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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 00:09

broders-roger-tour-du-cap-corse.jpgJe m’envole enfin ! Le taulier prend ses quartiers d’été dans son île préférée. Et, à la manière de la préparation au mariage, je me suis imprégné d’elle avec la bénédiction du hasard. En effet, le mauvais temps a du bon, j’ai lu encore plus que d’habitude et ainsi sorti de la pile des livres achetés au gré de mes razzias en mes librairies cultes. « Qu’as-tu fait de tes frères » de Claude Arnaud chez Grasset je l’avais acquis après avoir entendu Guy Bedos en dire grand bien. Bonne pioche, comme il est écrit avec pertinence sur la quatrième de couverture « c’est la confession d’un enfant d’une époque qui continue de hanter notre imaginaire. » Né en 1955, l’auteur fut un adolescent post-soixante-huitard – à 12 ans il est allé traîner ses belles grolles à la Sorbonne et à l’Odéon – et sa plume vive, ironique, sans concession m’a scotché à ce roman autobiographique. Je vous le recommande vivement. Attention, l’épisode corse dont sont tirées mes citations se situe dans les années 60, et ce n’est qu’un épisode qui collait bien avec mon départ sans pour autant faire de l’île le centre du roman.

 

« En survolant la Giraglia, j’ai l’impression de toucher des yeux ce caillou couvert de myrte et de lentisque. Les hublots deviennent autant de masques qui grossissent les contreforts du cap Corse, un index tendu vers le golfe de Gênes.

Une forte odeur de maquis me gagne à l’aéroport de Bastia-Poretta, quelque chose d’âpre et d’entêtant qui fait battre mon cœur et me confirme que je suis corse aussi. »

 

« Mince et Coquet, Jean se parfume, se laque et parle pointu sans accent ou presque. Chef incontesté du clan, il dirige la section corse du Parti radical, a ses entrées à Paris, salue Pierre Mendès-France et François Mitterrand à la Chambre et se voit presque chaque jour consacrer un article dans la presse locale que ma grand-mère collectionne dans un grand scrapbook.

Ayant longtemps plaidé au barreau de Bastia, Jean Zuccarelli se fait régulièrement élire au conseil général depuis 1932, à la députation depuis 1962, et s’apprête à conquérir la mairie. Son propre beau-père, Emile Sari, l’a fait avant lui et durant tout l’entre-deux-guerres, où il a été un indélogeable sénateur de la Corse après avoir succédé en 1912 à son propre oncle, maire de Bastia et membre du conseil général : les Sari sont les piliers du clan Landry, opposé aux gavinistes conservateurs, un qualificatif qui pourrait désigner un peu tout le monde en l’occurrence, les Casabianca ayant eux-mêmes tourné casaque au début du siècle. »

 

« Une partie de la population dépend de leur entregent ou de leur art, Bastia est la ville des Zuccarelli, c’est ainsi. »

 

« L’omniprésence familiale renforce le sentiment de propriété qu’on éprouve, sur les plages de Lavasina et d’Erbalunga, exploitées par presque personne et fréquentées par une poignée de familles locales, ou sur les rives délaissées du golfe de Saint-Florent : le village homonyme se résume à vingt maisons de pêcheurs, une citadelle en ruine et un littoral semé d’algues offert au premier venu, avec ses tours génoises que mes frères et moi partons explorer à mains nues. Les côtes paraissent encore appartenir à tous les Corses, comme l’immense territoire âpre et sauvage que délimite le maquis, à l’intérieur de l’île. »

 

« Dans le jardin long et mince qui donne sur la montagne, nous sommes parfois trente-cinq à dévorer la tarte aux herbes et les beignets au brocciu de Jacqueline, les gnocchi de semoule que ma mère découpe à l’aide d’un verre, les salades d’aubergines venues des jardins de Sermano, le village des Turchini, relevées de menthe et de ciboulette, le tout arrosé d’un vin produit dans le Patrimonio par des petits-cousins, les Orenga de Gaffory. »

photoErba.jpg

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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Guizom 20/08/2011 17:26



Une belle prose, du revu teinté d'odeurs de l'île. Mais tout ça pour annoncer l'Orenga de Gaffory, je reste sur ma faim : j'espérais plus de noms, d'appellations, des découvertes.


Dommage car il ya plus à raconter sur les vins que sur les personnalités politiques et les plages.



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