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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 00:09

En ce moment je suis comme le temps, changeant. J’alterne sans préavis grand soleil et plein de gris. C’est la vie, ma vie, jamais je ne gémis. Pas de souci, ni de soucis, rien à voir avec mon âge, j’ai toujours fonctionné ainsi à tous les âges de ma vie, insoucieux de l’avenir, trop orgueilleux sans doute, je doute. J’attends. Muer. Changer de peau.


Qu’importe, je suis disponible pour tout, ouvert à de nouvelles aventures, libre intensément libre, indifférent aux égratignures de l’amour-propre. Je dis. Je m’ouvre. Je donne. Aucune entrave, je vais sauter l’échalier pour découvrir, au-delà de la haie, un nouveau territoire.


Je suis un vrai privilégié et je ne vais pas m’inventer des maux imaginaires mais continuer de cultiver mes mots.


Ce jeudi matin éclaircie, le soleil m’inonde. Relever le courrier ! Surprise une grande enveloppe kraft : domaine de Chevalier. Étonné je suis, avant même d’ouvrir je connecte : Olivier Bernard, actuel président depuis 2013 de l’UGCB.


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C’est un livre : « La magie du 45e parallèle » signé par Olivier Bernard&Thierry Dussard et préfacé par Jean-Paul Kauffmann.

 

Content je suis, j’aime tant les livres !

 

Je dois à la vérité de vous dire que j’ai de suite pensé que je devais ce service d’auteur à JPK. Tout faux, le livre était dédicacé par Olivier Bernard que je remercie.

 

En 1976, le géographe Yves Lacoste proposait une analyse iconoclaste avec son livre « La géographie, ça sert d’abord, à faire la guerre ». Il contribuait à la soudaine apparition d’un nouveau vocable : la géopolitique, concept qui allait faire florès avec l’irruption de la mondialisation.


Je ne sais si le 45e parallèle, plutôt celui du Nord qui passe « nord de Bordeaux à Saint-André-de-Cubzac, traverse le Massif central, franchit le Rhône au nord de Valence à Pont-de-l ‘Isère et les Alpes au sud de Grenoble et au nord de Briançon. » est la latitude idéale des grands vins du monde, mais ce que je sais c’est ce que l’énoncer relève de la stricte intelligence économique, un produit à haute valeur ajoutée dans ce que l’on qualifie de « guerre économique ». Comme le faisait très justement remarquer Michel Rocard dans son entretien avec Laurent Delahousse link , « après 500 ans que les européens et leurs frères culturels américains dominent le monde, ça change dans 30 ans… »


Belle entreprise que celle d’Olivier Bernard que de mettre des mots sur cette « ligne à haute tension » porteuse pour lui de l’idéal climatique des grands crus. « 26 sommités du vin »  apportent leur expertise. Fort bien mais hormis le philosophe Michel Serres nous restons dans le sérail. Les gens du vin  n’aiment rien tant que de vivre entre eux. J’eusse aimé que la question soit posée à un échantillon plus large dans sa sociologie, plus jeune, plus féminin…


Foin des regrets, je n’ai pas encore pris le temps de lire les 26 contributions mais j’ai feuilleté et beaucoup admiré leurs portraits très épuré issus de la main de Chantal Cazin.


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Me reste plus qu’à vous offrir la préface de Jean-Paul Kauffmann

 

Rien de Trop

« Le 45e parallèle, ligne à haute tension des grands vins… Pourquoi tout s’est-il joué autour de ce cercle médian de la sphère terrestre, à mi-parcours entre le pôle et l’équateur, où dans un effort et une application soutenus les vins expriment une essence supérieure ? Les explications sont multiples et vous allez les découvrir dans ce livre. Des conditions favorables, une géographie où tout s’équilibre, se compense et se répartit. Sans doute. Mais cette trouée miraculeuse, ce sont les hommes qui, à l’origine, l’ont trouvée et ouverte, entre la limite nord, le 50e parallèle et la limite sud, le 35e parallèle. Trouver la ligne juste… Cela n’a pas été sans mal.


