Jeudi 8 novembre 2012 4 08 /11 /Nov /2012 00:09

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François des Ligneris et moi-même, ayant exercé, en notre belle et luxuriante jeunesse, l’éminente fonction d’enfant de chœur, le port de la soutane rouge et le surplis empesé, la noire pour les enterrements, n’a pour nous aucun secret : ça nous a appris à défaire avec dextérité, un à un, les petits boutons, ce qui, plus tard, à l’âge d’homme, en des lieux non-consacrés, a constitué pour nous un avantage comparatif  que beaucoup de nos collègues nous envient.  De ce saint bénévolat, souvent matinal, nos corps et nos âmes se forgèrent dans l’airain. Notre destin était ainsi à tout jamais scellé par le maniement des burettes qui nous a permis d’approcher au plus près le mystère de la transmutation. Nous sommes de ce fait des élus de Dieu, même si ça ne se voit pas au premier coup d’œil, et des enfants chéris de la fille aînée de l’Église.

 

Par-delà nos trajectoires personnelles, marquées par un amour immodéré des ânes, nous sommes aujourd’hui unis par notre appartenance commune à la corporation de Taulier. Le Taulier, en argot, désigne le patron d’un hôtel, mais par extension il est collé à ceux qui exercent la profession d’accueillir des gens. François fait dans la restauration à L’Envers du décor à Saint-Emilion, et moi, partout et nulle part, sur mon Espace de Liberté Vin&Cie. Vous comprendrez donc aisément que notre passé d’ensoutanés temporaires et notre vocation de nourrir les corps et les âmes nous poussent à nous intéresser de très près à un grand cueilleur d’âmes : son Excellence Mgr Ricard, archevêque de Bordeaux qui, ces derniers jours, a fait l’objet d’une lévitation assistée dans le ciel de saint-Emilion. Comprenez notre émoi de contempler, de loin, nous n’étions point invités, un archevêque s’élevant dans une nacelle sitôt après la dissipation des brouillards matinaux !


Votre Taulier s’est alors souvenu d’une très ancienne chronique  du 29 mai 2006 : Mes Biens chers Frères link où je faisais référence à l’éditorial de Mgr Jean-Paul Ricard, archevêque de Bordeaux, et très important mon cher François Evêque de Bazas, « La crise viticole n'est pas une fatalité ! »  (À lire ci-dessous). Si je puis m’exprimer ainsi nous avions-là le Prélat de la France d’en bas alors que du côté de Saint-Emilion il fut celui de la France d’en-haut.

 

Comme les voix du Seigneur sont toujours aussi impénétrables, et celles de ses serviteurs simples mortels bien plus encore, je me suis adressé à deux hommes du terroir profond de la Rive Droite pour les scruter. Je les connais tous les deux et je sais que ce sont des hommes de bonne volonté. Fortes têtes, certes, peu adeptes de génuflexions civiles, mais leur fierté en ce monde si vénal trouvera, sans nul doute, une oreille attentive de celui que mon brave curé doyen de la Mothe-Achard appelait Le Très Haut.


Je propose donc à votre lecture :


-         Le courrier adressé par François des Ligneris à Mgr Ricard

-         L’éditorial de 2006 de Mgr Ricard La crise viticole n'est pas une fatalité !

-         Le texte de Dominique Tescher vigneron à Pomerol


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                                          L’ENVERS DU DECOR

 

 

RESTAURANT – BAR A VINS – CAVE

11 RUE DU CLOCHER - BP 18 - 33 330 - SAINT-EMILION

Tél : 05.57.74.48.31 – Email : arazime@orange.fr

 

À son Excellence  Monseigneur Ricard

Archevêché de Bordeaux

183 Cours de la Somme

33077 – Bordeaux Cédex

 

                                                                                        Saint-Emilion, le 4 Novembre 2012

 

 

Monseigneur,

 

Permettez-moi tout d’abord une rapide présentation. Je suis ancien élève de l’école maternelle privée et ancien enfant de chœur de Saint-Emilion.


