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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 13:30

 

Catherine Bernard

Née dans un coin de vaches laitières et de ciel gris, je vis depuis 1999 sous un ciel d’azur et dans un océan de vignes, en Languedoc, près de Montpellier.

J’y suis arrivée comme journaliste, correspondante de La Tribune de l’Economie et Libération, après un long séjour dans les rédactions de la capitale, ce qui me vaut dans le Midi l’indélébile étiquette de "Parisienne".

A 40 ans, j’ai passé un BPA de viticulture-œnologie. Je cultive depuis 3,60 hectares de vignes et je fais du vin, 5136 bouteilles précisément cette année.

Son blog

La vigne et le vin m’intéressent pour ce qu’ils disent de nous et de notre rapport au monde. C’est à travers ce prisme que j’en ferai ici la chronique. Point question donc de bonnes bouteilles à boire ou de mauvaises à déboire.

Je parlerai du point de vue de la vigneronne que je suis un peu devenue et de la journaliste que je ne cesse pas tout à fait d’être.


Michel Barnier, le vin de table et les œufs au plat

Par Catherine Bernard | Vigneronne | 11/06/2008 | 11H55


Mon ministre, Michel Barnier, a présenté le 30 mai dernier "un plan quinquennal de modernisation de la filière viticole française". Il n’y a guère que les viticulteurs du Midi et les Anglais à l’avoir salué. Comme à leur habitude, les premiers ont manifesté, brûlé des pneus, et à la nuit tombée, sur le chemin du retour, bombé des messages inratables à l’entrée des villages. C’était mercredi 4 juin.

A Saint-Drézéry, là où sont mes vignes, je lis sur le mur des vestiaires du club de tennis: "la viticulture ce meur/ réveillon nous/ crav". Le Crav (comité régional viticole) est un peu au Midi ce que le FLB est à la Bretagne, un drapeau agité quand l’identité se sent menacée. Les viticulteurs doivent trouver que le plan ne va pas assez loin et/ou ne donne pas assez. C’est difficile de savoir car les revendications sont hors sujet du plan, comme si celui-ci n’existait pas.

Les seconds, les Anglais –à croire que ceux-là existent rien que pour nous mettre sous le nez nos faiblesses et nos contradictions- s’en félicitent tout en se moquant (précisons que nous l’avons bien cherché). Dans le Times, Charles Bremmer commence ainsi son article, illustré d’un dessin au fusain datant de Mathusalem:

"Après avoir longtemps méprisé l’engouement international pour les vins 'vulgaires', la France a rejoint hier le cortège et autorisé ses producteurs à faire et marketer leurs produits à la manière fruitée du Nouveau Monde."

Pour une plus grande lisibilité des vins français

On peut prendre connaissance, sur Internet, du "plan quinquennal de modernisation de la filière viticole française", ou plus exactement de la communication des vingt-sept mesures qui le composent, car pour ce qui est du contenu réel et détaillé, il faut aller à la pêche auprès des "pros".

Applicable dès 2009, il se présente comme une nouvelle hiérarchisation et donc une plus grande lisibilité des vins français. Il faut comprendre: les vins d’AOC (Appellation d’origine contrôlée) –transformée, sic, en AOP (Appellation d’origine protégée)- seront vraiment des vins de terroir et de qualité, de véritables gaulois en somme. Nous ne baissons pas totalement la garde.

Les autres vins ressembleront à ceux de nos voisins. Concrètement, tout le monde pourra produire d’ex-vins de table encore sans nom réglementaire, même les Bourguignons qui ne commercialisent jusque-là que des AOC (donc aussi le pire). Ainsi, en 2009, il y aura dans les rayons des supermarchés et des cavistes des bouteilles de pinot millésime 2008 de la marque Trucmuchetagada, résidus de pinots de Bourgogne non conformes à l’AOP (ex-AOC). C’est plutôt bien pour l’AOP.

Pour ces vins, "vulgaires" en attendant mieux, le plan autorise ce qui ne l’était pas et serait à l’origine de nos râteaux à l’export: les copeaux de bois, les tanins artificiels, le gewurztraminer, cépage alsacien que l’on pourra dorénavant planter dans le Midi et assembler avec un gewurztraminer planté en Bretagne, les étiquettes où l’on pourra inscrire -et donc lire- le cépage et le millésime. En résumé, tout ou presque sera possible, le meilleur comme le pire. De mystère il n’y aura plus, les vignerons feront œuvre de transparence. C’est tendance, la transparence.

