Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 00:00

Dans un temps « que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître » lorsque nous négociions, Henri Nallet étant Ministre, les AOP-IGP, j’adorais titiller les petits grisouilloux de Bairlaymont* (ne pas confondre avec les petits gris dit lumas) ou les Paganini des panels de feu le GATT avec le concept d’Appellation d’Origine Contrôlée. Ça les mettait en transes. Imaginez leur désarroi : une zone délimitée pouvant aller jusqu’à la parcelle, des rendements plafonnés, des cépages déterminés, des trucs et des machins décidés par les intéressés eux-mêmes, trouvant force de loi par des signatures ministérielles. L’abomination de la désolation pour ces gnomes shootés au dogme de la concurrence pure (normal les substances prohibées sont radicales qu’à l’état pur) dont l’exécration pour la main de l’Etat pouvait s’assimiler à celle de l’évêque de Rome pour les condoms. Normal la main invisible est plus discrète pour pécher en solitaire. « Ententes ! Rareté artificielle ! Prix gonflés ! » bramaient-ils. Goguenard je leur offrais une coupe de Champagne, quintessence d’une gestion bien cadenassée d’un Grand Vignoble. Bref, je jouissais.


Depuis, par la grâce de nos errements dans les « grands lacs de vin », nous nous sommes placés entre leurs mains faute d’avoir balayé à temps devant nos portes, d’avoir eu le souci que sous les grandes ombrelles des AOC les promesses des décrets soient tenues. Certains crient « au feu ! » J’ai très envie de leur répondre « Qui l’a mis ? » Comme d’ordinaire je digresse avant d’en venir à un double monopole : celui du Gringet et celui de Dominique Belluard sur le Gringet. www.domainebelluard.fr/  


-         Qu’est-ce que c’est le Gringet ?


-         Bonne question, en dehors de ceux qui lisent le blog d’Olif, et ils sont nombreux, qui connaît le Gringet : pas grand monde. En effet, il ne faut pas confondre les Gringets « cépages de mâturité tardive typiques de la région savoyarde qui peuplent les 2/3 du vignoble : Roussette d’Ayze ou Mondeuse blanche, la Grosse Roussette ou Marsanne, et le Bon blanc ou Fendant vert... » avec le Gringet...


-         Aux faits Berthomeau, aux faits !


-         Doucement, y’a pas le feu au lac ! Je donne la parole à Dominique Belluard : « Il y a deux ans, un microbiologiste suisse a réalisé un séquençage ADN du Gringet. Il est arrivé à la conclusion que celui-ci n’était ni un Traminer, ni un Savagnin.  Selon lui, il s’agirait plutôt d’un dérivé de l’Altesse. Voilà où l’on en est aujourd’hui, je n’en sais toujours pas plus ! » Le Dr José Vouillamoz, Université de Neuchâtel, Pôle de Recherche National « Survie des Plantes, le microbiologiste suisse dont il s’agit, ajoute : «  Il n’est d’ailleurs identique à aucun autre cépage de ma banque de données (2000 cépages du monde entier), c’est donc un cépage unique. »


-         D’accord c’est une antiquité mais pourquoi crier au monopole ?


-         Je cite toujours Dominique Belluard : « Il en subsiste 22 Ha, j’en cultive 12. Je suis le plus gros domaine, on tombe ensuite à 3 Ha, 1,5 Ha, 1 Ha…ensuite, ce sont de petits vignerons amateurs qui bossent sur des parcelles de quelques centaines de mètre carré, pour le fun. »


-         Oui mais rien n’empêche de l’implanter ailleurs pour faire un vin de cépage Gringet...


-         Bien sûr en ce bas monde mondialisé tout est possible mais rappelons tout de même que le Gringet, cépage endémique de la Savoie présent avant l’arrivée des Romains, n’est cultivé que dans le vignoble d’Ayse, l’un des 22 crus savoyards, et nulle part ailleurs. En plus, il est avec ses collègues savoyards : Jacquère, Mondeuse, Altesse, Persan interdit de séjour jusqu'en 2013 sur les étiquettes de ces bâtards de vins sans IG.
 