Vigneron dans l’âme (aujourd’hui avec un petit domaine de 8 hectares cultivé en bio dans l’appellation Bordeaux), je suis aussi, depuis plus de 25 ans, aubergiste à Saint-Emilion à l’enseigne de L’Envers du Décor. Cet établissement est très bien fréquenté car nous avons fait en sorte que certains individus peu recommandables ne soient pas clients de notre restaurant.


Notre terrasse privée entourée de murs est au pied de l’église collégiale et bénéficie, de jour comme de nuit, de son influence spirituelle grâce à la porosité des pierres calcaires (petits coquillages fossiles) de ce remarquable édifice. Nous avons, au cœur de notre établissement la présence de la petite chapelle du Chapitre.


Un engagement R.E.S.P.E.C.T (Répertoire Elémentaire de Simples Pratiques Environnementales Culturelles et Techniques) a été mis en place cette année aussi bien pour mon vignoble et mes vins que pour mon restaurant. Je joins à cette lettre un exemplaire de chacun de ces engagements.


Nous avons tous lu dans le journal Sud-Ouest en date du Jeudi 25 Octobre 2012 sous le titre très particulier Angélus : une bénédiction pour les cloches et, pour les plus chanceux, vu à la télévision le récit de votre bénédiction des cloches de la S.A Château Angélus.


Nous avons tous noté ici que votre venue très médiatisée  avait pour destination un lieu privé n’ayant jamais eu de lien direct ou indirect de quelque nature que ce soit avec la religion. Je ne peux m’empêcher de penser que vous aviez d’excellentes raisons pour décider de participer à un tel événement. Il ne m’appartient pas de les connaître et encore moins de porter un jugement sur tout cela.  


Je vous transmets ces quelques mots pour vous faire part de mon projet actuel et d’une invitation.


Je suis, en effet, en train de faire l’acquisition de cloches de fabrication française, non pour jouer les hymnes nationaux de mes clients d’origines géographiques lointaines et actuels maitres du monde économique à défaut d’être les maitres du monde en d’autres domaines pourtant primordiaux, mais pour accueillir et protéger les meilleurs fromages traditionnels et fermiers français (Pont-l’évêque, Sainte-maure, Saint-marcellin, Saint-nectaire). Soyez assuré ici que ces cloches n’accueilleront aucun fromage de type industriel (Chaussée aux moines ou Caprice des dieux par exemple).


 Je me permets, sans doute de façon bien peu protocolaire, de vous solliciter afin que vous puissiez bénir les cloches de mon restaurant tout comme vous avez béni les cloches de la S.A Château Angélus. Pour ma part, je vous garantis la totale confidentialité de cette bénédiction sans journaliste ni photographe et sans récupération d’aucune sorte à des fins commerciales.

 Dans l’attente de votre réponse et vous en remerciant par avance, je reste à votre entière disposition. Daigne, Votre Excellence, agréer l’expression de ma très respectueuse considération.


 François des Ligneris


860475_21719824_460x306.jpg                                Mgr Ricard, Hubert de Boüard de Laforest et l'abbé de Rozières. (photo stéphane klein) Sud-Ouest

 

La crise viticole n'est pas une fatalité !

 

Editorial de Mgr Ricard


Très présente dans la presse à certains jours, plus discrète à d’autres, la crise viticole est bien toujours là. Contrairement à une série de crises rencontrées par la viticulture depuis plus d’un siècle, la crise actuelle n’est pas conjoncturelle mais structurelle. Il serait vain d’attendre que « ça passe » en rêvant au retour des années fastes pour les vins de Bordeaux.


La sortie de cette crise est un vrai problème régional pour ne pas dire national. Certaines régions sont peut-être encore plus touchées que la nôtre. Le 4 février dernier, les évêques du Languedoc-Roussillon ont fait part de leurs préoccupations devant l’inquiétude et la souffrance de beaucoup de viticulteurs. Mais notre région, longtemps épargnée, est touchée elle aussi.