L’illisibilité des vins français est-elle seulement là? Un vin de table est-il forcément un vin industriel? Un vin d’AOP est-il forcément un vin de vigneron? Un vin de vigneron est-il forcément une garantie de bon goût et de respect de l’environnement? Qu’est-ce qu’un vin de qualité? En quoi 480 AOC seraient-elles un handicap? Mis à part de Gaulle, qui se plaint qu’il y ait autant de fromages?

Aveuglés par l’humiliation –voilà que les Espagnols et les Italiens exportent davantage de bouteilles que nous qui plafonnons à treize millions d’hectolitres tandis que le marché mondial explose-, nous opérons un changement de forme. Mais le fond? Ce qui fait qu’au fond, nous buvons ou non du vin, ce que nous en attendons, ce que le vin dit des paysages, imaginaires et réels, qui nous habitent autant que nous les habitons, ce que le vin dit de notre manière de nous mettre à table, à la maison ou au restaurant, seul, en famille, ou avec des amis, tous les jours et les jours de fête, de faire terrasse, ce qui est à l’origine de notre goût du vin, ce qui en fait l’essentiel, une marque de civilisation, a été oblitéré.

Quand j’ébourgeonne les Cinsault –c’est le travail du moment dans les vignes-, je pense au vin qu’ils vont donner. Un vin de table, un vin rouge clair, de petit degré, simple au goût, que l’on boit en dînant d’une salade verte croquante, d’un œuf au plat et d’une mouillette trempée dans le jaune, avec pour finir -c’est tellement dur de quitter, de finir-, une dernière rasade avec des fraises au sucre. J’apporte le même soin aux cinsaults qu’aux mourvèdres qui vont, eux, dans le Coteaux du Languedoc, mon autre cuvée, un vin d’AOC (future AOP).

Avant comme après le plan de modernisation, le vin que je fais avec les cinsault restera un vin de table. Les parcelles sur lesquelles ils sont plantés ne sont pas dans le périmètre de l’AOC et le cinsault lui-même n’est pas reconnu comme un cépage majoritaire. Il n’est pas sûr qu’au fond, au bout du bout, cela en fasse moins un vin de terroir que le Coteaux du Languedoc, mais cela en fait à coup sûr, dans sa fonction et la réglementation à laquelle il obéit, un vin de table, une boisson de tous les jours. Il n’y a pas de honte, plutôt même de la joie. On le voit, le vin de table est simple, mais sur l’étiquette, avec ou sans plan quinquennal, sa lisibilité reste complexe.


* lien avec le blog de Catherine Bernard
http://www.rue89.com/mise-en-bouteille/michel-barnier-le-vin-de-table-et-les-oeufs-au-plat

  * Voir ma chronique du 19/04/2006 : Vin de Vigneronne http://www.berthomeau.com/article-2480172.html

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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Clavel 23/06/2008 15:51

Jacques, je recherchais ce matin le mail de Catherine pour lui faire parvenir ce texte, provoqué par le plan quinquennal de MB. Coïncidence!!!Languedoc : IGP ou AOP ???
 
 
Voici des extraits du Plan concernant la viticulture française présenté le 28 mai 2008 à Paris,  par le Ministre.  Il démontre les orientations données à l’INOQ concernant la nouvelle segmentation des vins français entre IGP et AOP.
Voir, ci après,  mes remarques personnelles en italique.
 
1° Rôle consultatif des Conseils de Bassin en ce qui concerne la segmentation, la décision  finale appartiendra au ministère, l’INOQ semblant n’être  plus qu’une Chambre d’enregistrement. 
2° La répartition des types d’appellation ou de dénomination en IGP ou AOP se fera surtout en fonction de l’étendue de l’aire, une aire régionale sera plus forcément IGP une aire locale sera a priori AOP, mais la situation du LR entraînera des choix difficiles et compliqués.
   
 
_ Conseils de bassin (mesure n°3) Extraits :
Les dix conseils de bassin deviendront le lieu privilégié du débat et de la concertation pour la
filière viticole régionale. Les Conseils regrouperont les interprofessions, qui représenteront au moins 50% des membres, les organisations professionnelles, les CRINAO et les pouvoirs
publics. Les conseils seront présidés par un Préfet coordonnateur désigné à cet effet, lequel
pourra déléguer la présidence à un professionnel élu.
Ils auront un rôle :
De concertation et consultatif pour :
1. Les mesures à prendre en vue de la régulation de l'offre par les organisations
Interprofessionnelles (mises en réserve, sorties échelonnées, distillation de crise) ou par
les CRINAO (rendements annuels des vins avec Indication Géographique) ;
2. La mise en oeuvre de l’outil d’affectation parcellaire ;
3. Les politiques régionales de promotion, de recherche et d’expérimentation ;
4. La reconnaissance d’une nouvelle indication géographique ;
5. La segmentation des vins produits dans le bassin.
 
