La diagonale du ouf est la fille spirituelle de la Transversale d'Alain Geerbrant (éditions Babel n°320):" C'était cela qu'il fallait faire, aller dans le sens du danger, le toucher du bout du doigt de telle façon que sa force elle-même nous rejette après nous avoir attiré (...) J'étais encore indécrottablement rationnel, prétentieux, timoré et avare dans ce dedans de ma tête de Blanc qui croit détenir le pouvoir de commander au mouvement en s'opposant à lui, de se fondre en lui, d'abord, et d'obéir ensuite à ce que décide le corps." A ce stade je sens, chez certains d'entre vous, un léger flottement, une oscillation qui vous incline à penser, qu'en effet, je suis totalement ouf et, qu'à mon âge, c'est incurable. Je veux bien en convenir mais, si vous m'accordez encore le peu du crédit que vous aviez en moi avant de lire ces lignes, permettez-moi de m'expliquer.
Entre le vin et moi, rien de rationnel, comme pour ce qu'on dénomme amour entre adultes consentants c'est d'abord le corps, dans toutes ses composantes, qui exulte. Nul besoin de mots, même si bien sûr ils sont aussi de la fête, j'aime ou je n'aime pas. C'est la sublime simplicité de l'amour. Tous les jours, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, où que ce soit, je suis toujours prêt à tomber amoureux. Dire pour autant qu'elle soit belle, que je la classifie, l'épingle sûr un tableau de chasse, la compare en une verticale ou une horizontale, relèverait d'une forme vulgarité à laquelle je ne succombe pas. Seul compte l'échappée belle, la diagonale du ouf, où l'avant est toujours sublime, l'instant parfois céleste, l'après souvent dissous dans le flou des souvenirs. Qu'importe ! C'est l'insoutenable légèreté de l'être insoucieuse des docteurs de la loi, des pharisiens, des juges aux élégances ou autres docteurs ès-bouches cul-de-poulizées. Le plaisir, rien que le plaisir, et le plaisir si l'on se laisse aller dans le toboggan de la diagonale du ouf on peut le trouver partout.
La preuve, en vadrouille dans le pays du Der, cherchant le premier soleil se mirant dans une mer intérieure créée pour sauver Paris des eaux, là où les grues cendrées dessinent dans le ciel de fines et voluptueuses arabesques, cherchant une table pour déjeuner dans une suite étrange de restaurants complets, je me suis retrouvé "Au joli Bois". Auberge kitch, clientèle doucement vieillotte, menu traditionnel, et ô surprise de chez surprise : carte des vins éclectique et originale, y'avait même du Cellier de Marrenon de mon ami Piton. Bref, avec ma tête de veau - pas la mienne, celle de l'entrée - et le filet de sandre je jetai mon dévolu sur un vin de Pays des Côteaux de Coiffy.
Interro écrite : "cé où ?"
Décret du 02.11.89 – JORF du 08.11.89
Art. 2. – Pour avoir droit à la dénomination “ Vin de pays des coteaux de Coiffy ”, les vins doivent être issus de vendanges récoltées sur le territoire des cantons suivants :
− zone de Coiffy-le-Haut : canton de Bourbonne-les-Bains ;
− zone de Coiffy-le-Bas et zone de Laneuvelle : canton de Terre-Natale.
Art. 4. –
Pour avoir droit à la dénomination “ Vin de pays des coteaux de Coiffy ”, les vins doivent provenir des cépages suivants, à l’exclusion de tous les autres : chardonnay B, auxerrois, pinot noir, pinot gris, gamay noir à jus blanc, pinot blanc B, aligoté B, arbane B, petit meslier B. meunier N.
Si la photo ci-contre ne vous guide pas, bon prince je vous donne un indice : c'est dans l'arrondissement de Langres et, pour un gars de la communale comme moi, le plateau de Langres c'est là où la Seine prend sa source. Bon, comme beaucoup pataugent, c'est avec plaisir que je note que Xavier Darcos va remettre nos chères têtes blondes même dans les livres de géographie. Pour faire simple : j'ai bu un vin rouge issu du vignoble de la Haute-Marne (à noter que pour le rosé c'est du Vdp de Haute-Marne). Vaste programme aurait dit le Général Haut-Marnais d'adoption à Colombey-les-Deux-Eglises.
Bref, le Pinot Noir 2004 de Florence Pelletier propriétaire-récoltant à Coiffy-le-Haut 52400, m'a ravi dans sa bouteille élégante par sa gentille et agréable simplicité. Ce vin allait bien avec le temps qui avait un avant-goût de printemps. Confidence pour confidence, n'en déplaise à mon ami François connétable de Bourgogne, ce roturier valait bien mieux que beaucoup de ses voisins bardés de quartier de noblesse. Fallait-il encore le choisir pour le vérifier. Ce que, adepte de la diagonale du ouf, le bon plaisir, j'ai fait. Bon, si je n'ai pas convaincu les sceptiques qui ont eu le courage d'aller au bout de mes élucubrations je le regrette mais en tirant de l'ombre et les Coteaux de Coiffy et le vignoble de la Haute-Marne j'ai fait mon boulot de défricheur de notre belle France du vin...
