
1ière Question : A propos du film documentaire « Pontet-Canet les 4 saisons » d’Arnaud Ducoux j’ai noté deux phrases : la première « mettre en valeur le travail et la passion du château Pontet-Canet, dévoués à la naissance d’un grand cru classé, en mélangeant esthétisme et émotion, dans le respect de ses traditions ! » et la seconde « l’idée était de faire un film non élitiste, permettant tant aux professionnels de pouvoir confirmer les qualités exceptionnelles de ce 5ème cru classé, mais aussi de faire découvrir auprès d’un public moins initié toute la dimension de ce château prestigieux ! » Alors, Alfred Tesseron : travail et passion, une approche non élitiste, respect des traditions… ce sont vos valeurs celles qui vous ont guidé pour faire du château Pontet-Canet ce qu’il est aujourd’hui : une belle réussite « On ne saurait trop souligner le travail extraordinaire du propriétaire Alfred Tesseron qui a lui-même présidé à la transformation radicale de la qualité des vins de Pontet-Canet depuis 1994. » comme l’écrit un connaisseur.
Il faut de la passion car nous avons eu des périodes difficiles, notamment lorsque mon père, qui était d'une autre génération ne comprenait pas les efforts et les sacrifices que je souhaitais pour monter la qualité. Nous avons toujours essayé de respecter les objectifs que nous nous étions fixés, quelque soit les difficultés rencontrées. Parfois, il a fallu plusieurs années mais on a gardé le même cap. Nous n'avons jamais cédé à la facilité.
Quelques exemples sont significatifs.
Tout d'abord, la réhabilitation du cuvier en bois : nous avons changé 16 cuves sur plusieurs années. Malgré ces investissements lourds, nous avons gardé les mêmes priorités même si d’autres pouvaient se dessiner ailleurs certaines années.
Dès 1998, nous avons pensé à ce qu'il y avait techniquement de mieux pour le respect du raisin et nous avons mis en place la récolte en petites cagettes. Alors que le système était encore rarement égalé, nous l'avons amélioré plusieurs fois, toujours au seul profit de la qualité du vin que nous produisons.
Enfin, il ne faut jamais oublier le travail qui doit être à la hauteur des objectifs fixés.
Pour réussir, il faut être sur le terrain, tout le temps. Un vignoble livre tous ses secrets au compte-goutte. Parfois, on passe des années à un endroit avant de découvrir un élément qui va nous aider à comprendre un peu mieux le terroir. Tous les jours, on progresse un peu, même si on ne s'en rend pas compte.
Je n'oublie pas non plus la promotion qui constitue une part importante de mon activité. Il ne sert à rien de faire du bon vin si personne ne le sait! Cela me permet également de bien ressentir la distribution de mes vins et de connaître les attentes des professionnels et des consommateurs.
Réponse d'Alfred Tesseron :
Nous pensons que l'amélioration de la qualité que nous avons connue depuis 20-25 ans notamment à Bordeaux ne peut que nous amener à un palier si on conserve toujours les mêmes "recettes". Depuis quelques années, Jean-Michel "épure" sa viticulture de toute action agressive pour revenir aux fondamentaux qui ont conduit à la suppression du rognage, de l'effeuillage et des vendanges vertes, qui ne sont plus que des actions chirurgicales. C'est une viticulture ambitieuse mais complexe à mettre en œuvre.
L'arrivée des chevaux doit être replacée dans ce contexte d'actions à long terme. Il convient d'arrêter d'agresser les sols comme nous avons pu le faire pendant des années avec une accélération récente.
Il est évident que depuis 1950, les contraintes sociales ont beaucoup évolué et il faut intégrer cette réalité comme pilier incontournable dans le projet. Nous partons donc d'une page blanche ou presque.
Il y a un an que nous mûrissons ce "retour vers le futur" en passant en revue dans notre tête toutes les contraintes mécaniques, humaines,… qui sont susceptibles de se poser à nous.
La situation actuelle n'est que transitoire. Si tout fonctionne, on prévoit de l'étendre progressivement à l'ensemble du domaine. Dans le cas contraire, on en tirerait les conséquences pour revenir à des méthodes plus "classiques », mais nous mettons tout en œuvre pour réussir.
Réponse d'Alfred Tesseron :
J’espère avoir la chance de connaitre Monsieur Alain-Dominique Perrin, qui, à mes yeux, a su faire de Cartier une marque mondialement reconnue dans la haute joaillerie.
Le prix des Grands Vins n’est jamais artificiel : L'offre est très limitée, la demande mondiale forte et les prix flambent.
Cela ne remet cependant pas en question le sérieux de vignerons qui sur des terroirs plus difficiles produisent de bons vins.
En achetant Pontet-Canet en 1975, mon père a fait un pari osé qui n'était pas gagné d'avance. J'en suis maintenant copropriétaire avec mon frère Gérard et je mesure la chance qui est la mienne.
Actuellement, je ne pourrai pas m'offrir un tel cru.
J'invite Monsieur Perrin à nous rendre visite afin qu'il constate par lui-même le caractère magique de ces grands terroirs bordelais.
