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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 00:02

Ceci est l’étrange histoire d’une brève rencontre, un soir de juin, entre 5 vins et 5 amateurs de vin, dont deux jolies femmes Eva et Samia. Afin de couper court aux remarques traditionnelles me concernant, d’éviter que les mauvaises langues blablatent sur mon compte à bon compte je précise que Laurent et Antonin, les messieurs de ces belles dames, complétaient avec moi-même la tablée dégustative. Par la grâce et la gentillesse du patron du restaurant Stéphane Chevassus Au Vieux Chêne 7 rue du Dahomey www.vieuxchene.fr  notre verticale de 5 millésimes d’une mystérieuse cuvée (en effet les étiquettes de celles-ci étaient masquées par un beau ruban de papier recyclé et numérotées de 1 à 5 du 2009  au 20005) précédait notre dîner. Aucun droit de bouchon mais la remise de ce qui resterait dans les bouteilles pour que le patron puisse lui aussi goûter le vin. Ça tombait bien puisque le vigneron m’avait précisé « Je pense que la bouteille, une fois entamée mais rebouchée, devrait pouvoir tenir 3-4 jours au frigo sans trop souffrir, sauf s’il n’en reste vraiment que moins de la moitié, évidemment. » Le bouchage à vis des flacons rendant l’opération d’une grande simplicité ce fut ainsi fait.

 

Il ne s’agissait donc pas d’une dégustation à l’aveugle puisque mes 4 gouteurs pouvaient voir que c’était un vin rouge mais ils ignoraient, et le nom du domaine, et la région de production. La dégustation s’est faite dans de beaux grands verres dans le sens 2009 vers 2005. J’étais donc le seul à détenir toutes les informations mais je me suis contenté tout au long de la dégustation de questionner mes 4 gouteurs sur l’origine du vin qu’ils ont trouvé au milieu de la dégustation. Quand aux cépages : secret d’Etat ! Mais là n’était pas l’objet de la rencontre entre eux et cette cuvée déclinée en 5 millésimes. Dégustation plaisir avec prise de notes de ma part des qualificatifs exprimés en première intension par Eva, Samia, Antonin et Laurent. Elle fut sereine, attentive, pleine d’empathie face à une réelle découverte de ce vin mystère, une belle expérience de contact quasi-charnel entre des amateurs et la démarche d’un vigneron du 3ième type. Avant que ne commence la dégustation j’avais indiqué que les vins n’avaient subi aucun collage, aucune filtration, aucune stabilisation d’aucune sorte. Autre précision : les 5 millésimes étaient tous dotés d’une belle couleur rouge profond et lumineux.

 

N°5 (millésime 2009) très beau nez, frais, en bouche : chaleureux, costaud, puissant comme un petit jeune, patte d’ours avec de beaux coussinets, charnu, fort, belle acidité, en garde beaucoup sous la pédale pour la suite de sa vie.

 

N°4 (millésime 2008) très beau nez, énergique, voluptueux, tanins soyeux, gros nounours, gros doudou, épicé et toujours une belle acidité, très  séduisant et un bel avenir.

 

N°3 (millésime 2007) nez plus fermé, plus serré, en bouche : belle acidité franche, un poil trop pour l’une des dames, sent le café (compliment) végétal mais avec toujours ces mêmes tanins soyeux, moins abouti que les précédents mais reste tout de même séduisant.

 

N°2 (millésime 2006) toujours un très beau nez vif, en bouche fruits mûrs, pruneaux, peau de fruit, harmonieux, équilibré, « j’aime vraiment » déclare Samia, bel équilibre, presque à point dans sa maturité, gourmand au sens de mon enfance, réglisse.

 

N°1 (millésime 2005) le nez toujours aussi agréable, en bouche vin vraiment féminin, lascif, délicieux, en apesanteur, toujours des tanins fondus, friand, une belle sucrosité (compliment), chaud.

 

Alors vint le temps de déshabiller les bouteilles, de déflorer le nom du Domaine : la Coume Majou, de révéler quelle était cette cuvée mystère : cuvée du Casot pour enfin jeter en pâture le patronyme du vigneron : Charlier ! Et bien sûr, suite à cette révélation ébouriffante, je me fis un plaisir devant les deux jeunes femmes émerveillées de tirer le portrait de Léon, de dévoiler son long pedigree, sa reconversion vigneronne, de mettre à nu toutes ses parties charnues, d’évoquer sa télé immergée en 56, de son amour immodéré du rétropédalage, de parler de Maury, de dire pique-pendre de mon ami Bernard Rouby, de raconter mon temps passé dans ce Roussillon sinistré par une gestion à la française (insulte en pays catalan) des VDN, de révéler à mes amis que je venais, comme eux, de découvrir le vin de Luc Charlier. Pendant ce temps nous passions commande d’un dîner que nous allions arroser à notre choix, en accord avec nos plats, d’un des millésimes de ce beau Casot. Enfin, cerise sur le gâteau je tirais de mon sac collector Pan Am : un Maury 2009 cuvée Jolo de la Coume Majou. Pour le dessert cette belle petite bouteille ornée d’une étiquette culte.

