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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 00:09

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« Arrive un moment dans la vie où, si tu veux boire les bouteilles que tu as achetées, il ne faut plus miser sur des vins de garde.


De longue garde, je veux dire. Je parle pour moi, évidemment, qui viens de recevoir ses premiers chèques de pension de vieillesse.


Je vise tout au plus, maintenant, des vins qui ont un potentiel de vieillissement maximum de dix ans.

 

J’espère évidemment vivre plus longtemps encore, mais en même temps je ne vois pas l’intérêt de risquer sur des bouteilles de l’argent dont j’ai peur de ne plus jamais revoir la couleur ni humer l’odeur »


Ce n’est ni le Secrétaire-perpétuel justement autoproclamé de l’académie des Vins Anciens François Audouze, ni moi-même, tout aussi autoproclamé Secrétaire-perpétuel de l’Amicale du Bien Vivre, dites des Bons Vivants, qui avons écrit ce qui précède mais un chroniqueur de la belle province Claude Langlois du Journal de Montréal.link


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Les vins sont faits pour être bus et non thésaurisés, les caves ne sont ni des geôles pour condamnés à perpète, ni des mausolées, mais des endroits secrets, des cavernes d’Ali Baba où les belles bouteilles attendent leur heure. Mais la question qui taraude tout possesseur de beaux flacons, je n’écris pas grands car je laisse à chacun la liberté de son échelle de valeur, est bien sûr : quelle est la meilleure heure, le meilleur moment pour les ouvrir ?


Le vin a bien sûr un âge, celui que lui attribue son millésime, mais pour autant dans le secret de son flacon il garde entier tout son mystère en dépit des caractéristiques de son année de naissance : comment a-t-il affronté le poids des ans ? Son ticket est-il toujours valable ? S’est-il bonifié ? Est-il fatigué ? A-t-il gardé la vivacité de sa jeunesse ? Je ne sais mais ce que je sais c’est que c’est le pari de François Audouze : donnez leur chance aux vins anciens en les mettant sur la table pour qu’ils soient bus ou dégustés, et surtout appréciés à leur juste valeur.


Mon élevage vendéen – référence vinaire bien sûr – me fait porter un grand respect aux Anciens pour leur sagesse, leur expérience, la transmission… mais l’âge n’est en rien un sésame absolu de sagesse et il faut bien constater que pour les humains le poids des ans ne fait qu’accentuer les défauts comme les qualités. Sous forme de boutade, comme Roger Ferdinand, un auteur de théâtre de boulevard « Ce qui me gêne ce n’est pas mon âge, mais l’âge des gens qui ont mon  âge ». Bien sûr il ne s’agit pas ici pour moi de l’âge des artères mais de celui de la tête.


Est-ce vrai aussi pour les vins ?


Je le crois. Bien des vins anciens ne font pas leur âge, sont d’un commerce bien plus agréable que certains qui, malgré qu’ils affichent un bel âge, la force de l’âge, devraient être mis à la retraite d’office pour sénilité avancée.


Trêve de ma petite philosophie de comptoir car il est temps d'entrer dans le vif du sujet : la 21e séance académique qui se tient au restaurant Macéo. Nous sommes 39 et nous allons partager une cinquantaine de vins. Nous sommes répartis en 3 tables. Je suis à la n°1, celle de François Audouze, et Gabrielle Vizzavona se tient à mes côtés afin d’éclairer ma faible lanterne d’amateur. Chaque table se voit affecter un lot de vins  anciens (voir répartition)


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Nous prenons l’apéritif debout, c’est un champagne le Brun de Neuville Millésimé 2003, élaboré par la maison d’un des académiciens. Commentaire de François Audouze « D’une année atypique, il est une agréable surprise et on y revient volontiers. Les gougères donnent de la douceur à son côté lacté. »


Gabrielle est sur la même longueur d’onde, enthousiaste « Nous débutons par un champagne vraiment excellent, un le Brun de Neuville 2003, plait-il ? Oui il plait beaucoup. Vif, autolytique, parfait pour s’éveiller en douceur et avec élégance. »


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Nous passons à table. Gabrielle a trouvé les mots pour nous introduire avec élégance et humilité dans le Saint des Saints. Je vous les livre.


« Chez François Audouze,  nous avons tacitement signé une clause de distinction, d’histoire, au profit de vins dénués de toute vulgarité. Et, devant eux, sans préjugés, nous nous sentons tous bien désarmés, réduits au plus petit atome, celui de l’énergie universelle qui les habite.


Mais aussi, nous nous sentons… bien jeunes !


C’est bon, ça fait parler – ou pas – et peu importe, car c’est un moment très personnel au final. La solitude oui, mais dans le partage !


Ça vibre comme une musique plus profonde, sous les pas et les anecdotes de François  qui tourne en salle, comme une mariée bénie par ses hôtes privilégiés… Une joie contenue mais palpable, une ambiance presqu’un peu mystique !


Tout prend une dimension nouvelle, incertaine, fébrile. Mais c’est normal après tout, le vin n’est-il pas censé enfermer les secrets de l’humanité ?


