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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 00:09

Comme je n’ai point de fils nul ne pourra me soupçonner d’être l’auteur de ce libelle provoquant sous le pseudonyme de Laurent Léguevaque. Le susdit existe et je ne l’ai jamais rencontré sauf sur une page de Libé. Son portrait brossé par Luc Le Vaillant m’a de suite incité à tomber dans ma maladie chronique : chroniquer. Dès l’entame du papier savoir que ce quidam, revendiquant un alcoolisme libérateur, fut pendant treize longues années juge d’instruction ça ne me disait rien de bon. Certes y’a pas de sot métier mais y’en a quand même des où jamais je n’aurais jamais osé pousser mon bouchon. Faire son Droit n’oblige pas à endosser les oripeaux des « petits juges » versus Bruay-en-Artois et là où coule la Vologne. C’est un peu comme si moi je m’étais laissé aller à embrasser le « beau métier » d’Inspecteur des Impôts (un de ces jours je vous raconterai l’histoire).

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Mais à tout pécheur miséricorde, Le Vaillant plaide pour lui « il commence à se fatiguer de « la fréquentation de la misère humaine ». Il finit par se défier de cette justice qui « protège les riches et s’acharne sur les pauvres ». Et, atypisme aidant, il reste en marge d’un milieu qu’il décrit comme « docile envers les forts et sévère à l’égard des faibles » et le voilà démissionnaire pour écrire. D’abord un polar dans la série noire chez Gallimard Accusez, couchez-vous publié en 2003. Débouché normal pour un ex-juge qui honnêtement « admet que la vérité se double souvent d’un plaisir voyeuriste peu ragoûtant. Vous allez me dire : l’éreintage va-t-il continuer ? Fichtre non, car Léguevaque, dixit Le Vaillant, « justifie ainsi cette adresse transgressive, perturbant une époque où les papas se font plus de tracas que d’œufs aux plats : « Pour moi, éduquer, c’est apprendre la liberté. Apprendre aux enfants à décider de leurs actes. Et donc de leurs ivresses. »

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Vous ne connaissez, transgression, responsabilisation, apprentissage de la liberté ça me plaît alors qu’est-ce je fais : j’achète l’opus du sieur Léguevaque 13 euros au Cherche Midi. Je le lis bien sûr et, je dois l’avouer – normal face à un ex juge – comme le dit le principal intéressé, son fils aîné, auquel le libelle est adressé « C’est très convaincant ». Oui, c’est convainquant même si, toujours comme son fils, face à ce plaidoyer pro domo, je ne peux m’empêcher de mettre un bémol sur « son cas » dont l’extrémisme sympathique, chaleureux, ne m’apparaît pas comme le seul à opposer à celui des hygiénistes. Pour avoir commis une chronique « Au risque de choquer : modération et tolérance ne sont guère mes tasses de thé … j'suis tendance bon vivant et accueillant... » http://www.berthomeau.com/article-29416108.html je ne crois pas que se bourrer la gueule avec constance, être un « pochard invétéré » soit le fin du fin de la libération. Comme dirait l’autre, si t’as besoin de te désinhiber avec l’alcool Léguevaque c’est que t’es inhibé alors ne fait pas de ton cas un cas d’école sinon tu verses dans un forme le moralisme qui stigmatise le bon vivant que je suis.

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Ceci écrit, cette adresse est emplie de morceaux de bravoure que j’ai apprécié avec délectation, c’est jubilatoire, franc, j’m’en foutiste, plein de verve, allègre, c’est libertaire et que voulez-vous lorsqu’il affirme que boire lui réussit c’est pour moi la quintessence du bras d’honneur à nos sinistres hygiénistes. Ça vaut son pesant de provocation et je trouve que ça aère, ça ventile les neurones, et j’estime que le coût de l’achat du livre de Léguevaque : Lettre à mon fils lui expliquant les excellentes raisons de boire devrait être remboursé par la sécurité Sociale car il est, à sa manière, d’utilité publique.

