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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 06:00
L'intelligence est-elle vraiment dans le pré ou comment revenir d’1 agriculture de minerai à 1 agriculture de produits ?

En ce temps de Salon des vaches, des cochons et des couvées, surexposé par le défilé des candidats à l’Élysée, je suis frappé par le convenu des discours et des programmes politiques de tous bords.

 

Entre « les barres toutes » de toute obédience, les « on maintient le cap » ou les « on passe la surmultipliée » ce n’est même pas un dialogue de sourds mais une partie de poker menteur où chacun s’appuie sur l’intransigeance du camp d’en face pour camper sur ses positions.

 

Et ça fait des années que ça dure sans que quiconque parmi les politiques, les dirigeants professionnels et celles et ceux qui se vivent comme des lanceurs d’alertes soient en capacité de répondre à ce que l’on qualifie de malaise paysan, du mal être des paysans.

 

Dans sa postface au livre d’Emmanuel Le Roy Ladurie Les Paysans Français d’Ancien Régime, Jean-Marc Moriceau écrivait :

 

« À l’heure où l’on s’interroge sur la place de l’agriculture en Europe et où le projet de loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, voté en septembre 2014, peine à préciser l’identité des « agriculteurs », un regard rétrospectif sur les « paysans » dans notre histoire nationale est le bienvenu. Un regard ouvert, et détaché de tout dogmatisme. Ce parti est d’autant plus sain qu’il peut s’appuyer sur une définition très large des paysans français. »

 

Les penseurs du Think tank Groupe saint-Germain (*) cher au cœur de Stéphane Le Foll dans leur ouvrage collectif L’intelligence est dans le pré (2014) abordaient la même question en partant de l’Angélus de Millet : « Une fois entré dans le tableau nous le voulons humble, les yeux baissés sur la terre et la parole rare. L’image devenue cliché, chacun est prisonnier de l’album photographique et la figure du paysan comme travailleur, comme personne agissant dans la modernité passe au second plan. »

 

Le métier a changé disaient-ils, erreur ce sont maintenant des métiers qui vont du quasi-salarié fournisseur de minerai pour l’agro-alimentaire à l’agro businessman en passant par celui de producteur-transformateur en vente directe, de serriste hors-sol, de petit producteur de…, avec des approches radicalement différentes de leur relation à la terre ou à leurs animaux ou de l’élaboration de leur produit : le cas du vin étant très emblématique.

 

Le couplet sur les années 60, l’autosuffisance alimentaire, la révolution verte et silencieuse, la mécanisation, l’intensification, la dépendance vis-à-vis de l’aval tant des IAA que de la GD, le pétrole vert, l’ouverture au grand large, la fin des politiques communes protectrices, la pression des contraintes environnementales, l’isolement de plus en plus grand des paysans, font que toute tentative de dresser le portrait-type du paysan est voué à l’échec.

 

Personne n’échappe à une vision caricaturale des paysans : pour certains ils ne sont aimables que s’ils sont petits, accrochés à leur terre, soucieux de leur terroir, de leur produit, pour d’autres ils se doivent d’être dans l’hyper modernité : OGM, robot de traite, carburant vert, chimie verte, marché à terme, tour de séchage pour lait infantile exporté en Chine… Et les petits franciliens, eux, iront s’esbaudir Porte de Versailles sur la plus grande ferme de France devant des animaux carrossés comme des prototypes et lorsqu’ils rentreront ils demanderont à leurs parents un bon yaourt La Laitière avec un « Vermeer » sur l’étiquette…

 

Cette diversité a toujours existée même si elle s’est amplifiée avec la modernité et occuper le 78 rue de Varenne n’est, n’a jamais été, une sinécure. La FNSEA joue sur du velours, avec la droite au pouvoir elle est en phase : Bruno Le Maire dans son livre ne dit rien d’autre qu’il était au service de la Profession agricole ; avec la gauche gouvernementale elle souffle le chaud et le froid pour mieux imposer sa loi. Le bilan calamiteux de Stéphane Le Foll, recordman de durée au 78, le montre de façon criante. Le seul bénéficiaire de son passage est son directeur de cabinet propulsé à la présidence de l'INRA.

 

Je lisais sur Twitter qu’un jeune loulou était vénère que le gouvernement donna des gages à la FNSEA.

 

Que faire alors ?

 

Changer de modèle clament les Verts !

 

Certes, mais on ne manœuvre pas un porte-avion comme une goélette : rappelons-nous la détresse des salariés bretons face à la désintégration de la filière avicole intensive et la crise des abattoirs de porcs. Le virage ne peut être que progressif, pragmatique, accompagné d’une réelle évolution de notre modèle alimentaire qui passe prioritairement par des achats en GD.

 

Nous sommes aussi le système, les radicalités sont des aiguillons nécessaires mais surmonter nos propres contradictions, ne pas tout demander aux autres, permettra une réelle et salutaire inflexion. Le temps long cher à mon vieux mentor facétieux Michel Rocard.

 

PS. Le Groupe Saint-Germain (*), j’en ai fait partie jusqu’en 2007, je l’ai quitté car j’estimais qu’il manquait autour de la table les principaux intéressés : les agriculteurs, les éleveurs, les viticulteurs ce qui conférait à nos réflexions un côté hors-sol c’est—à– dire déconnecté de la réalité.

 

Parce que le monde change, Il est vital de repenser le projet de l’agriculture  ICI 

 

On ne change pas une société par décret écrivait Michel Crozier en 1979.

 

La multiplication des lois, avec nom de Ministre incorporé, qui se disent d’orientation, de modernisation, d’avenir, ne sont que des cataplasmes sur une jambe de bois.

 

Ce ne sont que des chapelets de « bonnes » intentions qui ne s’appuient sur aucun moyen d’action. Toutes les transitions, énergétiques, sociétales, sociales exigent un travail de persuasion du corps social concerné. Travail qui n’est jamais fait. Nous procédons, lorsque nous sommes face au mur, par à-coups sous la pression et les dégâts collatéraux sont importants.

 

(*) Ce groupe de réflexion multidisciplinaire rassemble une quinzaine d’universitaires, de chercheurs, d’experts publics et de responsables professionnels, figurant parmi les meilleurs connaisseurs du monde agricole et rural français et international. Ont participé notamment à ces travaux : Gilles Allaire, économiste, Jacques Berthomeau, spécialiste de la viticulture, Vincent Chatelier, économiste, Jean-Claude Flamant, agronome, Bertrand Hervieu, sociologue, Jean-Luc Mayaud, historien, Jean Viard, sociologue… Ces échanges réguliers ont pour objectif d’éclairer les enjeux, les dynamiques et les tensions qui traversent nos territoires ruraux afin de contribuer à revisiter le projet de l’agriculture et de la ruralité, de ses territoires, ses fonctions, ses hommes et ses femmes. En clair, une redéfinition des politiques agricoles en France et en Europe. Avec pour but d’intégrer les données économiques, sociales et environnementales afin de proposer une vision partagée par le plus grand nombre, capable d’offrir aux agriculteurs un revenu, une reconnaissance et une légitimité dans la société.

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