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13 mai 2007 7 13 /05 /mai /2007 09:02

Quand nous nous sommes enfournés dans la bouche du métro, la glue poisseuse des mal-éveillés giclant de toute part nous a dégluti, absorbé, digéré. Des fourmis aveugles, programmées, progressaient en files denses, se croisaient sans se voir. Portés par elles, dissous puis coagulés, étrons parmi les étrons, nous prenions place dans le troupeau. Ce grouillement souterrain, malodorant, informe, chaîne de résignés, de regards vides, bizarrement me rassurait. La quête têtue et empressée du bétail à se fondre, à n'être qu'anonyme, correspondait bien à mes aspirations du moment. Je collais aux basques de Sylvie. Elle progressait telle une hirondelle dans un ciel d'orage, fluide et aérienne. Notre absence de mots, mon silence obstiné pour être honnête, lui laissait l'entière initiative. Elle s'en fichait. Elle me portait, et, pour moi, il ne faisait plus aucun doute que ma nouvelle compagne ne laissait rien au hasard. Au débouché d'un couloir en coude nous nous retrouvions compressés tout contre les battants d'un portillon métallique. Dans mon dos le cheptel renaclait. Je m'arc-boutais. Sylvie encastrait son cul entre mes hanches, se cabrait en imprimant à ses fesses un léger roulis.
- T'as pas envie ?
Ses lèvres fraîches effleurant mon oreille, son parfum léger dans cet océan de sueur aigre, le fluté de sa voix, bien plus que son déhanché provocant, me gonflait d'une sève ardente. Bien sûr que j'avais envie. Envie de m'étendre sur un lit de mousse fraîche, nu, offert à ses caresses, à son désir. Envie de me laisser engloutir sous la peau de la mer. Dormir. Retrouver le silence et la paix de ma bulle amyotique originelle. Les vérins du portillon couinaient. Nous nous déversions sur le quai. Sylvie m'accrochait le bras.
- T'étais dur mon petit salaud ! N'affiche pas ta tête d'enfant de choeur sale hypocrite...
- Que connais-tu du sexe des enfants de coeur fille dévergondée ?
- Tout ! J'adore les sucres d'orge...
- Alors t'as bien su lire dans mes pensées. On devrait pouvoir s'entendre mante religieuse.
- T'avances pas trop, je suis amoureuse...
- Tant mieux ça me facilitera la tâche.
- Méfies-toi d'une tigresse...
- J'adore les chats.
- Te moques pas Benoît je suis capable de tout, le pire surtout...
- Le meilleur est derrière moi alors...
- Tu m'aimes un peu quand même ?
- Non !

La face plate de la rame Sprague débouchait du tunnel et, comme nous étions en tête de ligne elle venait s'immobiliser dans un crissement aigu de freins à notre hauteur. La rame dégueulait ses encagés sous les regards impatients de ceux qui allaient les remplacer. Le chef de train, un long vouté, dominait la masse, et sa tronche renfrognée sous sa casquette ridicule ressemblait à un bouchon balloté par la houle. Sylvie me tirait par la manche. Elle s'encoignait près de la porte. Je me collais à elle. Tout près de nous, les corps cherchaient des espaces, des mains agrippaient les hampes centrales, sans un mot, têtes baissées, les moutons trouvaient leur place dans la bétaillère. Le signal sonore couinait. Les loquets des portes claquaient. La rame s'ébranlait. Mon allergie pour le métro naissait. 
 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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