sensibles et stratégiques : plusieurs hôpitaux, 8 écoles primaires et 11 établissements secondaires, 32 infrastructures sportives, 9 polycliniques, et un grand nombre d'autres institutions, comme l'université et la bibliothèque nationale, perte de la majorité du patrimoine historique et culturel de la ville un milliard de dollars de dégâts équivalent au budget annuel de la Yougoslavie à l’époque.

 

La mobilisation internationale pour venir en aide à la ville sera forte et la reconstruction rapide.

 

Ça m’avait beaucoup marqué et ce qui m’avait en plus beaucoup étonné c’est qu’à la maison nous mangions de la macédoine de légumes.

 

Pourquoi diable un plat bien ordinaire portait-il le nom d’une République des Balkans ?

 

Les Balkans c’était pour moi l’assassinat le 28 juin 1914, à Sarajevo, de l'héritier de l'empire austro-hongrois et son épouse par un terroriste serbe, Gavrilo Princip (19 ans).

 

Imputé non sans raison à la Serbie par le gouvernement autrichien, l'assassinat va servir de prétexte au déclenchement de ce qui deviendra la Première Guerre mondiale. »

 

« Les Balkans témoignent de contradictions géographiques et politiques, perceptibles dans le changement d’appellation des lieux au cours de l’Histoire : de la péninsule illyrienne, grecque, byzantine à la « Turquie d’Europe » plus récente. Il est resté une dénomination venue des Turcs, les « Balkans ».

 

Cette presqu’île n’offre pas de frontières naturelles difficiles à franchir. Les délimitations des géographes et historiens sont relatives et souvent arbitraires, et donc contestées. Sa définition est difficile, car, étant associée à la progression des troupes ottomanes, cette « zone de turbulences » garde aux yeux de certains un caractère négatif. Marqués par les bouleversements telluriques et historiques, les Balkans témoignent d’une pluralité et d’une variété démographiques, ce qui pose un grand nombre de questions en termes de rapports ethniques, de constructions identitaires et territoriales. Les revendications s’appuient aussi bien sur le mythe que sur l’Histoire.

 

L’apparition de l’État-nation a constitué dans ces régions de multiples fractures à l’image du schisme chrétien de 1054, divisant Églises et croyances, empires et pouvoirs, styles et écritures. L’islam a engendré de nouvelles oppositions ou intolérances. Les puissances étrangères sont intervenues dans ce jeu pour tenter de le stabiliser tout en déterminant leurs sphères d’influence, figeant par le jeu des traités une multitude de questions irrésolues ou conflictuelles, sans apporter de réponse durable. Cet inachevé, dans une histoire faite de partages, suscite des frustrations, et nécessite une réécriture qui tarde à se faire jour, faute d’apaisement entre les différentes sensibilités.

 

« Cet espace qui produit plus d’histoire qu’il n’en peut consommer » W. Churchill

 

Dans Balkans-transit François Maspero écrit :

 

 

« Je marchais dans le quartier turc de Veliko Tirnovo la bulgare, je parlais à des Serbes de Kumanovo la macédonienne, à des Albanais du Kosovo yougoslave, et l'interrogation était là, lancinante : est-il possible que « ça » arrive aussi ici ? Et dans ce cas, croyez-moi : « ça » arrivera bien aussi un jour chez nous... »

 

Cinq ans de périples dans les Balkans : Albanie, Macédoine, Grèce, Bulgarie, Roumanie... Et la Bosnie. Parce que, dès les premières rencontres, on lui a dit : « Nous sommes ici au coeur de l'Europe. »

 

 

Depuis 26 ans, la Grèce et l'ancienne république yougoslave s'écharpent sur l'utilisation du nom « Macédoine », qu'ils revendiquent tous les deux. Le premier pour sa région, le deuxième pour son pays.

 

Les deux territoires se disputent donc le terme. En Grèce, près de 90.000 manifestants ont ainsi protesté, dimanche, contre le maintien du mot « Macédoine », dans le nom définitif et officiel de son voisin.

 

La Macédoine est l'un des pays les plus pauvres d'Europe et régler cette histoire lui permettrait de se  rapprocher de l'Union européenne et de l'Otan. Pour l'instant, face aux pressions des Grecs, la Macédoine a été admise à l'ONU, mais sous le nom d'Ancienne république yougoslave de Macédoine.

 

Le gouvernement grec est favorable à un règlement du différend avec son voisin, qui remonte à 1991, en acceptant a priori « un nom composé » comme Macédoine du Nord ou Nouvelle Macédoine pour nommer l'ex-République yougoslave, tout en la distinguant de la province frontalière homonyme du nord de la Grèce.

 

François Marin, dans une édition parue en 1758 de ses Dons de Comus ou l’Art de la cuisine (tome 2), mentionne page 116 le terme macédoine au sein de sa recette de la Poularde à toutes sortes de légumes : « Aux pois. Aux petits haricots. Aux fèves de marais, à l’ordinaire, ou en macédoine. ». Si ce terme de macédoine est né près des fourneaux, comme on peut fortement le croire, il faut que le fait se soit passé entre 1755, date où fut publié les Soupers de la Cour, et 1758 où le mot figure dans les Dons de Comus.

 

On est ainsi évidemment fondé à croire que c’est par l’art culinaire que macédoine est entré dans la langue, quand on considère :

 

1° Qu’en qualité de terme de jeu de cartes, ce mot apparaît treize ans après le 32e volume des Mémoires secrets de Bachaumont, où il ne se dit pas encore sans épithète en parlant d’un mélange littéraire ;

 

2° Que le Dictionnaire de De Wailly, qui semble avoir été le premier à l’enregistrer, le signale comme signifiant uniquement une « sorte de ragoût » ;

 

3° Enfin, que François Raymond, qui donne les trois significations actuelles de ce mot, commence par celle de « mets composé de plusieurs sortes de légumes ».

 

Quant au mot macédoine lui-même, ce n’est probablement qu’une allusion à la variété incroyable de peuples auxquels Philippe et Alexandre imposèrent les lois de la Macédoine, et dont on remarquait les vêtements divers et confus dans les armées de ce dernier. Rien ne permet toutefois de changer cette conjecture en certitude.

 

Conclusion : de nos jours la conserve de macédoine est habituellement composée de cubes de carottes, de petits pois et de morceaux de maïs, elle est en quasi voie de disparition… Elle se consomme en général avec une mayonnaise.

 

Sources : Macédoine

(D’après « Le Courrier de Vaugelas », paru en 1878)

 

Les cahiers balkaniques ICI 

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