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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 16:00

Cacher ma grande et jubilatoire satisfaction serait de ma part faire preuve d’une hypocrisie de vieux chanoine rongeant son frein face à l’arrogance des prélats. J’exulte, oui ! Pour l’heure, comme  je n’ai pas sous les yeux les attendus de l’arrêt du Conseil d’État je ne vais pas me livrer à ce qui était mon exercice favori lorsque j’étais étudiant en Droit au temps d’Yves Prats le frère de Bruno et l’oncle de Jean-Guillaume de Cos d’Estournel (tout me prédestinait à tomber dans le tonneau de Bordeaux) le commentaire d’arrêt. Oui j’étais le Paganini du commentaire d’arrêt (oh les chevilles, oh les chevilles…)

 

Que voulez-vous lorsque je me penchais sur mon clavier en juillet 2009, encore jeune et fringant, pour mettre mes gros sabots crottés dans le beau terroir de l’ODG de Pomerol link pour m’étonner que 35 viticulteurs, ayant des vignes sur l’aire de l’appellation Pomerol, mais pas de chais, seraient privé de leur droit de vinifier du Pomerol. Je ne vais pas revenir sur le fond, il en sera toujours temps puisque le feuilleton, comme toujours en notre beau pays, aura une suite puisque, sentant l’odeur du roussi, un second décret fut pondu par les éminences juridiques de nos appellations afin de rectifier certaines anomalies historiques.

 

Bref, l’argument« j’aime tant mon grand terroir de Pomerol que je le protège des petits prédateurs… » si beau, si saint-sulpicien, si je me fous de la gueule du monde pour jeter un voile pudique sur mes arrangements avec le ciel, tient la route comme ces belles voitures anglaises dont on disait que rien ne les arrêtaient même pas leurs freins… » Tout ça sent le crottin de cheval, de pur-sang bien sûr ! Les hippodromes en France ont depuis quelques temps d’étranges destinées mais que voulez-vous sans doute fallait-il enrichir l’aire de Pomerol d’une zone de proximité au prestige reconnu par les turfistes du cru.

  image_67177989.jpg 

 

Libourne : sous les sabots, la vigne : Des pieds de merlot pousseront sur l'empreinte des chevaux, à la place de l'hippodrome de Cantereau. Mercredi 26 janvier 2011 Sud-Ouest

 

J’arrête là mes railleries de petit chroniqueur qui adorait la rigueur du droit administratif à la française. Pendant des années « Les Grands Arrêts du Conseil d’État » fut mon livre de chevet. Que voulez-vous l’arrêt Blanco du 8 février 1873, l’arrêt Compagnie nouvelle du gaz de Deville-lès-Rouen du 10 janvier 1902, l’arrêt Syndicat des patrons coiffeurs de Limoges du 28 décembre 1906, l’arrêt Société des granits porphyroïdes des Vosges du 31 juillet 1912, l’arrêt Compagnie générale d'éclairage de Bordeaux du 30 mars 1916 me procuraient une forme d’extase et le fameux arrêt Barel du 28 mai 1958 sur le principe de l'égalité d'accès aux fonctions et emplois publics.« L'administration ne saurait, sans méconnaître ce principe, écarter un candidat en se fondant exclusivement sur ses opinions politiques » l’épectase.

 

J’appelle de mes vœux de juriste – même si on ne me donne pas du Docteur – un grand arrêt des sans chais de Pomerol pour que je puisse raconter à mes petits-enfants : Martin, Zoé et Juliette que leur papy impénitent chroniqueur avait tiré dans les premiers sur ce déni de justice qu’était ce premier décret…

 

La suite au prochain numéro…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans les afterwork du taulier
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commentaires

Luc Charlier 15/03/2012 08:27


@Irène.


Là par contre, je ne suis PAS DU TOUT d’accord avec toi. Ce n’est pas contre moi que les décrets ont été pris : et la cave de Maury et le patron du syndicat de défense sont très sympas à mon égard et on se connaît depuis
1987, 15 ans avant mon arrivée « sur le terrain ».


Mais, pour entreprendre les démarches que tu cites – et il est possible qu’elles aboutiraient – il faut NE PAS ÊTRE vigneron. Il faut
ne pas rentrer crevé de la vigne, ou d’une mise en bouteille, ou d’une discussion stérile avec les employés sans responsabilité ni pouvoir qu’on appelle « conseillers » au Crédit
Agricole, ou d’un séjour de 6 jours à l’étranger (3.000 km, 200 clients potentiels et 6 marchands de vin rencontrés), ou d’une foire (moi je n’en fais PAS), ou ..... tu m’as compris.


En outre, il faut avoir une formation de juriste, ou pouvoir payer un conseiller juridique.