Il n’y a qu’à regarder de plus près la liste des doux flacons. Qui ne se sentirait pas fébrile devant elle… ? »


Les coups de cœur de Gabrielle voir photos ICI link


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1-      Puis ce Champagne Chauvet magnum 1914 un nez balsamique, à peine oxydé, encore tellement frais, un caramel en bouche, une couleur ocre, une beauté.


2-      Mâcon Viré André Bonhomme 71 merveille Alsacisante,  légèrement goudronnée, l’un des flacons favoris de la soirée. Salivant à souhait.


3-      Château Bel Air Marquis D’Aligre 1961 : pour moi, le Dionysos de  cette merveilleuse soirée, au nez, une confiture de fruits noirs, une bouche d’une vivacité prenante, profonde, longue. Fabuleux. Une dissociation nez/bouche très flatteuse, le fruit, confituré fait place à beaucoup de vie.


Accord personnel avec Gabrielle et François Audouze qui s'étonne « le Mâcon Viré André Bonhomme 1971 est une immense surprise. Que ce vin puisse atteindre un tel niveau de perfection est incroyable car on a exactement ce que l’on rêverait de boire si l’on désire un blanc charnu équilibré, profond à la lourde trace en bouche. C’est très probablement la plus belle surprise de ce dîner mais il y en aura d’autres. »


Comme le maître de céans j’estime «que la Bourgogne veut faire un concours de jeunesse, car le Chambolle-Musigny Pasquier Desvignes 1934 est facile à vivre, tranquille, aimablement bourguignon. » Comme lui j’ai adoré le Corton Clos du Roi Camille Chandesais 1957 et comme il le note avec pertinence « Et comme si c’était la soirée des concours, le Chapelle-Chambertin Louis Trapet 1974 se met à vouloir lutter avec les deux autres pour afficher sa « bourgognitude ». Bien que de deux Côtes différentes, le Corton et le Chapelle-Chambertin ont beaucoup de points communs car ils ont la grâce délicate que donnent les petites années. »


Vous allez me reprocher de m’abriter derrière les commentaires de Gabrielle et de François Audouze, de ne prendre aucun risque, d’être frileux, petit bras et tout le tralala. Et alors, j’ai fait mon choix et si j’emprunte leurs mots ça n’enlève aucun poids à mes préférences.  C’est clair pour moi les rois de la soirée ont été les vins bourguignons avec la palme au Mâcon-Viré. Comme Gabrielle j’ai aussi beaucoup apprécié le Château Bel Air Marquis D’Aligre 1961 et comme notre maître de cérémonie le Château Lafaurie Peyraguey 1926 « noir comme du café » d’un café qui exhale la fraîcheur des agrumes m’a séduit par son équilibre. C’est le sauternes comme je l’aime, dans sa plénitude.


Le classement  de François Audouze


1 – Palmer 1900,


2 – Champagne Chauvet magnum 1914,


3 – Mâcon Viré André Bonhomme 1971,


4 – Château Lafaurie Peyraguey 1926,


5 – Champagne Dom Pérignon Œnothèque 1969.


Est-ce un bon choix, je ne sais pas.

 

L’ensemble des commentaires de Gabrielle


Nous  débutons par un Champagne vraiment excellent, un le Brun de Neuville 2003, plait il ? Oui il plait beaucoup. Vif, autolytique, parfait pour s’éveiller en douceur et avec élégance.


Puis ce  Champagne1914, un nez balsamique, à peine oxydé, encore tellement frais, un caramel en bouche, une couleur ocre, une beauté.


Dom Perignon  69, année érotique. Classique mais classieux,  difficile de passer après le 1914, qui avait tellement d’âme.


Mâcon Viré André Bonhomme 71 merveille Alsacisante,  légèrement goudronnée, l’un des flacons favoris de la soirée. Salivant à souhait.


Le Palmer 1900 (ou pas loin)  D’une densité particulière, du cuir frotté au cirage par un homme fumant un gros cigare ! Surprenant.


Cos d’Estournel 1928  forte piqure acétique, malheureusement.


Château margaux 1923 : Encore du cuir au nez, plus léger cette fois ci, une  beauté  presque orientale, aux tannins de taffetas. Une caresse pour nos âmes de pécheurs.


Château Lagrange Saint-Julien années 50 bouchonné (je t’épargne le smiley triste Jacques, je n’en pense pas moins)

 

Château Bel Air Marquis D’Aligre 1961 : pour moi, le Dionysos de  cette merveilleuse soirée, au nez, une confiture de fruits noirs, une bouche d’une vivacité prenante, profonde, longue. Fabuleux. Une dissociation nez/bouche très flatteuse, le fruit, confituré fait place à beaucoup de vie.


Corton Clos du Roi Camille Chandesais 1957 concentré aussi. Remarquablement doux.


Chapelle Chambertin Louis Trapet 1974 de grande fraicheur, mentholé, réglissé, long.


Moulin à Vent 1947 : Se tient très bien,  vaillant, boisé, exprimant avec ferveur des notes de café, de vanillé, de foin, de  céréales. Beau.


Inglenook CS Napa 1978  plein de poivre noir, opulent, marqué par des notes goudronnées, très joli.


ChâteauLafaurie Payraguey 1926 balsamique, notes de noisettes, de raisins secs, d’une infinie longueur.


Marc  de Bourgogne 1970 végétal, fin. Fin


L’ensemble de la chronique de François Audouze avec ses commentaires link

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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