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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 00:09

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Dans sa préface, Roger Scruton, déclare que son livre « n’est pas un guide pour boire le vin, mais pour le penser. C’est un hommage au plaisir commis par un adepte du bonheur, et une défense de la vertu par un rescapé du vice. » Je l’atteste. Comme lui je défends l’opinion autrefois attribuée à Platon selon laquelle « le vin est la chose de plus grande valeur et la plus excellente que les dieux aient offerte à l’homme ». Attention chers lecteurs ce livre, même si la 1ière Partie : à Boire est jubilatoire, c’est de la prose de philosophe, un philosophe érudit, musicologue averti, et bien sûr anglais jusqu’au bout de sa plume acérée. Pour preuve ce cri de colère à propos d’un vin de table anglais proscrit par une directive européenne « Tout comme les Anglais n’ont pas droit à leur propre Parlement, à leur propre législation sur leur territoire historique, ils n’ont plus droit à leur propre vin. Bien entendu, le Royaume-Uni est encore reconnu : c’est un terme aseptique, bureaucratique, ce n’est pas un lieu, plutôt un concept qui contient dans son nom même le pouvoir dirigeant. Mais officiellement, il n’existe pas une région d’Angleterre, et celui qui essaye bravement de montrer que les Anglais peuvent maintenant produire du vin, comme ils l’ont fait à l’époque saxonne, et qui l’annonce sur une étiquette, commet un délit »

 

Donc le livre de Scruton est pour une grande partie dirigé « contre « la moralité et la prudence ingrates », non pour encourager le vice mais pour montrer que le vin est compatible avec la vertu. » Comment ne pas partager le projet de l’auteur lorsqu’il écrit dans sa préface « Selon moi, il faudrait rassembler les fanatiques de la santé qui ont empoisonné tous nos plaisirs naturels et les enfermer dans un lieu où ils pourraient se casser les pieds entre eux avec leurs remèdes de charlatans. » et adhérer à sa conviction « que le vin accompagne à merveille la nourriture, mais il accompagne encore mieux la pensée. En pensant avec le vin, on n’apprend pas seulement à boire en pensant, mais aussi à penser en buvant. » Je vous offre donc quelques extraits de la 1ière Partie, la plus accessible et la plus représentative de l’érudition vinique de l’auteur. La 2de Partie : Donc je suis est une réflexion philosophique, certes profonde, mais par moment quelque peu ennuyeuse et par trop érudite.

 

Son ami Desmond, un Irlandais plein d’esprit, réfugié près de Fontainebleau pour traiter par le vin sa consommation excessive d’alcool, avait adopté le château-trotanoy 1945, bu seul après le repas. Il le déconseillait à l’auteur « dont les papilles novices et le flux sanguin anémique réclamaient clairement du beaujolais. » Tentation !

« Un jour, j’ai trouvé Desmond endormi dans son fauteuil, je lui ai pris son trésor et, pour la première fois, j’ai accédé à l’expérience indescriptible de l’arôme d’un grand cru qui flotte au-dessus du verre, aux lèvres qui tremblent, comme dans l’attente d’un baiser fatal. J’étais sur le point de tomber amoureux non d’une saveur, d’une plante ou d’une drogue, mais d’une partie sanctifiée de la France. La bouteille que j’avais délivrée de ces mains aimantes contenait un liquide acajou brillant, un arôme enivrant, un goût aux strates subtiles, mais aussi quelque chose de plus précieux que tout cela, résumé dans les mots anciens et impénétrables : Trotanoy, château, Pomerol, le lieu. J’étais submergé par l’idée que cette boisson était le distillat d’une localité, d’une époque, d’une culture. »

 

« Mon nez frottait celui de Trotanoy, j’étais face à la vigne. Là, dans le verre, se trouvaient le sol du lieu et, dans ce sol, une âme. »

 

Le crachat à 100£ lors de dégustation organisée par Corney&Barrow le marchand londonien possédant les droits anglais exclusifs sur les vins du Domaine de la Romanée Conti.

« C’était la première fois que je prenais conscience de la véritable souffrance du critique de vin. Car comment peut-on faire tourner quelque chose dans sa bouche après une expression aussi béate tout en sachant que la bouteille vaut 1500£, et tout cela pour griffonner ensuite « sacrément bon » sur son carnet ? Je voyais leurs sourcils se froncer tandis qu’ils s’efforçaient de rallonger leur paragraphe, d’ajouter un peu d’encre par-ci, de raboter par-là et, d’une façon ou d’une autre, de se faire pardonner leur crime puisqu’ils jetaient dans l’évier l’équivalent d’une mensualité de leur emprunt immobilier. »

 

Dans son chapitre Tour de France

« Le Charlemagne (un vignoble donné à l’abbaye de Saulieu par Charlemagne en 775) se situe sur la pente favorable de la colline de Corton, non au-dessus d’Aloxe mais au-dessus de Pernand. L’Île de Vergelesses se trouve juste en-dessous, planté avec du pinot noir. Mais entre les deux, se trouve un minuscule vignoble appelé « Les Noirets » qui n’est ni un grand cru comme le Charlemagne ni un premier cru comme l’Île de Vergelesses, mais un simple vin de pays de Pernand. Il est planté avec du chardonnay et produit un vin aux arômes fins et nets, à la richesse profonde de noisette qui sont la marque d’un bourgogne blanc noble. Ceux qui dépensent une fortune pour une bouteille de corton-charlemagne n’ont pour la plupart jamais entendu parler du pernand-vergelesses, et aucun sans doute n’a entendu parler des noirets. Je suis profondément désolé de vous en parler. Mais à quoi servirait ce chapitre si je n’en parlais pas. »