Certes, la crise viticole ne touche pas toutes les propriétés de la même façon. Certains châteaux, des crus renommés, s’en sortent plutôt bien et n’ont pas de mal à commercialiser leur vin. D’autres sont frappés de plein fouet et on peut dire que c’est toute une partie de la profession qui ressent les contrecoups de la crise. Au cours de mes visites pastorales et des rencontres que j’ai pu avoir, j’ai été témoin du drame vécu par un certain nombre de viticulteurs qui se sont endettés au moment des années fastes et qui, aujourd’hui, devant la difficulté à vendre leur vin, se sentent étranglés par les remboursements auxquels ils doivent faire face. Cette réelle angoisse du lendemain a chez eux des conséquences sur leur moral, parfois sur leur vie conjugale et familiale. Certains enfants ne voient pas comment prendre en charge après leurs parents la propriété familiale. Cette crise a fatalement aussi des répercussions sur la situation des ouvriers agricoles, des saisonniers et des artisans. Ces viticulteurs sont guettés par le désespoir et la désespérance n’est jamais bonne conseillère. On peut redouter qu’elle provoque parfois des réactions de violence ou pousse à des extrémités.


Devant cette crise, certains sont tentés de baisser les bras et de se laisser gagner par un sentiment de fatalisme. D’autres cherchent un bouc émissaire qu’ils chargent alors de tous les maux (les organisations professionnelles, le négoce, les pouvoirs publics, les campagnes antialcooliques, la mondialisation…) L’heure n’est pourtant pas au découragement. D’ailleurs, au cours des deux siècles précédents, les viticulteurs ont toujours fait preuve de courage et d’ingéniosité pour surmonter les crises rencontrées. Une telle ténacité continue. Il nous faut saluer ici les efforts de ceux qui courageusement veulent relever le défi d’aujourd’hui. Ils savent qu’il leur faut compter avec des facteurs nouveaux qui ne disparaîtront pas dans les années qui viennent : la baisse en France de la consommation du vin, la concurrence des vins européens et des vins du nouveau monde et la politique commerciale des grandes surfaces. Ils sont convaincus également qu’il faut veiller à la qualité du vin produit, à sa commercialisation et donc à des campagnes de promotion de leur vin en France, en Europe et dans d’autres pays du monde. En effet, produire, malgré tout le savoir-faire que cela met en jeu, aujourd’hui ne suffit pas. Il faut commercialiser, tenir compte de la demande, et gagner de nouveaux marchés.


Cette crise ne peut être surmontée qu’ensemble, solidairement, qu’en s’appuyant les uns sur les autres, qu’en s’entraidant les uns les autres. Or, la viticulture a été une profession qui a favorisé jusque-là l’investissement individuel et la recherche personnelle du profit. L’argent gagné était le secret de chacun et on se méfiait de l’autre qui pouvait toujours devenir un concurrent possible. D’où la difficulté qu’ont eu beaucoup de viticulteurs, même voisins, à se parler quand la crise a commencé. Or, la solidarité et l’entraide sont aujourd’hui des conditions sine qua non pour surmonter la crise.


Devant cette crise qui marque profondément notre région, les communautés chrétiennes ne peuvent pas ne pas se sentir concernées. Il est important qu’elles partagent les préoccupations des viticulteurs, soutiennent ceux qui sont dans une passe difficile, encouragent ceux qui se battent pour relever le défi. Je les invite à lire le document de réflexion ci-joint sur « La crise viticole » et à manifester à tous les viticulteurs leur solidarité.

Dans ce temps pascal, le Christ vient à nous, vainqueur du fatalisme et de la résignation. Sa résurrection ouvre une brèche, déploie un avenir nouveau. Elle crée du neuf. Que cette espérance soutienne tous ceux qui se battent aujourd’hui pour ouvrir des voies d’avenir à la viticulture dans notre région.


Bordeaux, le 5 mai 2006


+ Cardinal Jean-Pierre RICARD

Archevêque de Bordeaux

Evêque de Bazas


 

 

Intervention divine à Saint-Emilion.

 

La cérémonie de bénédiction du carillon du Château Angélus de Hubert de Boüard par l’archevêque de Bordeaux a irrésistiblement réveillé en moi le souvenir de pratiques passées, peu glorieuses, de l’Eglise catholique : les indulgences. Elles consistaient à racheter ses pêchés, et par là s’assurer une place au ciel, au moyen de dons sonnants et trébuchants à l’Eglise. Comme le disait un ecclésiastique vénal du 16e siècle : « Aussitôt que l'argent tinte dans la caisse, l'âme s'envole du Purgatoire ».


