Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 07:00

Langues de putes, de vipères, être une mauvaise ou une méchante langue fut longtemps l’apanage de la gente féminine selon les hommes, souvent leurs hommes. Ceux-ci, plus enclin à la politique, pratiquaient la langue de bois, avaient disait-on un bœuf sur la langue. L’irruption des médias parlés, puis filmés ou télévisés, a popularisé des saltimbanques qui avaient la langue bien pendue donc qu'ils n'avaient pas dans leur poche : Desproges et Coluche en sont les plus beaux exemples. En littérature, dans la presse engagée, la langue verte, la langue drue, celle des polémistes, des auteurs engagés, dérapait parfois, s’enfonçait dans la boue de l’antisémitisme, dans l’insulte, mais le plus souvent se mettait au service de grande cause : le célèbre J’Accuse de Zola dans le Figaro (oui, oui…) à propos de l’affaire Dreyfus.

 

 

Le règne du « politically correct » a gommé les aspérités, les rugosités, rabotés la langue jusqu’à l’affadir. Afin de ne pas choquer des minorités agissantes et souvent intolérantes, la pratique hypocrite de la langue fourrée qui, comme chacun sait est un baiser lingual profond : une pelle, étouffe bien plus qu’elle ne protège. Pour autant, il est conseillé, y compris sur le Net, de tourner 7 fois sa langue dans sa bouche, avant de réagir sur un texte lu en diagonale ou avec des œillères sur un blog. Vite fait bien fait dit-on, dans le cas présent le fameux buzz prend le pas sur le fond du débat, ce qui compte c’est le niveau de bruit, l’intensité du flux. Alors, ceux que le classement d’e-buzzing met en transes quand ce n’est pas en épectase, s’ingénient à cultiver les inimitiés, à attiser ce qu’ils supposent être des différends, à n’exister que par leur virulence sournoise : ce sont les nouvelles lavandières du Net (là encore l’histoire de la mauvaise langue m’oblige à féminiser cette appellation qui est sur le Net majoritairement masculine).



Il fut un temps où je répliquais du tac au tac, maintenant : j’ignore !

 

Rien n’est pire pour les pourfendeurs à la petite semaine que le coup d’épée dans l’eau, le mol édredon car c’est le flop. Face à leur Mur de Face de Bouc ou l’écran de leur tablette, déconfits, ils rongent leur frein.

 

S’essoufflent !

 

Ce que ces petites bêtes n’arrivent pas à imaginer c’est que l’on puisse écrire vivement, crument sans pratiquer la détestation. Comme l’écrit pertinemment, Ophélie Neiman, Miss Glou Glou en blogosphère, à propos d’une petite tempête dans un verre à pied du forum de la RVF  «Arff, j'arrive un peu en retard. Bertho et moi, vous savez, c'est comme certaines histoires d'amour, on a besoin de se chamailler pour faire connaissance, c'est une façon de s'apprivoiser. Depuis ce billet (qui date), on est plutôt potes. Vindicateur avait profité de notre rapprochement en octobre 2010 avec une interview croisée. Et ceux qui nous aperçoivent ensemble savent qu'on papote toujours avec entrain. »

 

Bien évidemment une langue de pute, dit Petrusk, avait perfidement glissé dans le débat « Ce n'est pas étonnant, Miss Glouglou a beaucoup de "des tracteurs", dont Berthomeau, qui fut Contrôleur Général de l'Agriculture, logique, non. Cet honorable Monsieur a passé son temps à écrire des rapports, et il continue. Comme j'aimerais avoir une voiture de fonction avec chauffeur pour ne pas avoir à recracher ! » Tout juste s’il ne m’enterrait pas (je ne suis pas à la retraite camarade !), en corbillard de fonction, avec l’unique rapport que j’ai commis dans ma vie en 2001. Entre nous j’ai sans doute vendu plus de vin que lui dans ma vie.



Minuscule exemple me direz-vous. J’en conviens mais il montre la propension de certains à n’exister que par opposition, à cataloguer les gens, à les enfermer dans des boîtes, à ne voir qu’un monde binaire, en noir et blanc. Je ne fonctionne pas ainsi, mon cercle relationnel est large, très large, et ce n’est pas parce que j’égratigne ou j’interpelle vivement quelqu’un sur mon blog que pour autant je ne l’apprécie pas. Je l’ai fait à propos de certaines déclarations de Michel Rolland et ce n’est pas pour autant que je hurle  avec ceux qui le caricaturent. Je revendique et j’assume le droit de fréquenter qui bon me semble, de ne pas me contenter de me mouvoir dans de petits cercles où l’on se congratule entre soi, d’aimer le débat d’idées, la controverse, d’apprécier les gens qui ne pensent pas comme moi.

 

 

Aller au contact, se confronter, écouter, entendre et même s’entendre ce n’est nullement se compromettre, jeter ses idées, ses convictions par-dessus bord, mais donner de l’oxygène au vivre ensemble. En ce moment j’exerce un métier qui m’expose à des oppositions frontales : je suis médiateur entre des producteurs de lait « en déshérence » et de grandes entreprises laitières (eh oui, Petrusk je ne suis pas en pantoufles au coin de ma cheminée à compiler « mes rapports ») et je suis frappé par l’extrême difficulté de raccorder les univers mentaux de gens qui sont proches géographiquement mais qui vivent des vies aux antipodes : les éleveurs accrochés à leur territoire, qui luttent pour leur survie, sont confrontés à des logiques d’entreprises défendues par des salariés de grands groupes eux-mêmes en prise avec la férocité de la concurrence : parts de marché, coûts de revient, stratégie du siège…



Mon blog c’est mon oxygène, ma fenêtre sûr, une deuxième vie qui, contrairement à ce que pense certains, n’est pas une astreinte ni une dévoreuse de temps, rien que du plaisir, une forme d’hygiène mentale, d’excitation intellectuelle, de curiosité et bien sûr d’occasions de rencontre. Alors vous comprendrez aisément que je n’y cultive ni la détestation, ni la revanche, ni le règlement de comptes. Je laisse ça aux aigris, aux envieux, aux rabougris, à ceux qui s’ennuient ou qui n’ont rien d’autre à faire de leur vie. « Les chiens aboient la caravane passe… » Bien sûr je n’ai pas que des amis, et c’est heureux, mais j’en ai de vrais, de solides, de fidèles, de très anciens, des nouveaux, et comme le soulignerait en souriant mon ami Jean-Luc Thunevin beaucoup d’amies au féminin.

 

Mon passage dans le marigot politique m’a aussi appris à mettre de la distance avec ceux que l’on qualifie par facilité d’amis politiques : au sein des socialistes être rocardien équivalait à être considéré par certains comme un lépreux ou un sidéen, et à assumer de solides amitiés avec des gens d’en face : qu’il était roboratif le pâté creusois d’Anne-Marie qui se trouva être une des Jupettes qui sauva sa tête au temps du premier quinquennat de Jacques Chirac. Nous buvions de bon coup aussi et, bien évidemment, nous ne manquions pas de nous frictionner les idées au cours de nos soirées.

 

 
« Bien faire et laisser dire… » aux nouvelles lavandières du Net, qui sont exclusivement des mâles en manque, et comme le chantait Jacqueline François ou Luis Mariano « et tape, et tape, et tape avec ton battoir… tu dormiras mieux ce soir… » 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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