En fait Irène, et je perçois – je ne sais pourquoi – une aggressivité irritée dans tes réponses, tu veux une organisation agricole qui
élimine les petites structures individuelles – et je pense que by and large, ce sont elles qui font les vins les plus intéressants. Tu défends sans doute l’idée que c’est
l’agro-alimentaire du vin, avec son train de gratte-papier, de secrétaires, de comptables, de présidents, de directeurs – tous aux mains blanches et manucurées mais avec la carte au bon parti, le
denier au bon culte ou le petit tablier bien plié sous l’équerre et le compas - qui maintiendra en place la superficie plantée maximale, le nombre d’emplois agricoles (précaires, sous-payés,
ingrats, inintéressants ...), le volume produit et exporté (si possible). Il fera vivre tous les parasites du vignoble : publicistes, régulateurs, zélateurs, interprofessionnelles, salons,
médailles, confréries bachiques à la mords-moi-le-noeud avec intronisation et chapeau ridicule.


Le problème c’est que d’autres pays, plus irrigués, moins scrupuleux, avec un prolétariat plus docile encore et une protection sociale
inexistante font aussi bien ces vins-là .... moins cher !


 


Ma compagne est originaire de St Pons de Thomières et je vais prendre l’exemple de Faugères, où je ne connais AUCUN vigneron
personnellement, mais assez bien les vins. Cette AOP possède à mon avis tous les atouts qualitatifs : originalité, diversité, cadre, histoire, beaucoup de bons vins assez faciles à boire (ce
n’est pas du Vin Jaune, de la négrette, des chenins en Coteaux du Loir, du tannat indomptable ....), des « nature », des bios, des baba-cools et des financiers ... Je ne sais rien
des embrouilles locales ni même s’il y en a. Mais la meilleure manière de la couler serait de lui demander de produire de la syrah comme dans l’Alentejo ou la Barossa Valley, des carmenères à
l’argentine, du cab. sauv. formaté comme au Chili, ou même une espèce de Côtes de Blaye passe-partout en favorisant les industriels du vin aux dépens des propriétés familiales (pour faire
simple), par des décrets, des règles, des bidouillages. Enfin, c’est juste mon avis.

Olivier NASLES 15/03/2012 01:28


Il faut lire bien sûr Dublin et non Berlin, mais il est tard donc je suis sur que vous me pardonnerez...

Olivier NASLES 15/03/2012 01:26





Le problème n’est pas aussi simple et je suis malheureusement bien placé pour connaître les limites de notre « système démocratique ». J’applaudis pleinement à cet arrêt
du CE car il n’est qu’une réponse de bon sens. Jacques ayant largement participé à la négociation des accords de Berlin, est bien placé pour
savoir que nous détournons là un principe fondamental que nous avons vendu en son temps aux autres pays européens à savoir la notion d’aire de
production dans laquelle est réalisé l’ensemble des opérations de production, de transformation ou d’élaboration et dans des cas très précis de conditionnement d’une Indication
Géographique.


Sauf que nous avons oublié que dans cette définition, la notion d’aire de production englobe l’ensemble des opérations de production, pas uniquement l’aire de production de la
matière première ! Certains au nom de grands mots du type « Qualité », « authenticité » ne font en fait que protéger leurs petits intérêts personnels.


Les Pyrénées Orientales rassemble une quantité impressionnante de personnages de ce type. En croyant défendre l’intérêt de leur produit, ils ne font que se tirer une balle dans le
pied.  Lors de la discussion de ces CDC, je suis intervenu assez violemment dans le débat (ce qui m’a valu quelques inimitiés) pour rappeler qu’à
raisonner comme cela, la Bourgogne viticole n’existerait plus. Imaginerait-on un producteur bourguignon avoir une cave dans chacun des villages de la Côte de Nuits ou de Beaune. Aujourd’hui, pour
faire du Banyuls, du Maury et des Côtes du Roussillon, il faut quasiment trois caves, on marche sur la tête (et on fait plaisir aux marchands de matériel).


Quand à la mise en bouteilles dans l’aire de production, il faudra m’expliquer pourquoi la Fédération du Négoce qui s’est opposée à tous les demandes faites en France a laissé
passer les demandes des P.O., à moins qu’une grosse société de négoce bien connue n’apporte la réponse elle-même. Je prends le pari que d’ici cinq ans, ceux-là même qui ont demandé cette mesure
viendront pleurer à l’INAO pour demander des dérogations parce que Monsieur Carrefour ou Monsieur Intermarché leur dira qu’ils arrêtent leurs MDD car ils ne peuvent pas conditionner dans leur
chai performant situé à quelques centaines de kilomètres.


Alors, oui heureusement que le Conseil d’Etat rappelle parfois aux producteurs qui ont décidé « démocratiquement » d’exclure les petits copains qui ont la cave dans
l’appellation d’à côté que le mot « équité » existe et que l’intérêt général n’est pas la somme d’intérêts particuliers. La bêtise n’a malheureusement pas de limite.