-         Pourquoi la Savoie ?

 

- Mon petit doigt qu'a traîné au 78 rue de Varenne ne te le dira pas...

 

- Donc, comme de coutume Berthomeau tu t’es fait mousser...

 

-         Vous ne sauriez si bien dire car l’idée de cette chronique m’est venue après m’être shooté au Brut Zéro 2005 de D&P Belluard, méthode traditionnelle AOC Savoie Ayse www.ochato.com C’est l’Everest ! pardon le terroir du Mont Blanc. De quoi convertir une secte entière de prohibitionnistes patentés. D’abord la bouteille est blonde, belle et pure, d’une beauté glaciale qui vous met le feu. Ensuite, si je puis m’exprimer ainsi, c’est une bouche fraîche pleine de promesses. Reste le corps enfin, découverte, caresses, montée du désir, explosion du plaisir. Le 7ième Ciel et, à peine remis de l’extase, l’absolue, l’impérative nécessité de s’offrir une nouvelle escalade...



 

 

-         Eh bien Berthomeau ce matin tu ne fais pas dans la pure minéralité, les fragrances de glycine ou les pointes d’épices, c’est du torride...


-         Oui, c’est sans doute l’un des effets sur moi du réchauffement climatique. Je plaisante, en revanche j’adore croquer les glaces et m’offrir des douches chaudes. Je déteste le tiède. Le plaisir, quelle qu’en soit l’origine, c’est sortir de soi, se laisser emporter, ne plus rien maîtriser, le bord du gouffre, la petite mort...


-         Tout le contraire de la modération...


-         Oui, j’ai déjà commis une chronique sur le sujet Au risque de choquer : modération et tolérance ne sont guère mes tasses de thé … j'suis tendance bon vivant et accueillant... http://www.berthomeau.com/article-29416108.html


-         C’est de la provocation ?

-         Non, j’adore les cuves ovoïdes du domaine Belluard...

-         Qu’est-ce cette nouvelle pirouette ?

-         Allez donc voir le blog d’Olif  http://www.leblogdolif.com/archive/2007/01/29/ayze-281-283-rue-du-gringet.html

   

-         Mais encore ?


-         Rien si ce n’est que je vais faire expédier une caisse de Brut Zéro à Mariann Fisher Böhl notre commissaire européenne pour l’Agriculture qu’est sur le départ pour son pot d’adieu en espérant que le rougissant Jean-Luc Demarty, ci-devant Directeur de l’Agriculture, se débloquera en se souvenant du temps où, dirigiste en diable, il nous sommait d’abaisser le calibre de la pomme de terre pour faire baisser les prix afin d’améliorer le fameux indice des prix. Je le rassure après 2 coupes de ce détonnant nectar le coq ne chantera pas 3 fois s’il met un peu d’eau dans son vin à propos de la régulation du marché du lait.


-         Je n’y comprends goutte à vos histoires à tiroir...


-         Normal, la Savoie c’est aussi le pays du fromage, alors un morceau de Tomme des Bauges sur un quignon pain le matin c’est tout de même mieux qu’un « faux emmenthal » fabriqué avec de la poudre de lait et de l’huile palme que t’achètes à 2 balles chez un « casseur de prix »


-         Tu retombes toujours sur tes pattes Berthomeau c’est lassant...


-         Oui c’est l’effet pulse du Brut Zéro, à bientôt sur mes lignes...

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Commentaires

Merci pour ce petit coup de Gringet, Jacques!

Santé!

P.S.: la bonne adresse du lien, c'est désormais http://www.leblogdolif.com/archive/2007/01/29/ayze-281-283-rue-du-gringet.html
Commentaire n°1 posté par olif le 23/10/2009 à 22h27

Est-ce possible d'ecrire avec moins de clarté et d'élegance? 

Commentaire n°2 posté par Richard le 06/05/2013 à 02h44

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