La vigne se sent bien dans le bassin méditerranéen, elle est chez elle, au chaud, foisonnante, n’éprouvant aucune gêne. Pour tout dire, trop à son aise. Peu à peu, au fil des âges, la viticulture s’est mise en quête de nouveaux territoires, se dirigeant vers le nord, recherchant la qualité, incitant les hommes à réfléchir, à prendre des risques. Ils ont beaucoup tâtonné. Bien sûr, ils ne se sont pas arrêtés un jour sur le 45e  parallèle, décrétant comme les sourciers avec leur pendule que ce trait constituait la ligne magique, la démarcation miraculeuse marquant je ne sais quelle voie étroite et prioritaire des grands vins. Non, cette constatation, on le sait, s’est faite sur la longue durée. Décisif fut le rôle des monastères, et notamment des bénédictins, dans cette recherche méthodique et audacieuse, fruit d’un savoir lentement acquis.


Paradoxalement, cette viticulture de qualité s’est imposée à la longue comme une cosa mentale, expérience concrète autant que principe spirituel, conforme à l’idée aristotélicienne de classer et de hiérarchiser. Bien sûr, un grand terroir n’est pas une vue de l’esprit, mais il est indéniable qu’il constitue aussi une réalité pensante, une construction procédant de l’intelligence et de la raison.


Espace resserré, lumière qui filtre entre deux masses opaques, le septentrion et le midi, ce 45e parallèle est vraiment une échappée, un bref moment, un court intervalle où la vigne s’est risquée. Elle s’est imposée, et a fini par triompher. Le paysage était de peu d’extension, juste, contraint, périlleux même, mais la percée a réussi. S’est alors imposée l’idée que la vigne donne le meilleur d’elle-même dans des conditions limites. C’est une condition nécessaire, elle n’est pas suffisante. Néanmoins, les terroirs exceptionnels doivent beaucoup à un handicap naturel surmonté, comme le gel printanier en Bourgogne, et les redoutables pluies d’automne à Bordeaux, qui souvent mettent en danger la vendange. D’autres grands vignobles comme la Champagne ont choisi de se servir des contraintes plutôt que de s’en affranchir. L’imperfection du climat est à l’origine de cette trouvaille que constitue l’assemblage.


Toutes ces conditions domptées contribuent à donner à ces vins un caractère unique, non reproductible. Comme l’a écrit le géographe Roger Dion « Le terroir est le résultat d’une victoire chèrement acquise et non pas la réponse aux invites d’une nature bienveillante ». C’est le vouloir humain qui a rendu intelligible cette nature. On ne saurait les opposer. Un grand vin n’existe que dans ce rapport d’échange et de conciliation. Les hommes qui élaborent ces bouteilles d’exception ont compris qu’il fallait savoir s’effacer devant le terroir sans pour autant être sous son emprise absolue. L’œnologue Denis Dubourdieu a parfaitement résumé l’enjeu : « Une technologie minimaliste éclairée par une œnologie savante et précise, au service de la sensibilité du vinificateur. » Une leçon d’équilibre et de modération.


Dans les grands vins que le 45e parallèle a suscités prédomine un caractère d’ordre et de retenue. Le triomphe du tempéré. Émile Peynaud acceptait parfaitement l’idée d’un profond changement du goût mais se refusait à remettre en cause les notions d’équilibre et de finesse qui caractérisent les plus grands vins. « Rien de trop », formule de sagesse inscrite au fronton du temple de Delphes, précepte de la masure, éloignée de tout excès, dont La Fontaine a tiré une fable. Ni trop, ni trop peu.