Qu’un notable parvenu fasse admirer par le Rotary Club local et ses plumitifs l’étendue de sa réussite financière,  qu’il fasse se pâmer les sommités de la sous-préfecture en étalant le montant des travaux entrepris, qu’il les éblouisse par une débauche de vins prestigieux, de mets raffinés et de spectacles grandioses, rien que de plus banal.


Par contre, en ces temps  de spéculation financière indécente et de paupérisation d’une part croissante de la population dans notre pays lui-même, comment un archevêque peut-il accepter, de venir faire la promotion médiatique d’un vin vendu plus de 300 € la bouteille, soit près de la moitié du minimum vieillesse ?   Quelle humiliation pour lui d’être ravalé au rang d’acteur de cinéma perché dans une nacelle et de devoir attendre pour officier, la dissipation de la brume matinale afin qu’arrive de la belle lumière pour les photographes !


On espère que la participation à cette farce n’a pas eu pour simple compensation les quelques bouteilles d’Angélus promises à la cave de l’évêché. Se damner pour si peu !


Des miracles à la pelle !


Mais Monseigneur Ricard aurait pu profiter de l’occasion pour édifier les populations locales en leur révélant les nombreux miracles survenus lors des opérations de classement des grands crus classés de Saint Emilion. Miracles qui, par leur ampleur, attestent incontestablement d’une intervention divine !


Miracle, la transmutation du modeste terroir de Château Quinault en Grand Cru Classé. Situé sur les « sables de Saint-Emilion», ce grand cru a été racheté dernièrement par Bernard Arnault et Albert Frère, et devrait voir sa valeur marchande fortement revue à la hausse.


Miracle, le classement direct du Château Valendraud et de La Mondotte en Premier Grand Cru Classé B, sans passer par la case Grand Cru Classé !


Miracle à rebours que le déclassement de La Tour du Pin Figeac pourtant situé sur un excellent terroir juste en face de Cheval Blanc, propriété de Bernard Arnault et Albert Frère. Dans leur malheur, les propriétaires actuels seront assurément réconfortés par de charitables propositions de rachat émanant de très pieux voisins.


Divine et totale surprise que l’accession au rang de Premier Grand Cru Classé A du Château Angélus d’Hubert de Boüard, président du Comité Régional de l’INAO, membre du Comité national de l’INAO, président de l’ODG Saint Emilion, Premier Jurat de Saint-Emilion, administrateur du Conseil des vins de Saint-Emilion, membre du CIVB et consultant de plusieurs crus promus. Parmi ceux-ci, celui du président du Conseil des vins de Saint-Emilion.

Divine surprise que la promotion en Grand Cru Classé de nombreux domaines possédés par de grandes fortunes, promotion il est vrai, légèrement favorisée par une grille d’évaluation génératrice de gros investissements de prestige.


Enfin, intervention divine pour que l’INAO laisse se dérouler sans broncher un classement où la grille de cotation n’existait pas à la remise des dossiers et n’a été connue de l’ensemble des candidats que huit mois plus tard.


Que de miracles ! Que de miracles !


Et s’il lui restait des forces à Dieu, ne pourrait-il pas aussi chasser les marchands du temple ?

Dominique Techer, vigneron à Pomerol, soucieux du devenir des Appellations d’Origine, plus très Protégées de la cupidité ambiante.

 

Pour clore ce double envoi qui, je l'espère trouvera écho et réflexion, j'y joins mon écot musical : une merveilleuse et pure interprétation de AU CIEL par le groupe Cajun l'Angélus. La jeune chanteuse est d'une beauté lumineuse et sa voix céleste. Ne voyez, Excellence, aucune ironie déplacée à cet ajout, il est le fait du vieux jeune homme que je suis qui a chanté à pleins poumons cet hymne marial et qui se sent pris d'une nouvelle jeunesse en l'écoutant.


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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