Olivier

Irène tolleret 14/03/2012 21:38


@Luc : une nouvelle appellation = des années de discussions, de réunions, d'assemblées générales, de visites terrains, de dégustations,  pour définir ce qui fait l'identité de l'aoc (le
terroir et les choix des hommes), et du coup les communes où on peut vinifier, les règles du cahier des charges. Chaque étape est validée par une enquête publique où on peut faire réclamation.
Donc si tu veux le nom Maury, tu fais des réclamations. Sinon, tu n'as pas le droit de dire que tu le veux puisque tu ne fais même pas la
démarche minimale d'essayer d'y rentrer. C'est un processus super démocratique en plus, il suffit de faire une lettre recommandée avec AR et les bons arguments (faut avoir bossé
son sujet). Les outils de la démocratie sont fait pour qu'on s'en serve. Le billet de Jacques montre que le Conseil d'Etat écoute
en plus les arguments de bon sens en dernière instance. Mais c'est beaucoup plus facile de se retrancher derrière le petit flamand réglo contre les gros Catalans, ça demande beaucoup moins de
travail en plus, que de monter un dossier pour appuyer ta catalanité notamment celle qui te donne envie de vinifier du Maury. Sérieux, ça me fait grimper au mur ces discours "je ne suis pas dans
telle AOC prestigieuse parce que ces gros débiles de locaux n'ont pas voulu de moi" dit par des gens qui n'ont même pas essayé d'envoyer une lettre RAR ou assisté à une seule des nombreuses
réunions pendant la gestation du projet. En plus, participer à l'élaboration du projet permet de s'intégrer, de progresser qualitativement, et que les différentes parties en présence se
connaissent mieux, s'écoutent et s'enrichissent mutuellement. Dans ton cas, ça a l'air trop tard, faudra que t'attende la révision automatique de l'aire dans 10 ans...

Luc Charlier 14/03/2012 19:53


@Irène. Je suis entièrement d’accord avec ton commentaire dans l’absolu, mais il ne s’applique pas à moi pour ce vin-ci. Dans mon
pôvre petit cas particulier, je suis fermier de 4 ha sur l’appellation Maury. Le proprio menait TOUS ses raisins à la coop du coin, avec laquelle je m’entends TB, avant qu’il ne me loue ses
vignes. C’est d’ailleurs là que je vinifie (statut de cave particulière, hors site), avec mon matos à moi mais sur leur sol, avec leur eau et leur électricité (en payant une participation et un
loyer). On vient faire la mise à façon là.


Le reste de ma cave est à 18 km de là à vol d’oiseau, et j’y élabore l’essentiel de ma production. Pour du vin doux, ce n’est pas un
problème, la vinif dure 10 jours et a lieu après les vins secs. Une fois le mutage réalisé, cela devient très cool. Je fais l’effort. (4 heures de route par jour en tout et manque de
sommeil). Mais, il y a maintenant une nouvelle appellation (de novo) Maury sec. Je réponds ENTIEREMENT au cahier des charges .... sauf qu’il est impossible que je vinifie en même temps du vin SEC
sur Maury et dans ma commune.


La mesure « protectionniste » n’a pas du tout été dirigée contre moi. Elle visait ... de gros faiseurs voisins, et pas
toujours très bons au plan qualitatif ! Mais on a donné des « dérogations » à une grosse cave coopérative rivale (et dont les Maury sont bof bof), à des structures ayant leur
vignes très « excentrées » (alors que moi je suis en plein milieu, et dans la meilleure partie), et à un pote qui fait de très bons vins mais se situe totalement en dehors de
l’appellation (avec sa cave). Je suis donc une « victime collatérale ».


 


Dans mon cas, je souhaiterais ardemment m’inscrire dans l’AOP, qui a tout son sens. Mais comme il n’est pas possible de téléporter une
cave de vinif, je n’ai pas d’autre solution, CONTRE MON GRE, que de promouvoir ma chapelle (qui est je crois très bonne) en mon nom propre, au lieu de participer du collectif.


Je ne rouscaille pas en vain. Mon Maury VDN est à 100 % un Maury (dans l’esprit et dans la lettre), et j’en suis très fier. Mais on
m’empêche de faire un Maury sec, qui serait un vrai Maury sec, mais élaboré 18 km plus loin (comme d’autres qui ont obtenu une dérogation).


Moralité : on va élaborer un vrai Maury sec, et du dessus du panier, en l’appelant VDF et du nom du domaine. Je le vendrai pareil
(il y en a peu). Mais c’est profondément inique.


D’autant qu’une autre close du cahier des charges prévoit la MEB sur l’appellation (à
quoi ça sert, mais bon) et qu’elle n’est pas du tout respectée – notamment par la grosse structure voisine. Mais tout le monde ferme les yeux !


Donc, le petit Flamand réglo n’a pas le droit de vinifier le Maury un peu plus loin, soit. Mais les gros Catalans peuvent faire la
mise où ils l’entendent. André Dominé a raison : « La France est bien le seul pays de l’Union Européenne qui n’a pa encore connu la Révolution Française ».


 

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