4) La clarification de la segmentation de l’offre
L'offre française, complexe, est souvent mal comprise par les consommateurs des pays tiers.
Une offre simplifiée, compréhensible et mieux adaptée aux marchés doit s'articuler sur trois
niveaux (mesure n°11) :
_ 1er niveau : un socle constitué par les vins sans indication géographique,
pouvant, sous conditions de critères de qualité, se référer à une marque
ombrelle avec « l’image France ». Cette catégorie correspond au
positionnement actuel du vin de pays « Vignobles de France ». Elle utilisera de
façon large la mention du cépage et du millésime dans le cadre ouvert par la
nouvelle OCM, en garantissant la qualité et la conformité du produit ;
_ 2ème niveau : une catégorie intermédiaire constituée de vins avec IG se
référant à un territoire régional (IGP dans la nouvelle OCM). Cette catégorie
doit se limiter à un petit nombre de dénominations qui doivent s’appuyer sur la
notoriété du bassin ;
_ 3ème niveau : une catégorie de vins se référant à un terroir marquant
profondément la typicité du produit (AOP dans la nouvelle OCM). Pour cette
catégorie, la diversité de l’offre est mise en avant et constitue plus une richesse
qu’un handicap à condition que la hiérarchisation du produit au sein de la
segmentation soit compréhensible.
 
Les actuels vins de pays, AOVDQS et AOC évolueront chacun vers l'un des 3 segments
précités sans définir de correspondance a priori. Les conseils de bassin seront chargés,
après avis des instances compétentes, de faire des propositions pour organiser l'offre
régionale. Dans le contexte de la segmentation définie dans les bassins, chaque exploitant
viticulteur opère ses choix individuels et les traduit dans ses choix d'affectations parcellaires.
Pour que cette segmentation corresponde à une réalité qualitative, le contrôle de la qualité
des produits (AOP, IGP, vins de cépage) sera assuré tout au long de la filière, éventuellement avec agrément des opérateurs à l'export.
                                        __________________________________
 
Mes réflexions concernant l’avenir de l’appellation Languedoc :
Le 4 juin 2008, les AG Ordinaires et Extraordinaires du syndicat des Coteaux du Languedoc ont validé des changements radicaux, sans réel débat.  Le syndicat a changé son nom, a étendu son aire à toutes les zones vins tranquilles AOC du Languedoc Roussillon, qui pourront bénéficier d'une appellation basique Languedoc et de noms de 2° niveau, Corbières, Roussillon, Minervois, Cabardès, Malepère, Saint Chinian, Faugère, Limoux,Collioure il est devenu ODG a adhésion obligatoire, a introduit d’autres catégories d’adhérents….  ... Les implications de ces changements radicaux concernant les anciens adhérents du syndicat ont été totalement occultées ou niées.
L’une des conséquences de cette révolution syndicale camouflée pourrait être la descente d’un échelon dans la hiérarchie des vins français pour les vins  des caves coopératives ou des vignerons qui sont encore soumis a l’ancien décret Coteaux du Languedoc.
Cette réduction de Languedoc générique, au niveau IGP  ( vins de pays actuel),  est fortement probable, compte tenu de nombreux facteurs :
1° Le plan quinquennal présenté par le ministre le 28 mai indique que les Conseils de Bassin auront une fonction consultative dans un certain nombre de domaines en particulier sur la segmentation des vins régionaux, cela sous entend que le ministre entend garder la décision les concernant.
2° Dans le chapitre 4 Clarification de l’offre, le ministre indique, dans le plan précité, sans ambiguïté, que la distinction entre IGP et AOP sera, dans la nouvelle segmentation, entre appellation régionale et appellation plus locale.
3°Les responsables des appellations locales regroupées dans Languedoc, Corbières, Roussillon, Minervois, Cabardès, Malepère, Saint Chinian, Faugère, Limoux ont accepté cette situation nouvelle a condition (le plus souvent implicite) qu’ils soient ainsi considéré par l’INOQ en 2° niveau, le premier niveau étant la générique régionale « Languedoc ».
4° Les travaux préalables des administrations et les critiques de certains professionnels ou médias qui ont entraîné les réformes en cours, démontrent clairement, que la nouvelle segmentation doit réduire les appellations régionales génériques au rang IGP.
5° La position d’un responsable professionnels de notre région, qui devrait assurer (semble t-il) une présidence dans le dispositif principal de la réforme dont il a été un des promoteurs, celle de l’OI, Organisme d’Inspection Languedoc, qui mettra en œuvre les Plans de Contrôle et d’Inspection de l’application des cahiers des Charges,  validés par l’INOQ et le ministère, est bien connue au plan national.  Seules, à son avis, pourront être AOP, les appellations ayant un lien très étroit avec l’originalité d’un terroir local, ce qui exclue, bien entendu, « Languedoc » désormais au vaste territoire, en gros, des Pyrénées eu Rhône. .
 