 

Antonin toujours disert : « Voici des vins qui racontent bien leur millésime, leur terre, leur fruit, et sûrement le bonhomme (en kilt dans ses vignes ?) qui les accompagne ; on passe d'un 2005 suave, presque lascif, à un 2006 précis et fin, en remontant jusqu'au 2009 et son caractère d’ours (on) bien léché... Des vins qu'on a envie de suivre, de retenter très vite.  

Le 2006 m'a emmené au cirque, avec son équilibre d'acrobate (mais une acrobate slave, généreuse, avec des pommettes à croquer) : c'est lui que j'ai préféré, dans cet espace-temps ; mais pas dit que je ne lui sois pas infidèle si je peux ragouter la série ! Le Domaine de Coume Majou est bien trop discret, pas même Vindiqué ! Tout comme Luc Charlier himself, qui commente largement les billets d'un Berthomeau, d'un Lalau - mais ferait bien de se jeter à l'eau (d'un blog). Merci, Luc. Merci, Jacques. Je kiffe le Roussillon ! »

 

Samia discrète mais très pertinente tout au long de la dégustation à beaucoup aimé le 2005 et adoré le Maury.

 

Laurent « Une belle surprise! Derrière ce jeu de bouteilles "mystères", j'ai découvert des vins de grandes qualités. Si découvrir l'origine géographique de ces vins a été très compliqué, les caractéristiques du Maury sont devenues évidentes après explication.

Des vins un peu chaleureux, riches, puissants, fruités. Une belle acidité et des tanins maîtrisés complètent l'équilibre.

 

Si le vin est encore un peu dissocié sur le dernier millésime, l'ensemble s'harmonise avec le temps et les tanins sont de plus en plus soyeux : je pense qu'il faut lui laisser le temps de calmer sa fougue adolescente et de devenir adulte.

 

Mon préféré : le 2006, le plus équilibré à mon goût.

 

Dans tous les cas ils ont été des vins très agréables à boire et un bon moment de dégustation. »

 

Eva : « Une belle découverte, de beaux vins, bien faits, assez équilibrés dans l'ensemble. Caractéristiques du Sud, mais sans être lourds ni trop alcooleux.

Mon préféré, le 2006, de beaux fruits cuits au nez comme en bouche, des tannins assez fondus, un vin soyeux. On le consomme avec gourmandise !

Le 2009 devrait être bien aussi, en patientant un peu. Là, il est encore trop fougueux :-)

 

Comme quoi, on peut faire du très bon Maury sec... :-) »

 

Et voilà le travail, n’est-ce pas de la belle ouvrage que cette petite dégustation-mystère ! Nulle connivence, nulle influence : le sieur Charlier ignorait que ses vins allaient passer sous le feu des projecteurs, simplement une approche décontractée, conviviale, ludique, d’une cuvée dont on ne sait rien, sauf moi bien sûr qui n’ait à aucun moment influencé mes 4 dégustateurs. Oui mais, car il y a toujours les sceptiques, les Saint Thomas, « et si la dégustation avait mal tournée qu’auriez-vous fait monsieur le chroniqueur non patenté ? » Rien de public : la maison n’est pas une entreprise de démolition. Je me serais contenté de transmettre au sieur Charlier les appréciations de mes dégustateurs. En effet, ces appréciations ne sont que les leurs et ils n’ont pas, tout comme moi, la prétention de jouer les juges aux élégances comme certains passeurs de plats.

 

Bref, comme vous le savez je travaille à l’extension du domaine du vin et celle-ci passe par de multiples chemins qu’il nous faut découvrir et explorer. Je fus dans les tout premiers à chanter les louanges d’Embres&Castelmaure et je constate aujourd’hui avec plaisir que je suis rejoins par les dégustateurs ayant pignon sur rue. Je m’en réjouis pour mes amis. Alors, toujours avec ce même prosélytisme, la bande des 4, à parité homme-femme respectée, comme l’annonçait mon titre, avec leur geste dégustatrice éprouvée, leur représentativité sociologique d’une nouvelle génération d’amateur de vin, ont eu l’art et la manière de mettre à nu un futur vigneron cul(te). Suivez-les, non pas les yeux fermés, mais avec tous vos sens en éveil, et précipitez-vous au : Domaine de la Coume Majou 11 rue de l’Eglise Corneilla la Rivière tel 04 68 51 84 83 charlier.luc@wanadoo.fr vous profiterez ainsi, avant que notre homme soit saisi par le parfum enivrant de la renommée, de tarifs serrés au cordeau. Par bonheur cette futur star n’a ni téléviseur, ni Smartphone, alors le temps que le vent de la renommée arrive jusqu’à lui vous pourrez bourrer vos coffres de ses belles cuvées à des prix populaires.

 

Dernier point Au Vieux Chêne 7 rue du Dahomey www.vieuxchene.fr chez Stéphane Chevassus on mange bien pour un prix raisonnable et, cerise sur le gâteau, on y boit bien pour un prix tout aussi doux. Accueil et service sympathique et chaleureux.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Michel SMITH 18/06/2011 17:55



Ben dis donc...



