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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 00:06

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On ne présente pas Michel Bettane, c'est une référence dans notre univers du vin. Son franc-parler, et son parler juste vont bien à mon petit espace de liberté Vin&Cie. Je l'ai donc soumis à la question dans le cadre de Trois questions à... Il s'y est prêté avec bonne grâce et je l'en remercie.

1ère Question :Michel Bettane, dans une interview récente à l'agence Agra-presse vous déclariez, à propos du rapport qualité/prix des vins français : " au-dessous de 10 euros nous ne sommes pas bien placés. Au-dessus, oui. Pourquoi ?

" La spécificité des meilleurs vins français est d'être des vins d'appellation, provenant de vignobles délimités, expressifs de leur origine. Or produire des vins expressifs d'une origine, et pas seulement d'un cépage, demande un niveau de discipline dans le travail, autant de la vigne qu'en cave, qui est fort coûteux. Ne serait-ce d'ailleurs que la notion de rendement limité. Si on considère qu'un vin dilue le caractère de son origine à plus de 50hl/ha pour 10000 pieds en état de production (donc 25hl/ha pour 5000 pieds et... 12,5hl/ha pour 2500 pieds, densité habituelle dans le sud de la France) on se rend compte qu'il faudra le vendre deux ou trois fois plus cher qu'un vin de "cépage" normal pour en rentabiliser la production. Dans l'état du coût du travail en France, du coût de la vigne et de l'avidité du fisc, un prix public de 10 euros TTC me semble un prix minimum pour un vin d'appellation. Le drame est, qu'entre 5 et 10 euros le vin de "cépage" ou le vin industriel peuvent dans leur jeunesse donner un plaisir immédiat supérieur. On peut néanmoins trouver des vins artisanaux en France, agréablement buvables, à partir de 6 ou 7 euros, mais ils exprimeront rarement avec précision une origine et surtout leur continuité de qualité d'une année sur l'autre n'est pas assurée !

2ème Question : Alors Michel Bettane que faire pour que notre système d'AOC retrouve une lisibilité qui donne au consommateur ordinaire de vin ou à celui qui voudrait le devenir la certitude que ce qu'il achète vaut bien le prix proposé ?

" L'Etat n'est pas en mesure, et ne l'a jamais été, de garantir la qualité d'un produit agro-alimentaire (pas plus que le talent des individus) mais leur conformité à des normes. Ces normes dans leur fixation et leur contrôle ont été délégués, dès 1936, aux producteurs eux-mêmes. Par leur laxisme et leur comportement irresponsable les producteurs ont progressivement déconsidéré l'AOC auprès des professionnels (surtout étrangers) et même auprès du public. Mais je ne vois pas comment faire autrement. C'est à ces mêmes producteurs de se prendre en main et de convaincre qu'ils sont en mesure de contrôler le respect des conditions de production qu'ils ont fixées ! Je ne crois pas à l'efficacité supérieure d'organismes indépendants car il n'y a, par exemple, aucun diplôme capable de garantir qu'un dégustateur est à même de juger de la conformité d'un vin à l'expression de son origine ! Mais ne pleurons pas : faire du vin et du bon vin ne relève pas de l'exploit, et un viticulteur n'est pas comparable en cela à un grand chirurgien ou à d'autres métiers infiniment plus compliqués dans leur exercice quotidien. Un peu de rigueur et d'honnêteté suffisent... A condition de pouvoir vivre décemment de son métier en le pratiquant selon les règles d'un art qui reste à la portée du plus grand nombre.

3ème Question : à votre avis Michel Bettane la réforme de l'INAO va-t-elle dans le sens de la rigueur que vous souhaitez ?

Je ne suis pas en mesure de porter un jugement sur une réforme qui n'est, pour le moment, qu'un souhait, même si la puissance publique la veut et est en mesure de la rendre obligatoire. La réécriture pour chaque appellation de ses décrets est nécessaire, pour les moderniser, les ouvrir. Le plus grand reproche qu'on puisse faire à la réglementation de 1936 est qu'elle a arrêté l'histoire : de nouveaux encépagements sont parfois souhaitables, des précisions sur les normes de culture, de vendange, de rendement etc... le sont aussi. Comme je l'ai dit je ne crois pas à l'efficacité de confier à des tiers l'épineuse prise en main de la dégustation obligatoire. Une dégustation obligatoire et après mise en bouteille est absolument nécessaire pour savoir ce qui est vraiment mis sur le marché sous une appellation donnée mais je ne vois pas de solution au sujet de la compétence de ceux qui auront à le faire ! Aujourd'hui ce sont les producteurs eux-mêmes et ils laissent passer des millions de litres de produits insipides, dont le public ne veut plus, tout en rejetant des vins exceptionnels qu'ils ne sont ni en mesure de comprendre, ni d'accepter quand ils les comparent à ceux qu'ils font eux-mêmes ! Des juges indépendants ne seront pas meilleurs sur ce point et le risque reste grand de voir les meilleurs vins rejetés et les vins sans vice ni vertu récompensés. Au marché donc de faire le tri, mais à condition de donner une existence légale à ces vins rejetés, s'ils sont de haute qualité, en autorisant une quatrième dégustation en bouteille un an après mise, où leur caractère apparaît avec plus de clarté, et en confiant cette dégustation à des producteurs "sages" et non au tout venant.

Merci Michel Bettane pour ces propos clairs et nets. Chers lecteurs à vos claviers, le débat est ouvert...