C’est une situation paradoxale pour ceux qui avaient fait des efforts importants de qualité, de discipline de communication réussie,  avaient obtenu le classement AOC en 1985 et étaient, naguère, considérés par les médias spécialisés nationaux comme les moteurs de la région.
 
Conséquences :
 
Si « Languedoc » est placé en IGP, ce qui semble probable, compte tenu de ce qui précède, il y aurait sur les mêmes zones géographiques 2 IGP concurrentes, Pays d'Oc près de 5 millions d'hl.  80  hl ha de rendement moyen, et Languedoc 50  hl ha. pour 300 000 hl. ayant des prix moyens très proches (sauf marchés de niche) Cohabitation improbable, voire impossible, l’une croquera l’autre, les moyens de communication seront très réduits pour Languedoc au sein du Comité interprofessionnel régional IGP/AOP tel qu’il se prépare.  !!!!
Il existe dans l'ancienne zone Coteaux du Languedoc des noms d'appellations sous/régionales en devenir qui pourraient (sous quelques années) devenir AOP en nom propre: La Clape à Narbonne, le Picpoul de Pinet, les terrasses du Larzac, les Grès de Montpellier, le Pic Saint Loup, les Coteaux de Pézenas, Sommières.  Mais, soyons réaliste, suivant le zèle mis par l'INOQ, et les discussion byzantines sur les cahiers des charges et les plans d’inspection, (voir le problème sur la hauteur maxi du fil porteur des vignes palissées ou les définition des parcelles à déclasser en 1° niveau)    peut on espérer une issue favorable sous 10 ans, peut être avant pour quelques terroirs, dans l’attente il faudra bien se contenter de l’IGP ?.
 Nous avions demandé que cette réforme « Languedoc » soit faite lorsque la hiérarchisation de Coteaux du Languedoc serait terminée !!!Comme dans d’autres domaines viticoles régionaux, pas de discussion possible !!!
 
 Mais un problème est pour le moment sans solution prévisible: les Coteaux du Languedoc ont été créés par Jules Milhau en 1960, grâce à l'action, à la Libération, de Philippe Lamour, à partir de quelques terroirs historiques, aux noms reconnus,  Saint Georges d'Orques, Saint Saturnin de Luccian, Montpeyroux, Saint Christol, Saint Drézéry, La Méjanelle, Cabrières, les Coteaux de Vérargues, Langlade, Quatourze. ( Saint Chinian a bénéficié de faveurs politiques en 1981 et a entraîné Faugères, La Clape est dans le train des futures AOP) Ces terroirs historiques  dont l'existence légale est liée à l'appellation Coteaux du Languedoc, maintenant remplacée par "Languedoc" étendue à la région LR, vont subir le repli en IGP, ce qui sera fortement et justement contesté par un certain nombre de caves coop et de producteurs.
Pour ces terroirs historiques, je propose la création d’un syndicat de défense de leur appellation, dont l’objectif principal serait de revendiquer le nom de « Coteaux du Languedoc » dont la disparition est programmée, et de préparer et argumenter leur accession en terroir communal de 3° niveau, le syndicat Languedoc ayant perdu toute légitimité à ce processus.
Afin de permettre un relationnel efficace et des échanges d’informations, entre ces partenaires en difficulté la création d’un blog Internet interactif est possible et souhaitable. Je suis en mesure de le développer.
 
Jean Clavel -22 juin 2008
 

 
 
 
 
 
 

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