Luc Charlier 18/06/2011 11:49



@Tous : Léon a parcouru 1.250 km mardi dernier, au volant de sa Partner diesel anno 2001 (312.000 km, premier embrayage) puis a
établi quelques contacts, a avalé des crevettes ostendaises fraîchement cueillies, a présenté ses vins à un groupe d’amateurs limbourgeois (avec découverte d’un très bon chef : Giovani
Oosters, du restaurant Vous Lé Vous, voir www.vouslevous.be) et a repris la route en sens inverse
hier. Dodo à 02 heures du matin et ... découverte de ce billet à l’instant. Paf, le Luc. Je m’arroge un petit « droit de réponse » que je pondrai ce week-end, car c’est too
much.


Entretemps :


@Forgeron : Michel, cet échantillonnage avait été envoyé au Sieur Berthomeau dans le cadre de mes bisbrouilles
« Maury sec», to prove my point. Je n’ai jamais personnellement fait cette « mini-verticale » mais elle m’intéresse et on peut l’organiser. Simplement, il faudrait
qu’on soit 5-6 et peut-être avec une bonne miam-miam à la fin pour finir les bouteilles.


@Daniel Chérel : merci de TOUS ces commentaires. Je sais que ma vision « à la Arthur » (l’homme de
Dantzig, bien sûr) de notre société déplaît à beaucoup de monde et peut mettre mal à l’aise; j’en suis désolé mais c’est ainsi que je pense, vraiment. L’environnement dans lequel je vis n’est pas
fait pour moi et, comme je ne suis pas idiot au point de croire que je peux profondément le changer, plutôt que de ramper, je « crie doucement » ma révolte et l’argumente.
(Il s’agit en fait d’une dépression anaclytique permanente, mais assez bien compensée, pour ceux que cela intéresse).
Fin de la petite introspection junguienne !


@Reggio : on continue les paronomases débiles. Je suis content que ce cas rare ne te laisse pas de marbre. (NDLR : j’avais
osé sur un autre support lui parler de cas glabre et avais pensé qu’il barit).


@Denis : la Coume arrive le 4 au soir, mais sans doute pas de Casot. Quant au prix, s’agissant d’une cuvée exceptionnelle (au
sens propre du terme), il est « à la tête du client ». Et je ne pense pas que le prix soit jamais un critère de choix. Quand il est trop élevé pour mon budget, il m’empêche simplement
d’acheter.


@Sylvie : merci pour ton aide. Je confirme en passant aux lecteurs qu’il y a du Casot à « AA », dans un millésime que
je n’ai pas encore mis à la vente mais qui a plu à la patronne.


@Gus : rendement pour ce vin : 9 hl l’hectare en 2005, 2008, 2009, un peu plus en 2006 et 2007. Prix en conséquence. Le
reste de la gamme est très abordable.


@Antonin, Eva : les cavistes français ne semblent pas vouloir de mes vins. Le plus souvent, on me répond qu’un
Côtes-du-Roussillon provenant d’un inconnu, cela doit coûter 4 euros départ HT au maximum, qu’il leur faut la sixième bouteille gratuite et qu’une dégustation ne les intéresse pas. Je ne suis pas
sûr que ce soit une base de travail qui me tente pour envisager une collaboration. Mes seuls clients dans l’hexagone sont en fait ceux de Christine, 80 restaurants gastronomiques du SUD de la
France : elle est héraultaise, les gens du nord ne la comprennent donc pas et elle a peur dans le métro. Quant à moi, ils rient de mon accent flamand. On ne va donc pas à Paris !


PS : j’ai vécu au 50 rue Lamarck pendant 12 mois cependant, en 1986, du temps où j’étais un des valets de l’AP de Paris à
Bichat.



Eva 14/06/2011 22:46



Mais oui, la question essentielle est : où peut-on trouver ces savoureux crus?


Non parce que vraiment, j'ai aimé et eu quelques coups de coeur pour certaines cuvées... Alors à Jacques, merci de nous les avoir fait découvrir, et Sieur Charlier, bravo, beau et bon travail...



 



Antonin Iommi-A. 14/06/2011 14:44



Bon, et ça se trouve à Paris ou bien ? Parce que ce n'est pas le tout de les goûter une fois, il faut pouvoir remettre le couvert ! M. Charlier si vous nous lisez...



gus 14/06/2011 13:37



" vous profiterez ainsi, avant que notre homme soit saisi par le parfum enivrant de la renommée, de tarifs serrés au
cordeau"                                                    
               j'ose espérer que Léon -qui promeut la dur'lutte deg'lasse auprès des masses laborieuses pour une répartition plus juste des
richesses -saura rester sage et fera en sorte que le fruit de son travail soit toujours accessible au petit peuple.


Hic... Léon,que le jus de ta treille soit longtemps servi pour nous et pour la multitude !!!


Bonne journée.



www.berthomeau.com

 

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