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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 06:00
Revendiquer une définition officielle du vin nature équivaut à demander d'autoriser les mobylettes à circuler sur les autoroutes…

Je l’écris tout net les vins natures sont des vins de chemins de traverse sur lesquels on roule à mobylette sans casque, ce sont des vins de liberté. Vouloir les définir officiellement équivaut à les enfermer dans des carcans rigides et simplificateurs, à les livrer sur un plateau aux opportunistes. Les vins nature ne sont pas que des vins, en effet hormis leurs qualités liées à des modes culturaux respectueux de la nature et des hommes qui cultivent la vigne, et à un non-interventionnisme maîtrisé, ils ont fait naître un nouvel écosystème où se retisse entre le producteur et le consommateur de nouveaux liens de confiance et de respect mutuel.

 

Par ailleurs, les vignerons naturistes sont-ils vraiment en attente d’une définition de leur vin ?

 

Je ne sais car je n’ai jamais rencontré de vignerons qui posent ce préalable pour se défendre, non des imitations du négoce, mais de leurs chers collègues au sein de leur appellation. Un vin nature ayant un cadre juridique clair ne se verrait pas pour autant agréé dans sa propre appellation du fait de cette définition qui encadrerait la manière de faire ce vin.

 

Le combat ne se situe donc pas dans une exigence de définition du vin naturel mais consiste à tout mettre en œuvre pour que les appellations ne soient plus des carcans normés, certifiés, uniformisés, qui excluent ceux qui empruntent d’autres routes qu’eux.

 

Le vin a toujours occupé une place à part au sein de l’agriculture française, le viticulteur produit du raisin qu’il transforme, lui-même ou via une coopérative, en vin (le viticulteur peut aussi vendre son raisin à un négociant ou à un autre viticulteur pour qu’il le vinifie), c’est l’unique et première transformation que subit le raisin. Ce vin peut ensuite soit être commercialisé en vrac pour être embouteillé par un négociant ou une coopérative ou vendu en direct par le vigneron.

 

À Paris, comme dans beaucoup de grandes villes, les restaurants affichaient « vins de propriété » pour bien marquer la différence entre les vins produits par des vignerons et ceux vendus par le négoce. De façon ironique je faisais remarquer que dans beaucoup de châteaux prestigieux de Bordeaux les vins étaient des vins de salariés.

 

La vieille césure : vin de cave particulière aujourd’hui vigneron indépendant/ vin de coopérative ne signifie pas grand-chose car très souvent depuis l’irruption de l’œnologie moderne, avec son cortège de conseillers et de vendeurs de produits, ces deux types de structures utilisent les mêmes process. L’artisanat n’est pas un marqueur de différenciation.

 

Donc, même si la dénomination « vin industriel » fait florès dans les milieux naturistes il n’existe pas en France une industrie de transformation du raisin en vin sur le modèle des wineries du Nouveau Monde.

 

Mais en France même ce qui est simple est devenu compliqué.

 

Les bonnes vieilles AOC, où seule l’origine était contrôlée, se sont engouffrées dans le grand sac indistinct de la qualité certifiée par des organismes extérieurs. La norme, l’air de famille, des cahiers des charges : quel bénéfice en tire le consommateur ?

 

Boit-il en confiance ?

 

La grande majorité des acheteurs de vin ne se posent pas ce genre de question.

 

Reste les autres, ceux qui se préoccupent de l’impact de la conduite de la vigne sur son environnement. Ils ont à leur disposition des certifications bio et biodynamie. Fort bien, mais voilà qu’il est arrivé un petit nouveau dans la cour : le vin nature qui fout un joyeux bordel.

 

Voilà, nous en sommes-là, et le vieil observateur du marigot du vin que je suis doté d’un ADN de post-soixante 8 hard non révisé, ne partage pas les craintes exprimées par Antonin Iommi-Amunategui ci-dessous. * Bien au contraire je suis optimiste dans le devenir d’une nouvelle manière d‘acheter et de consommer, qui dépasse largement celle du vin.

 

Pour moi c’est là que se situe la vraie révolution citoyenne où le consommateur et le producteur tissent des liens de confiance qui sautent à pieds-joints par-dessus les pseudos protections édictées par mes industries agro-alimentaires qui équivalent à des boîtes noires d’où sortes des « objets comestibles non identifiés » comme le dit le sociologue de l’alimentation Claude Fischler. À trop vouloir protéger les gens on les déresponsabilise : on a beau tracer, coller des étiquettes dans tous les sens on ne sait pas toujours ce qui y a été ajouté.

 

Le combat pour le bien manger et le bien boire est unique, il ne souffre pas, si je puis dire, que ceux qui y prennent part s’égare dans des impasses qui font le jeu de ceux qui prétendent nous nourrir pour deux balles de produits transformés d’origine et de composition indéterminée.

 

80 % de ce que nous mangeons est composé de produits transformés.

