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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 00:09

J’ai habité longtemps le XIIIe au temps de l’impayable Jacques Toubon et de son adversaire préféré le « souriant » Paul Quilès et maintenant je loge à ses lisières ouest. Même si j’ai pris des distances avec la vie de quartier du XIIIe je garde pour cet arrondissement cher au cœur de Léo Mallet et de son héros Nestor Burma (la mythique rue Watt) une tendresse particulière.

 

Le XIIIe arrondissement de Paris dans sa partie Est, celle qui part de la Place d’Italie via l’avenue de Choisy vers la porte d’Ivry, a fait l’objet de l’opération table rase la plus importante de la capitale. En effet, le XIIIe recelait de nombreux ilots insalubres ou jugés mal construits qui devaient faire, selon des architectes tels que Raymond Lopez et Michel Holley, l’objet non d’une simple rénovation mais d’une réorganisation dans l’esprit de la Charte d’Athènes de Le Corbusier (construire en hauteur pour libérer de l’espace au sol, gagner de la luminosité ; séparer les voies de circulation automobile de la desserte locale et piétonnière...)  « La trame urbaine n'est plus définie par les rues, mais par l'ordonnance des constructions, elles-mêmes guidées par des considérations fonctionnelles » proclame le Plan d’Urbanisme de 1959. Le quartier des Olympiades en sera l’emblème. Les érections de béton de 30 étages posées sur du béton (l’un des principes de Le Corbusier : les parcs entourant les tours a été mis de côté par les promoteurs privés car le vert c’est du m2 improductif) c’est le temps des dalles et des rues invisibles. L’opération Olympiades voulait séduire par son modernisme et la présence de nombreux équipements scolaires et sportifs une population de jeunes cadres. Bide absolu auprès des Parisiens, les tours restent inoccupées pendant plusieurs années et le fiasco est évité grâce à l’arrivée des premiers réfugiés vietnamiens vers 1975. Les appartements sont occupés par plusieurs familles pour faire face aux loyers élevés. Viendront ensuite les réfugiés et immigrés cambodgiens, laotiens puis chinois. Le quartier devient le Chinatown de Paris avec ses commerces et restaurants financés par le système de la tontine. Curieusement, les toits en forme de pagode qui recouvrent les boutiques de la dalle ont été réalisés avant l'arrivée des Asiatiques et sans relation avec eux. Pour plus d’information lire  Les Chinois de Paris : minorité culturelle ou constellation ethnique ? de Jean-Pierre Hassoun et Yinh Phong Tan http://terrain.revues.org/index2909.html

 Chou-7021.JPGChou-7022.JPG

Le Nouvel An chinois, en 2010 l’année du Tigre fait partie intégrante du paysage parisien et plus particulièrement du XIIIe arrondissement. Cependant cette année, par la grâce de mon chef bien aimé – je peux car c’est un membre de l’ABV – qui fut en poste à Pékin, qui lit le mandarin, nous fûmes conviés vendredi dernier aux Délices du Sichuan boulevard de Strasbourg restaurant chinois bénéficiant du label Asie à fêter l’année du Tigre à l’heure du déjeuner. Trois belles tablées de grands ingénieurs blanchis sous le harnais de la République des champs, des étables et des forêts, à mon regret seulement 4 femmes mais la qualité compensait la quantité, une chaleureuse ambiance autour de mets vraiment chinois et, pour faciliter le bon fonctionnement de notre système digestif mis à l’épreuve des piments : des vins chinois, un rosé et un rouge issus du  vignoble Suntime 10 000 ha plantés dans la région du Xinjiang (traversée par l'historique Route de la Soie et trois fois plus grande que la France) qui se situe sur une de 44° Nord similaire au Bordelais et à la Californie. Les journées chaudes et ensoleillées et les nuits fraîches permettent une très belle maturité du raisin. Les vins sont élaborés par des œnologues français et embouteillés à Cognac. Comme me le disait Armand Collomb, natif d’Eguilles en Provence, à propos de certains esprits goûteurs : j’ai fait le calamantran (bon à rien et fort en gueule) face à mes collègues de la table en donnant mon avis sur le rosé d’abord, puis le rouge.  Chou-7013.JPGChou-7009.JPG

Le rosé de Syrah est d’une belle couleur cerise anglaise, brillant, son nez est très agréable sur des notes de figue de Barbarie, une attaque en bouche douce, un peu sucrée mais avec une belle fraîcheur. C’est un vin friand qui se marie très bien avec la cuisine chinoise peu avare de piments. Certains vins concurrents traditionnels dans la restauration asiatique auront intérêt à relever leur niveau pour ne pas se voir sorti des tables. Pour le rouge qui est un cabernet-sauvignon, en dépit d’une belle robe rubis, ce vin sans grand relief est court en bouche et disparaît sans laisser d’adresse. Nous avons donc fonctionné au rosé tout au long de nos excellentes agapes et que tout est allé dans le meilleur des mondes dans l’après-midi.

 

Je pourrais en rester là mais le marché du vin en Chine fait fantasmer tout le petit monde du vin français. Certains qui causent riche disent que ce pays pourrait devenir un puissant relais de croissance pour notre wine industry. Les 1,3 milliard d’habitants, les taux croissance pharaoniques, ça excite les calculettes et ça fait rêver à des millions de cols. Calmos, si je puis m’exprimer ainsi, car la Chine est un pays consommateurs de spiritueux et de bière majoritairement et même si il y a 20 ans le gouvernement chinois a officiellement appuyé le secteur du vin pour amoindrir la prééminence de la consommation d’alcools, celui-ci n’occupe pas encore une place prééminente dans la consommation populaire. Pour l’avenir c’est la production de vins chinois qui est et restera la base du développement du marché intérieur. Le potentiel de production de vin chinois, qui ne représente que 1 % de la production de spiritueux nationaux, avec 359 000 hectares de vignes et 3,34 millions d’hl de production (la Chine se place actuellement au 6ème rang mondial en termes de surface d’encépagement et de production de vin) s’adaptera aux évolutions de la consommation du vin qui n’est pas encore une consommation banalisée en Chine. Espérer des grands volumes avec des vins français c’est faire fausse route car notre industrie n’est pas structurée pour relever ce type de défis. Pour autant la partie ne se jouera pas exclusivement sur les vins de haut de gamme et la consommation élitiste mais surtout autour des vins de cœur de gamme où certains de nos concurrents du Nouveau Monde et voisins européens sont mieux armés que nous pour occuper les créneaux ouverts par l’extension de la classe moyenne chinoise et l’amélioration de son pouvoir d’achat. Si ceux qui espèrent dans le marché chinois répètent les mêmes erreurs d’appréciation que dans les années 2000 avec le marché anglais nous continuerons de regarder passer les trains de la croissance du marché mondial.

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

mauss 20/02/2010 05:22


Comme quoi il est évident qu'il manque en France quelques gros opérateurs pesant 5 à 6 fois Castel.
Et heureusement qu'ils ne vont pas tous se jeter sur les délicatesses de Rousseau, les somptuosités de Mugnier, les rondeurs des Gros et… le stock de Lalou !


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