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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 00:09

En mes jeunes années de sauvageon qui allait à l’école j’ai toujours eu un faible pour la géographie car elle me permettait de voyager, d’explorer les espaces inconnus, de rêver, d’abreuver mon imaginaire. Que voulez-vous Irkoutsk, Zanzibar, Macao, Tamanrasset, Kenitra, Buenos-Aires, même si Jules verne et Saint-Exupéry y étaient pour quelque chose, ça étirait les limites du canton de la Mothe-Achard et ça fleurait un exotisme bien plus torride que le remblai de la plage des Sables d’Olonne.


Alors lorsque la collection « Autrement » dont je suis un vieux lecteur – c’est grâce à elle que j’ai découvert par exemple Kathrine Kressmann Taylor avec sa nouvelle « Inconnu à cette adresse » publiée en 1939 dès sa parution en France en 1999, un succès énorme 600 000 exemplaires, un choc – publie l’Atlas mondial des vins la fin d’un ordre consacré sous la signature de Raphaël Schirmer et d’Hélène Velasco-Graciet, deux géographes de l’Université Montaigne Bordeaux III, avec une belle cartographie d’Aurélie Boissière, ma truffe de fouineur flaire la bonne pioche. Avec Raphaël Schirmer, au temps où il était parisien, j’ai animé un café-géo sur la mondialisation du vin au Festival International de Géographie de St Dié (l’ami Bernard nous avons gracieusement offert quelques bouteilles de son vin du Chili). Bref, je vous assure que cet Atlas est de la belle ouvrage. C’est bien documenté, c’est ludique, c’est attrayant, tout le contraire de la littérature rasoir des universitaires. C’est une somme légère. Une telle publication ne peut que contribuer à faire découvrir l’univers du vin à un large public. Elle participe à mon obsession d’extension du domaine du vin. Articulée autour de V chapitres : l’histoire de la vigne et du vin, une nouvelle configuration mondiale, les acteurs du vin, démocratiser la consommation du vin et les nouvelles dynamiques elle est à mettre entre toutes les mains.


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Oui nos jeunes géographes ont vraiment du talent alors saluez-le en achetant leur Atlas mondial des vins  aux éditions Autrement 17€. Pour vous donner un avant-goût, comme c’est la tradition sur mon espace de liberté je vous offre l’un des articles qui me plaît : « L’invention des terroirs »

 

« La question essentielle de la qualité d’un vin a trait au terroir. Il existerait des vins de terroir, dotée d’une qualité donnée par la nature, et des vins technologiques, a-géographiques, dont la qualité serait construite pour satisfaire les consommateurs.


Les qualités naturelles de la vigne


On connaît la capacité de la vigne à coloniser des milieux naturels très divers : elle s’implante dans toutes les familles de relief, à l’exception des zones trop marécageuses ou trop acides et des climats trop extrêmes. La vigne prospère en effet entre 30° et 50° de latitude Nord et 30° et 40° de latitude Sud, soit dans le domaine méditerranéen et le sud de le zone tempérée jusqu’aux régions subdésertiques à condition qu’elles soient irriguées. Elle supporte aussi l’altitude. Preuve en est son implantation dans le Valais suisse (1100m) ou la Bolivie (2500m). Mais l’histoire des vignobles européens témoigne que la qualité des vins ne dépend pas exclusivement du sol et du climat. Lorsqu’on regarde le développement des vignobles de l’Ancien Monde, le terroir apparaît plus comme une affaire d’hommes que de nature. Le Clos de Vougeot, situé dans une zone climatiquement moins propice, atteste de cette construction humaine.


L’origine commerciale des grands vignobles


Pour expliquer la localisation des grands vignobles, il faut donc considérer les dimensions sociale, politique et économique. Les quatre grands vignobles européens (italien, français, espagnol, portugais) ont en commun leur origine urbaine. Leur émergence et leur développement sont liés à la capacité des notables d’une ville à défendre leurs produits, à nouer des liens commerciaux et politiques avec le monde extérieur pour s’assurer une rente. Dès le XIVe siècle, les vins de la vallée du Douro sont acheminés vers Bruges, Rouen ou Honfleur ou Londres. La situation géographique joue aussi bien sûr puisque l’accès aux voies fluviales ou maritimes constitue un atout pour Bordeaux et Porto, contrairement à Florence ou Logroño.