« Il a tout et rien de plus ; » Non sans esprit, l’homme de Haut-Brion, Jean-Bernard Delmas, définit ainsi le grand Bordeaux. Qu’y a-t-il derrière ce « tout » qu’il évoque ? Rien n’est plus difficile à définir qu’un garnd vin. Décrire un bon vin est chose relativement facile. Des bons vins, on en élabore aujourd’hui à peu près partout. Ils procurent une satisfaction, un état de contentement où l’on désire rien de plus, rien de mieux que ce que l’on déguste. Un grand vin, c’est une autre affaire. On parvient à identifier qu’il est différent. Bien cambré, parfaitement ajusté, délié, net, sans ornements et pourtant impénétrable. Dans le plaisir et la délectation qu’on éprouve entre un état affectif fondamental. Ce profond rapport de connivence entre le vin et le dégustateur (ndlr petite correction du texte typographié dégustation) s’appelle l’émotion, sentiment tout aussi malaisé à décrire.


Je vois dans cette entente parfaite quelque chose qui ressemble à la complicité, et à une forme de gratitude. La dégustation d’un garnd vin apporte ce sentiment de plénitude qu’on espérait. Une sensation de bien-être, avec un effet de surprise même si on s’y était préparé. Cet élément d’étonnement face à ce qui est attendu et se révèle pourtant inattendu est fondamental et relève de ce saisissement que procurent les vins d’exception.

Essayons de décrire cette émotion. L’attaque est soyeuse, tandis que viennent se déployer crescendo deux perceptions antinomiques, la finesse et la puissance, que seuls les grands vins savent unir. L’idée que toutes ces sensations se tiennent, ménagent ensuite ce moment intermédiaire qui n’est nullement un passage à vide mais au contraire une phase décisive, un renchérissement, une sorte de recommencement. Cet état peut apparaître comme une pause, alors qu’il constitue un nouvel élan, une impulsion intérieure que les dégustateurs connaissent bien, cet instant parfait où l’intuition que l’on a de ce vin semble se réévaluer comme une nouvelle promesse. C’est peut-être à ce stade de la dégustation où toutes les sensations se combinent harmonieusement que se manifeste cet état énigmatique de plénitude et de retenue tout à fait exaltant. Retenue et non réserve, car chaque grand vin, tout en assumant sans restriction ses pouvoirs de séduction, doit se garder de la moindre exagération. Nous les connaissons bien ces vins qui ont bâti leur réputation sur l’absence de nuances, ou l’arôme, le gras, et l’extraction du bois ont été poussés trop loin.


Rien de trop. Telle est la leçon de sagesse et d’équilibre du 45e parallèle. »


45e-P.jpg

 

Après cette lecture je me sens à la fois un irréductible mécréant n’ayant que peu de peu de goût pour la dégustation, cher Jean-Paul Kauffmann, mais aussi un grand amoureux de plus en plus déçu par le trop de trop, le trop de tout, l’excès, le plus assez d’âme. Les grands vins ne sont-ils pas devenus d’inaccessibles étoiles hors de portée du commun, des marques véhicules d’un produit étiqueté de luxe…


Mais comme je suis un irréductible réaliste je me contente de revenir à mon propos initial : la géopolitique, la tectonique des plaques induite par la mondialisation, et alors je plaide depuis toujours pour un monde du vin français fer de lance, porteur de valeur au sens économique mais aussi au sens premier. Reste aux grands vins à redescendre sur terre, sur leur terroir, et à se préoccuper vraiment de l’avenir de leurs voisins, moins prestigieux, moins gâtés, mais tout aussi méritant. L’équilibre, l’harmonie ne doit pas se nicher que dans le vin elle doit aussi régner au sein d’un même territoire entre les hommes qui font qu’ils soient riches ou misérables. Ce serait la sagesse...

La magie du 45e parallèle, latitude des grands vins du monde

Collectif Aux éditions Féret Collectif Olivier Bernard&Thierry Dussard préfacé de Jean-Paul Kauffmann

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Roger Feuilly 23/05/2014 01:21


Salut cher Taulier,


Il me vient juste une pensée d'un modeste vigneron alsacien dont j'ai suivi les brisées depuis une trentaine d'années, André Ostertag. Sans doute avait-il raison (raisin) avant l'heure : "Ceux
qui croient que la vigne existe à l'état naturel et spontané se trompent. Le terroir, c'est l'homme qui taille et qui laboure. C'est le regard de l'homme qui le fait..." - André Ostertag,
vigneron à Epfig (Alsace).


 

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