Samedi 21 juillet 2012 6 21 /07 /Juil /2012 00:09

Le syndicat de Tavel annonce la couleur : 1ier rosé de France, le Roi des Rosé… « Dans l’univers du vin, il y a le blanc, le rouge, le rosé… et le Tavel » D’accord, je prends bonne note, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même mais dans ce cas il ne reste plus qu’à tenir son rang et nos belles ombrelles que sont nos AOC sont parfois bien larges, pour être lapidaire sous le couvert de la typicité, d’un vague air de famille, on fait plus dans le prix Cognacq-Jay que dans le cousu main. Tavel, avec l’irruption des folles du rosé, plus pâles les unes que les autres, branchées, speedées, qui apparaissait comme une dame chic un peu effarouchée par ces gueuses, se crispait, s’installait dans une forme de retrait hautain. Sans vouloir être mauvaise langue force était de constater que face aux petits culs bien frais, faciles, frétillants, aguichants, où même certains n’hésitaient pas à y jeter des glaçons, nos Tavel paraissaient un peu lourds, franchement plon-plon, à cent lieues de la tendance.

 

Ainsi va la vie d’une appellation, des hauts, des bas ou des coups de mou, face à l’impérialisme dominateur des Côtes de Provence rosé et de tous les petits derniers qui se mettent à faire du rosé, à le faire savoir, pensez-donc même les seigneurs de Bordeaux condescendent à s’y mettre, le Tavel affirme sa singularité. C’est un bon parti et je ne suis pas en mesure de jauger si ce parti-pris très compréhensible est ainsi perçu par le consommateur. En effet, pour se différencier encore faut-il afficher des différences qui dépassent le simple affichage des communicants.

 

Pour palier mes insuffisances je suis allé chercher dans la poussière deux guides que l’on m’a offert je ne sais plus dans quelle condition : Hachette 2009 et Gault et Millau 2011. D’abord pour le pékin de base la bonne question basique est : c’est où Tavel ? Avec Google Maps c’est simple à trouver : dans le Gard ! Fort bien mais le Gard est, comme chacun sait, ou ne sait pas, écartelé entre le Languedoc et la vallée du Rhône. Donc, comme moi je sais que le président d’Inter Rhône est de Tavel j’en déduis que Tavel est classé Rhône comme les Côtes du Rhône Gardoises. Facile, comme vous pouvez le constater.


Dans le Hachette je galère pour enfin trouver coincé entre le Lirac et les Costières de Nîmes, le Tavel. Je lis 933 ha et 38 933 hl. J’y apprends que Tavel est considéré par beaucoup comme le meilleur rosé de France et que c’est la seule appellation rhodanienne à ne produire que du rosé. 16 domaines, 1 coup de cœur pour le domaine Lafond Roc-Epine, je n’y connais que le domaine de la Mordorée mais je n’ai jamais dégusté leur Tavel et bien sûr le Prieuré de Montezargues dont je cause dans mon titre. Aucune trace de la cave coop de Tavel, on peut être président sans pour autant faire des vins qui séduisent les faiseurs de guide. Je file alors dans le Gault et Millau plus récent. Même souk pour trouver Tavel qui là est coincé par l’alphabétique entre Saint-Péray et Vacqueyras. 7 domaines sélectionnés avec 2 quatre étoiles : la Mordorée et Pélaquié avec des 14,5/20, mais aussi le château d’Aquéria qui n’a que trois étoiles mais 16/20 pour un rosé qualifié de sec : les voies des guides me seront toujours impénétrables. Toujours pas de cave coopé mais bon je ne vais rechanter le même couplet. Du côté des prix pas beaucoup d’évolution entre le Hachette 2009 et le Gault et Millau 2011 ça se situe dans la fourchette des 8 à 12 € donc abordable par le pékin moyen supérieur.


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Je fais donc ma contrition sans acte ni pénitence mais ça faisait un sacré bail que je n’avais pas mis le nez au-dessus d’un verre de Tavel. L’autre jour, passant mes vieux abatis du côté de l’Annexe Richard à l’invitation de Corinne Richard, sous la houlette de la très experte Myriam Huet, ayant une petite soif : il faisait à peu près beau ce jour-là, mon regard est tombé sur une bouteille de rosé au frais et j’y lis sur l’étiquette : Prieuré de Montézargues ! Je me dis  dans ma petite Ford intérieure assoiffée, « voilà un bien beau nom… » C’est mon côté élevé par les frères dans la Vendée profonde sans doute. Alors je me sers ! Belle couleur vineuse, tout le contraire des pâlichons à la mode, un nez de fruits murs assez intense : rare chez les rosés me dis-je ! En bouche de la fraîcheur, de la vivacité, ce même fruit et alors que fais-je ?  Et bien je me désaltère. C’est vraiment une belle gourmandise. Un vin, un vrai vin de caractère. Là, j’approche mon museau au plus près de l’étiquette et je découvre que c’est un Tavel. Bien sûr mon approche va me valoir le courroux de mes confères experts mais je plaide non coupable : c’est ma soif qui m’a fait aller vers ce vin et n’est-ce pas là le seul geste qui compte pour ceux qui le font ? Pour étancher sa soif, que fait-on ? On s’assied à la terrasse d’un café par exemple, on consulte la carte et on hèle le tavernier « un Tavel Prieuré de Montézargues 2011 ». Voilà, c’est ce que j’ai fait et, en plus, j’ai réalisé une dégustation à l’aveugle comme on dit dans le jargon. C’en était une ! Nullement désinvolte mais, disons-le tout net, nature.


Avant de prendre congé j’ai fait part à Corinne Richard de l’excellence de ce Tavel dont, circonstances aggravantes pour le prétendu connaisseur que certains prétendent que je suis, j’ignorais qu’il était depuis 2003 la propriété de la famille Richard (un détail que le guide Hachette 2009 ne mentionnait pas d’ailleurs). Bref, le millésime 2011 est issu d’un assemblage 55% Grenaches (rouge et blanc), 30% Cinsault, 13% Clairette et 2% de cépages divers (Syrah, Mourvèdre, Carignan, Bourboulenc). C’est 12€ le flacon et vous ne les regretterai pas.

viewermontezargues.pngEnfin, pour les férus d’histoire le prieuré de Montézargues, une belle bâtisse, est issu de l’abbaye de Grammont, à laquelle Guillaume II et Rostang II de Sabran donnèrent, en 1199, le moulin, l’eau qui lui est nécessaire et les bois indépendants. Les moines qui s’installent alors au Prieuré de Montézargues obtinrent un droit de pêche sur l’Etang de Pujaut (asséché depuis). Le Pape Innocent III, écrivit à l’Abbé de Gramont pour lui enjoindre de recevoir en grâce cette nouvelle communauté. Ce à quoi il consentit. En 1295, ne demeuraient que trois religieux.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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