 

Un beau morceau «  Oserais-je te rappeler que le vin est fondateur de l’humanité telle que nous la concevons ? Demande à tes profs : sans la viticulture, nous serions condamnés au nomadisme. Parce que la vigne, à la différence d’autres plantations, met quatre années avant de donner ses fruits. C’est grâce à elle que les chasseurs-cueilleurs-cultivateurs ont été forcés de s’implanter durablement sur un sol. Vinification et civilisation sont sœurs jumelles depuis bien avant Rome... »

 

Une belle histoire « Tiens à propos de ce dernier – Hervé Chabalier – je participais récemment à un tournage avec des reporters et techniciens de l’agence Capa – dont Hervé Chabalier est le boss. Une fine équipe. Hors caméra, je dis à l’un d’entre eux, pour rire, l’admiration que je voue à Hervé Chabalier depuis sa croisade contre son alcoolisme surmonté. L’autre me coupe et lâche :

-         On voit bien qu’il n’est pas votre patron. Nous, on aimait mieux quand il buvait. »

 

Une brève de comptoir plus drôle que celles de Gourio « ... Perdre des heures au bistrot du quartier. Tu as dû t’interroger : qu’est-ce papa fait donc de si passionnant là-dedans ? C’est que, mon fils, voilà le seul endroit du monde où je peux entendre un préposé des postes en uniforme, droit comme un « I » derrière le comptoir, son courrier dans le besace et un monaco en main, à onze heures du matin, dire :

-         C’est malheureux de payer autant d’impôts, avec le peu que je bosse ! »

 

Le premier verre J’ai huit ans. Quelle est la raison de ce banquet ? La communion solennelle de ta tante – ma sœur – je crois. Deux tréteaux reliés par une large planche couverte d’une nappe jonchée d’assiettes et de verres, une table désertée : les adultes s’étaient éloignés pour consommer digestifs et cafés à l’intérieur de la maison. Demeuré seul dans le jardin, je prends une décision : essayer. Je me lance, avale en catimini quelques fonds de vin blanc, rouge, et de porto. Puis cours me cacher pour guetter l’effet produit sur moi. Garçonnet déjà enclin à la rêverie – comme toi, d’ailleurs –, je fais alors connaissance avec la méditation. L’ineffable délectation de contempler ses pensées. Les sentir défiler dans la torpeur euphorique de mon corps alcoolisé, l’esprit extatique : un éblouissement. Je crois n’avoir jamais éprouvé de nouveau une telle plénitude physique et morale, sinon la fois, où, bien plus tard dans ma vie... avec cette fille-là... Passons. »

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Je m’en tiens là. C’est un livre à lire car le père Léguevaque il n’est pas du genre à se ménager, à se présenter sous son meilleur jour « Soyons sérieux toutefois. Tu es mon fils, je te dois la vérité. L’ivrognerie, c’est aussi les misères du corps. Pas forcément la dégénérescence cérébrale et le delirium tremens, mais au moins : les oublis qui agacent, les lapsus qui dérangent, les sphincters qui trahissent et le coude qui dérape. Vomir, déféquer quand on ne s’y attend pas. Bafouiller. Ou trembler. On fait avec, en artiste, plus ou moins péniblement, Au risque de te choquer, je me suis déjà retrouvé à quatre pattes. J’ai déjà parlé à quelqu’un comme si c’était quelqu’un d’autre. Gênant... quand il d’agissait de ta mère... »

Voilà, vous êtes prévenu, mais croyez moi ce type au nom à coucher dehors, même si on ne sait pas par quel bout le prendre, tient un discours qui vaut la peine d’être tenu. Et pour finir la dédicace de son livre :

« La parfaite raison fuit toute extrémité

Et veut que l’on soit sage avec sobriété. »

Molière, Le Misanthrope

 

Pour ceux qui s'étonneraient de voir au frontispice de mon Espace de liberté se pavaner une vache je leur signale qu'il s'agit d'une vache allaitante primée by UE arpentant la D1, en compagnie de quelques consoeurs, du côté de Vico et que j'adore les vaches, et plus encore les vaches en liberté qui occupent les départementales, que haïssait tant Jean Yanne, pour démontrer leur existence aux grands méchants bureaucrates de Bruxelles qu'adore Périco Légasse.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Stéphane 27/08/2010 09:59



Je vais m'empresser de lire l'intégralité de ce livre, car les quelques extraits que vous mentionnez me font penser à quelqu'un de très prôche, à savoir moi même. farouche défenseur de
l'éducation à la découverte, puis la compréhension des vins dés le plus jeune âge,


J'ai été initié très jeune, j'ai initié mes enfants qui ne s'en sont jamais plaint, les plus grands me remercient aujourd'hui. 


Cet ouvrage devrait avoir un franc succès!



Olivier Borneuf 27/08/2010 08:36



Bonjour Jacques,


J'ai pris un grand bol d'air ce matin, merci pour cette chronique. Finalement on est plutôt chanceux, parce qu'ils doivent sacrément s'emmerder les bureaucrates de Coco !!


PS : pour avoir passé mon enfance dans le Comminges, je suis pour la vache en photo !


Amitiés



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