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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Lefebvre David 13/01/2008 22:12

""arrêtons d'employer comme pour minéralité des mots largement au delà de leur acception naturelle.!""La minéralité c'est quoi ? ce sont les sels minéraux, les oligoéléments. Deux notions renseignent en oenologie cette minéralité, ce sont les cendres et l'alcalinité des cendres. Dans l'analyse, on brûle le vin jusqu'à totale décomposition des constituants organiques... il ne reste que les cendres.Regardons du côté des racines car vous le savez les cendres ne sont pas d'origine photosynthétique.Alors ces cendres, d'essence naturelle ou pas ? Et bien prenons deux tomates, l'une de Hollande en culture hydroponique, aux racines à l'air perfusées par une solution minérale nutritive et prenons une bonne tomate du jardin au naturel. Les cendres de la première tomate viendront des minéraux qu'on aura bien voulu lui donner dans la solution nutritive. Les cendres de la tomate du jardin viendront de la terre du jardin.Et à la dégustation on trouvera la première insipide et la seconde du jardin sapide.On le sait sans sel, pas de goût.Et bien M Bettane, la minéralité, c'est encore plus qu'une simple acception naturelle, c'est un indicateur environnemental de la qualité des sols, de comment s'est nourri le fruit !Et un vin d'une vigne de sol compacté, sans vers de terre, "mort" et usé, vous le trouverez trop sucré trop alcooleux, trop astringent, trop ci ou trop ça surtout s'il est issu de rendement réduits, tout ceci parce qu'il n'a pas assez de minéralité.Mais ça les "biocons", ils ne le trouvent pas dans le Ribéreau-Gayon, parce que dans le Ribéreau-Gayon on s'attache surtout aux constituants organiques, à ce que vous savez décrire : tanins, acides, sucres, alcools, arômes... David Lefebvre

tchoo 24/11/2007 09:16

Un salon des refusés!allez chiche!avec un concours à la clé, et je veux bien être dégustateur!!!!!!!!!!

Régis Bourgine 21/11/2007 20:09

Il y a, à mon sens, de la place pour tous, comme dans d'autres filières. De la haute couture, des créateurs, des artisans, du prêt à porter de qualité et du pas cher mal cousu.Que doit être l'NAO au milieu de tout ça ?Je ne sais pas, mais si on commence déjà par former les dégustateurs, intègrer systématiquement des oenologues de terrain aux jurys, assurer la traçabilité des échantillons et des avis, peut-être avancera-t-on un peu ?Si on met en place un contrôle en amont ( vigne/cave) puis en aval ( en bouteille chez le vigneron ou le négociant ) ça ira peut-être mieux ?J'ai rêvé, plus jeune, d'autogestion, le quotidien montre que la nature humaine y est plutôt rebelle dans nos métiers.Par ailleurs, tous les vignerons ne souhaitent pas avoir leur nom sur une bouteille, mais simplement vivre de leur travail, c'est ce qui me plaisait dans Cap 2010, chacun fait son choix.Aujourd'hui, quel choix pour le vigneron de l'Aude ou du Beaujolais qui ne veut  ( peut ? ) pas faire de vin, mais juste du raisin ?Ce n'est pas mon choix, mais c'est ça aussi la viticulture.Régis

Michel Bettane 19/11/2007 12:20

Ravi de retrouver ce garnement de Baudoin qui lorsqu'il ne peut attaquer les idées attaque l'intégrité des gens qu'il aime ne pas aimer (d'où le coup bas sur l'éthique.....!)  : pour Tchoo disons que j'aimerai un jour créer un "salon des refusés" au label qui comprendrait tous les plus grands viticulteurs de ce pays et où on comparerait leurs vins refusés au tout venant de ce qui est labellisé! Je crois que c'est clair....;  pour l'ami Michel la question du commerce moderne capitale lorsque les vins à commercialiser le sont dans le monde et par millions de bouteilles ne relève plus du commerce du proximité (des adresses qui se filent de la main à la main)! Et même tous les braves buveurs ne sont pas aussi bien informés que lui...  un bon vin, de viticulteur sympa n'est pas forcément du "terroir". arrêtons d'employer comme pour minéralité des mots largement au delà de leur acception naturelle.!  Le plaisir c'et avant tout du plaisir pas du terroir sauf à prendre l'un pour l'autre, dérive intellectualiste sympa chez le juif newyorkais mal à l'aise avec l'administration Bush  (type Nossiter) mais pas chez nous où l'on dira plutôt il est bon ce petit sauvignon que il est bon ce petit  machin chose de machin chose.....mb

Michel Smith 18/11/2007 17:36

En réponse à notre éminente référence nationale, je signale les vins plaisirs que je bois un peu partout chez nous, particulièrement dans la Loire ou dans le Languedoc. Leurs adresses se fefilent de la main à la main pour ceux qui aiment la pêche ou de guides en guides pour les plus paresseux. On trouve encore pléthore de p'tits vins bien foutus que j'ose qualifier de "grands" sans avoir l'impression de boire en eux des cépages mais bel et bien du terroir et du vrai, terroir auquel s'ajoute le credo du Vigneron, sa passion, sa gouaille. Un terroir délimité Môssieu, complètement AOC ou pas, un terroir vivant et noble comme disent les dégustateurs. Mais trève de plaisanteries, ces vins-là font de moins en moins partie de la panoplie des dégustateurs qui nous gouvernent tout en s'en défendant. Mais cela n'enlève rien à la science et au parler franc de Michel ou de certains confrères qui fréquentent les plus "grandes" caves du monde. En vins comme ailleurs, on a les plaisirs que l'on mérite !

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