Samedi 27 octobre 2012 6 27 /10 /Oct /2012 14:00

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« Si j’avais su j’aurais venu… au « Théâtre de la Cité internationale » qui est à deux pas de chez moi, je peux y aller à pied, à vélo ou en prenant le 21. C'est en face du Parc Montsouris et c'est un lieu que Patrick Modiano a mythifié.


J’aurais dû lire Rue89 qui nous proposait de gagner dix invitations (cinq places valables pour deux personnes), afin d’assister à la performance « les héros de la pensée » Que fait Antonin pour informer le Taulier.


Ben oui, des héros de la pensée, dont Emmanuel Giraud z’ont, le 20 octobre dernier, de 11h jusqu'à 13h le lendemain, bu en pensant. Putain les janissaires de la loi Evin vont faire des cauchemars rétrospectifs. Passe encore que les intellos aient été, de tout temps, des adeptes de la dive bouteille mais là, mettre en scène des libations en agitant ses neurones, c’est l’équivalent d’un bras d’honneur aux hygiénistes, une provocation, une incitation intolérable à penser en buvant. Ne dit-on pas que la vérité est au fond des verres.


Les spectateurs étaient libre d'entrer, sortir à tous moments, ou même d'amener son sac de couchage. Les tarifs de 11à 22 euros.


Les héros de la pensée donc, de Massimo Furlan, mis en scène par Massimo Furlan, Claire de Ribaupierre au Théâtre de la Cité internationale était  un marathon avec une seule règle : boire en pensant.


Massimo Furlan, selon Laurent Carpentier, accoudé au bar en mangeant des pâtes souligne qu’il « ne cherche rien à prouver L'idée est venue à Bruxelles, on était en tournée pour 1973, un spectacle qui tentait de reconstituer le concours de l'Eurovision de cette année-là, et dans lequel un certain nombre de ces philosophes intervenaient. Le soir, je les écoutais parler. Et j'adore les écouter. Je trouve fascinant ce qu'ils disent, comment ils le disent. »


Bon, comme je n’y suis pas allé, je confie le reportage au gars du Monde :


A comme affinité,

B comme bègue,

C comme colère,

D comme danse,

E comme écho ...


« Echo du canon ! Canon, c'est le nom de ce vin blanc gras et puissant, très long en bouche qui pour moi me paraissait bien illustrer le propos ", explique, facétieux, Emmanuel Giraud, artiste plus que sommelier, issu de l'école du Fresnoy, qui sert ici de maître de l'ivresse et des papilles. Il fait ostensiblement circuler le vin dans sa bouche. " Le viticulteur qui le fabrique s'appelle Hirotake Ooka, c'est un Japonais qui s'est installé dans une grotte sous le château de Crussol du côté de Valence… »

 

« Entrechoquement des verres. Sur scène : deux anthropologues de l'Ecole des hautes études en sciences sociales, Daniel Fabre et Marc Augé ; un historien du Moyen Age à la coupe rock'n'roll, Pierre-Olivier Dittmar ; une écrivaine, Christine Lapostolle ; et trois philosophes : Bastien Gallet versé dans la musicologie, l'Italienne Barbara Formis, spécialiste d'art et d'esthétique, et la Belge Vinciane Despret, psychologue et mention spéciale de notre jury personnel pour ses interventions toujours pleines de piquant et d'intuition. »


« Ici, on dort allégrement et sans vergogne ; là, on boit au goulot et en cachette, car la salle, elle, n'a pas le droit à l'ivresse, ou alors elle va au bar... Ici, on note avec assiduité ; là, un couple de jeunes au look gothique reste enlacé comme une statue géméllique et immuable (à quel moment ont-ils disparus ? Au premier métro du petit matin ? Je ne saurais dire). »


P comme paresse. 2 h 10 du matin


« Toujours le même rituel : au bout d'une heure, Massimo Furlan se lève de son fauteuil en retrait, ajuste sa veste, attrape sur la table derrière lui un trombone, un tuba, et les tend aux philosophes dont le gang se transforme derechef en un big band free - timide au début, mais de plus en plus sonore à mesure que la journée, puis la nuit, avance. 


4 heures du matin. Quelque part entre Q comme " qui-vive " et R comme " ruse ". Autour des philosophes, les corps se lovent sur la scène dans des sacs de couchage, dans les travées, deux filles sont effondrées sous une couette qu'elles ont apportée jusqu'ici. La plupart s'affalent à même leur fauteuil. La nuit n'est plus habitée que par le babil des penseurs et, ici et là, quelque mouvement reptilien. »


Elle est en master de philosophie, il enseigne les lettres en collège. Cet après-midi, il dormait, elle notait ; maintenant, il jubile, elle somnole. « Ce qu'il y a de bien, c'est qu'on est totalement libre de faire ce que l'on veut : se lever, partir, revenir, dormir, un truc impensable dans un amphithéâtre, ou pendant un spectacle. La longueur finalement libère. »  Ils étaient venus pour deux heures, ils resteront toute la nuit.


Laurent Carpentier ne peux s'empêcher d'avoir le sentiment « d'un long (immensément long) voyage en voiture bercé par France Culture. »


L'assistance n'a pas vocation à intervenir. Et c'est tant mieux.

Exit les interventions lénifiantes des insomniaques en mal de reconnaissance.


« Au petit matin, alors que la salle se remplit de nouveau (une petite centaine de philophiles au cœur de la nuit, plus de cent cinquante à l'heure de la messe), nos penseurs commencent à patiner sérieusement. Ça tourne café du commerce, souvenirs et confessions.


Alors que la lumière blafarde d'un ciel tout blanc inonde la coupole du théâtre, Marc Augé, le doyen, 77 ans (l'homme du célèbre Non-lieux - 1992) penche comme la tour de Pise en essayant vainement d'ouvrir un œil digne, non pas tant à cause de l'ivresse (« A vrai dire, ces vins n'étaient pas tous fameux, j'ai des goûts peut-être plus classiques... ») que de la fatigue.


Et quand après Y comme " yé-yé ", on annonce Z comme " Zorro ", on se met à prier que ce dernier arrive fissa. »


Symposion, signifie étymologiquement (en grec) boire ensemble. C’est-à-dire boire et débattre ensemble.


« Le héros, ici, c’est la figure du penseur : celui dont les principales vertus sont le langage et la réflexion. Les performeurs s’engagent donc à aller jusqu’au bout de leur pensée, au-delà de leur fatigue, au-delà de leur résistance à l’alcool, par-delà leurs limites physiques. Ils s’engagent à tenter ensemble de porter le projet jusqu’au bout. Il s’agit de solidarité, de tactique, de ruse, afin de surpasser l’épuisement et l’ivresse : entretenir la conversation le plus longtemps possible, et construire ensemble une pensée vive et inattendue »


Quelques PHOTOS de ce marathon de la pensée arrosée…

 

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : les afterwork du taulier
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