Une construction historique et politique


La vigne et son terroir sont aussi soumis aux aléas de l’histoire. Le vignoble bordelais aurait-il connu le même développement si Aliénor d’Aquitaine n’avait pas épousé Henri II et si la prise de Rouen en 1152 n’avait pas privé les Anglais des vins de l’Ile-de-France ? Le Porto aurait-il connu le même succès en Angleterre si Colbert n’avait pas taxé les importations anglaises à partir de 1667 entraînant le boycott des clairets bordelais ? À nouvelles clientèles, nouvelles demandes et les vins proposés se modifient. Ainsi, pour satisfaire le « goût anglais », les méthodes de vinification se perfectionnent et le mutage apparaît dans la vallée du Douro.


Le « terroir », une marque


Progressivement, le terroir se dessine, prend un nom défendu par des règles et des normes. L’appellation garantit l’origine du produit proposé et permet de lutter contre les fraudes et les contrefaçons. Les privilèges de Bordeaux au XIIIe protègent les vins de la ville de ceux des bassins viticoles de la Garonne et de ses affluents. En 1716, les régions viticoles du Chianti, Pomino, Carmignano et Val d’Arno dont délimitées. En 1756, le marquis de Pombal, Premier Ministre portugais, délimite la région viticole du Haut-Douro et impose des conditions rigoureuses de production.


Les terroirs sont inventés en convoquant des savoir-faire historiques et finissent par se figer autour de zones délimitées, codées économiquement, socialement et symboliquement. Ainsi les AOC* du Cognac fon fi des limites géologiques car c’est la proximité du marché qui joue : plus on est proche de la ville, plus la qualité du vin est grande (grâce aux investissements), ce qui donne une zonation concentrique. La prégnance de la longue histoire qui les a fait naître a donné l’illusion aux hommes que les vins qu’ils produisaient étaient une sorte d’offrande de la nature et qu’ils étaient donc des vins de l’offre. La diffusion des vins liquoreux européens souligne le caractère mouvant de leur localisation ne dépendant pas seulement de la nature des sols. »

 

Note du rédacteur à mes amis géographes :

* les vins produits dans la région délimitée de Cognac ne sont pas des AOC mais des vins à brûler qui produisent l’AOC Cognac qui est unique et ce sont les crus : Borderie, Grande Champagne, Petite Champagne, Fins Bois, Bons Bois et Bois Ordinaires qui obéissent à une logique économique avec une zonation concentrique autour de la ville de Cognac.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Olivier Borneuf 29/07/2010 08:40



Dans le même état d'esprit, je vous invite à lire - si ce n'est déjà fait - "Une histoire du Vin" de Hugh Johnson… ça ouvre aussi très bien la tête !!


 


A+



Antonin Iommi-Amunategui 27/07/2010 11:53



J'ai beaucoup aimé également cet Atlas de 80 pages : dense et appétissant, fouillé et crépitant d'informations, d'anecdotes et d'infographies. J'ai eu l'opportunité d'en dire quelques
mots ici : http://www.liberation.fr/culture/0101646873-vol-aux-vins. "Autrement" propose d'ailleurs une très
belle et vaste collection de ces atlas, abordant des thèmes assez peu fréquentés dans ce type d'ouvrages (je pense à "l'Atlas des mafias" par exemple).



JACQUES BERTHOMEAU 27/07/2010 13:18



J'ai lu votre papier dans Libé



Norbert 27/07/2010 10:31



Merci pour le rappel: très belle chronique... Et qui nous ramène bien au débat sur le terroir... car il y a là une belle histoire de la combinaison sol/cépages/hommes et un bon rappel du fait que
le bourgogne ce n'est pas seulement du pinot noir ou du chardonnay!



Norbert 27/07/2010 10:10



Ah, je vois d'ici la campagne qu'il va falloir engager pour sauver le BGO, ce monument historique, ce témoin incomparable des subtilités de notre génie réglementaire: "A bas les côteaux, vive le
grand ordinaire". Mais il faut se dépécher: le mécanisme est enclenché (Comité national Vin du 9 juin dernier).



JACQUES BERTHOMEAU 27/07/2010 10:15



Campagne engagée par ma pomme dès mars 2008 : BGO : tempête dans un tonneau http://www.berthomeau.com/article-18610677.html mais qui se heurte aux arrangements des bourguignons et des gens du Beaujolais sur les
cépages. Je vais relancer le combat au nom de la tradition: sauvons le soldat BGO !


 



le petit télégraphiste pour Vincent Pousson 27/07/2010 09:34



Vincent Pousson Tout cela m'a l'air passionnant, à l'inverse de la
complaisance d'une Jancis Robinson (que je conspuais hier) et beaucoup plus proche d'une réalité "moderne"… Merci du tuyau, monsieur le Contrôleur etc…, je le commande derechef !



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