 

« Le Languedoc est un lieu d’expérimentation, non pas simplement parce que les règles de l’appellation contrôlée ont rendu cela possible, amis aussi parce que c’est dans la nature des gens qui y vivent. Ils ont été hérétiques, templiers, albigeois, des gens qui, comme l’a découvert Thieri Loup, ne disent pas « oui » mais au mieux « oc » : assez pou envoyer l’admirateur le plus ardent en Terre Sainte. »

« Il existe des producteurs de vins de pays qui font concurrence à ces appellations d’origine apparues tout autour d’eux et pour qui le manque de reconnaissance officielle éperonne le zèle compétitif. C’est le cas, par exemple des vignerons des Côtes de Thongue autour de Pézenas qui font du vin rouge, blanc et rosé, et qui se sont mutuellement incités à adapter de nouvelles variétés sur leur ancien sol pour rivaliser avec les vins célèbres produits à l’est, à l’ouest et au nord de leurs domaines. »

 

Dans son chapitre : Nouvelles venues d’ailleurs

« Pourquoi l’appeler « shiraz » ? Ce raisin – le syrah – n’a rien à voir avec la ville de Shiraz, nonobstant la légende qui est mise ici et là sur les rives du Rhône, selon laquelle les Croisés auraient rapporté ce raisin de ces contrées et nonobstant la célébrité de Shiraz, lieu de naissance du grand buveur Hafiz. Le syrah est le raisin de l’hermitage, un vin qui vieillit durant des décennies pour donner le plus délicat et le plus parfumé de tous les produits du Rhône. Le nom de « shiraz » donne au vin un côté sauvage et velu qu’il faut descendre au goulot avec le stoïcisme d’un converti qui vient de renoncer à la bière. Forcer le syrah à atteindre les 14 degrés (ou plus en rusant) pour accélérer la maturation, afin de mettre le produit sur le marché avec toutes ses saveurs de réglisse indomptées – crachant son souffle de feu comme un vieux coureur de jupons qui se penche vers vous et met sa main poilue sur votre genou – c’est massacrer un raisin qui, correctement traité comme c’est la cas sur la colline de l’Hermitage ou sur la Côte Rôtie, est le plus lent et le plus civilisé des séducteurs. »

 

Et pour finir « Aussi, retournons vers la véritable justification du vin, c’est-à-dire la pratique vertueuse. Voici une manière de l’exercer. Tout d’abord, entourez-vous d’amis. Puis servez quelque chose d’intrinsèquement intéressant : un vin enraciné dans un terroir qui vient vers vous depuis un lieu privilégié, qui invite à la discussion et à l’exploration, qui éloigne l’attention de vos propres sensations et l’ouvre au monde. Dans l’arôme qui s’échappe du verre, faire apparaître du mieux que vous pouvez l’esprit des choses absentes. Partagez chaque souvenir, chaque image et chaque idée avec vos compagnons. Recherchez un état d’esprit détendu et sincère, et surtout pensez au sujet en vous oubliant. »

 

Je bois donc je suis de Roger Scruton est publié dans la collection l’autre pensée chez Stock 20€ traduit de l’anglais par Elsa Boyer

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

CadàStrophes 05/07/2011 22:40



Pauvre Taulier, qui s'était fendu d'un put1 d'article intello pour relever le niveau des derniers échanges sans doute, entre nous et Mister Bof et qui se retrouve comme un con, tout seul. Z'êtes
pas sympa quand même


« Je bois donc je suis » par Roger Scruton un anglais « anormal : de droite, prolétaire, hétérosexuel » et professeur de philosophie


Moi aussi j'aurais pu être de droite, prolétaire et hétéro et j'ai presque honte de n'être pas non plus anglaise et (ou) prof de philo, ce qui me permettrait de comprendre totalement
l'esprit de ce garçon.


En revanche je bois autant qu'il me fait plaisir aussi je comprends assez mal que l'on puisse recracher un vin qui ne l'aurait pas mérité. Certes, les Côtes Roannaises ou la plupart des Saint
Pourçain, les 9/10èmes des Marcillac, je fais même en sorte de n'avoir pas à les goûter ce qui m'épargne grimaces et rejets. A part ça, non, pour le moment Mémé Cad elle n'a rien à ajouter.
Demain, peut-être, s'il fait encore jour quand je me lèverai.


 



Le taulier 05/07/2011 22:17



Face à cette page blanche je m'interroge : soit vous n'aimez pas les anglais, ce que je peux comprendre ; soit vous n'aimez pas les philosophes, ce que je peux admettre ; soit vous n'aimez pas
qu'un philosophe anglais puisse aimer le vin, ce qui m'étonne. Bref, même le ramenard de GC n'a pas pointé sa truffe, il faut dire que son dernier commentaire d'hier était un peu mou du genou,
alors à la fin d'une journée caniculaire je me dévoue...



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