 

* « Pas de règles, c’est le Far-West. Et comme le vin naturel marche de mieux en mieux, forcément les industriels tentent de récupérer le truc. C’est qu’il y a une vraie niche de buveurs qui, sans être forcément CSP++, ont en général les moyens de mettre 10-15 balles dans une quille ; c’est que les médias traditionnels s’y intéressent de plus en plus ; c’est que tous les projos sont braqués sur ce pinard naturel. C’est tristement facile de faire du beurre sur le dos du naturel puisque, encore une fois, il n’y aucun cadre juridique clair – c’est récup’ partout, justice nulle part. Du coup, nos industriels pinardiers, dont on retrouve les vins dans tous les linéaires des supermarchés, se la jouent surfeurs d’argent de la tendance et déclinent le concept à fond : « cuvée Naturae », « Naturalys », « Natur-machin-chose », « Sans-soufre-style »… Ils se lâchent. Mais ces vins, évidemment, si l’on se fie à la définition que j’ai donnée plus haut, ne sont pas naturels pour un sou. Ils en reprennent seulement certains codes, certains clichés, et in fine valent souvent à peine mieux que les obus chimico-conventionnels vendus juste à côté d’eux, dans le Carrouf ou le Franprice où on les trouve (rappel utile : les vins naturels dignes de ce nom ne sont vendus que chez les cavistes indépendants).

 

Selon moi, c’est d’ailleurs un argument imparable pour justifier qu’on reconnaisse et définisse enfin, officiellement, le vin naturel – sans quoi le grand n’importe quoi continuera de débarouler, et les vignerons naturels finiront juste par être engloutis sous les millions de litres de ces vins 100 % marketings et artificiels. »

 

Les « miracles » des architectes du vin par Isabelle Bunisset

 

Stars de la viticulture, "faiseurs" de vin, magiciens, hommes de l'ombre, les consultants travaillent à améliorer des crus de petite réputation, à en changer l'image. Et, surtout, la qualité.

 

Grâce à leur savoir-faire et leur pugnacité, des vins, issus d'appellations méconnues et mésestimées, peuvent rivaliser avec les plus grands. Les dégustations à l'aveugle organisées dans le monde entier l'ont prouvé maintes fois. Les polémiques aussi. 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Jungmann 19/11/2015 20:34

Bonjour Jacques,

Permettez moi de ne pas être d'accord. J'ai trouvé au moins 3 Beaujolais Nature en GD à l'occasion de la sortie des primeurs (dt Monoprix pour ne pas rester dans l'offre qu'on a en région). Je pense que cela montre que des responsables de la GD et (certain de) leurs clients s'intéressent à ces vins !
Pour les autres "vin nature" déjà présent d'un bout de l'année à l'autre, je ne sais pas comment ils sont fait, mais je ne vois pas pourquoi ils seraient issus de raisins traités chimiquement dans des doses "non réfléchie".

A bientôt

Jungmann 13/11/2015 07:04

Interdire à la GD de vendre des vins nature ? Quelle drôle d'idée. Tous les cavistes sont-ils si irréprochable dans leur sélection ? Bien sûr que non (et les clients de la GD ne sont pas tous des abrutis). N'est ce pas gratuit d'attaquer ainsi au moins un gros négociant et au moins une cave coop (qui aime son Z) ? Les raisins qui servent à faire ces cuvées sont-ils traités comme les autres ? Plein de produits chimiques ? Ou pas ?

gakkiongaku 30/03/2016 13:11

Si vous destinez le vin nature à la GD vous etes passés à côté de l âme et de l histoire de ce type de vin. Vous passez aussi à côté de tout les cavistes et ou bars à vins qui parlent de leurs vins avec passion, amour, respect et precision et qui connaissent les processus de vinification sur le bout des doigts ainsi que ttes les techniques particulières employées dans l élaboration, l élevage de ces vins natures. Les vins natures sont fragiles au transport, à la manipulation je les vois déjà mourir sur les grandes étales lumineuses, quel désastre. Et pkoi faire toujours le même chemin du produit qui tombe sous les yeux, ou dans les bras du consommateur. Le consommateur est encore capable je penses de chercher ces produits, de s interesser, et d aller débusquer des produits qui dénotent. J en aurais encore à dire mais on va s arrêter là. Alors ne nous aplatissez pas tout, merci. La différence est une invitation à l universalité,il n est en rien obligatoire d uniformiser, tout ce qu' on mange, tout ce qu' on boit, tout ce qu' on voit, tout ce qu' on vit. Et je vous invite vivement à parler aux amoureux du vin nature et de leur processus, de parler avec les vignerons aussi et je penses que pour la plupart déjà , il ne voudraient pas de leurs vins dans laGD. Merci pour l espace d expression et pour l écoute.

JACQUES BERTHOMEAU 13/11/2015 08:07

il ne s'agit en rien d'interdire quoi que ce soit mais du choix fait par les vignerons et les consommateurs... de plus les cuvées nature sont de petits volumes qui ne convient pas à la GD...

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