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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 00:09

Étant donné que je me meus (pas mal non) principalement à vélo je fréquente assez rarement le métro. Cependant lorsque je l’emprunte, au retour de mes déplacements ou pour des destinations trop éloignées de ma base, comme tout un chacun je suis confronté à la mendicité. Elle est de plusieurs sortes : musicale, déclamative, de vente, principalement masculine, elle rencontre rarement de l’intérêt, jamais ou presque d’hostilité, elle fait partie du décor d’indifférence et de lassitude des transports en commun. Dans la rue que je sillonne elle est se situe aux feux tricolores avec l’horreur absolue des estropiés transportés au matin par leurs commanditaires, et dans les lieux de diverses chalandises : supermarchés, églises ou de pèlerinages : le lieu le plus couru à Paris est la Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse 40 rue du Bac à Paris à deux pas de la Grande épicerie du Bon Marché.


Pour faire simple il y a donc ceux qui tendent la main, avec ou sans petite pancarte, avec ou sans justification orale, et ceux qui vendent quelque chose : musique ou journal, objets… Du côté musical, l’accordéon de l’Est a détrôné la flute de Pan chilienne et c’est un peu monotone. Face à la pression et la permanence de l’offre il n’est pas simple de choisir. Alors depuis toujours face à elle je fonctionne au feeling avec un faible pour le clochard à l’ancienne, discret, un peu pochtron, avec qui on peut encore échanger quelques mots. En général je n’achète pas la presse de rue car je suis un peu réticent face à une certaine forme d’exploitation des vendeurs par d’habiles mercantis. « Née à New-York en 1989 (Street News), la presse de rue a essaimé dans tout l'hémisphère nord. Certains titres nord-américains tirent à plus de 100 000 exemplaires. Beaucoup de titres existent en Allemagne. En Grande-Bretagne, The Big Issue est un journal apprécié, qui tire à 300 000 exemplaires chaque semaine tandis qu'en France, les journaux de rue ont en grande partie perdu leur succès du fait d'une qualité éditoriale faible, d'une trop grande concurrence entre les titres et d'une réputation entachée par la condamnation pour provocation à la haine raciale du Réverbère en 1996 »


« Le journal Macadam qui fut le premier titre publié en France (1993) est relancé par une équipe de journalistes professionnels en janvier 2009. Il retrouve le succès, sous forme de magazine mensuel, couleur, grâce à un fort contenu éditorial. Le monde de l'économie sociale encourage et soutient cette renaissance. »


Donc, la semaine dernière alors que je me rendais à une  dégustation à l’heure du déjeuner j’ai acheté dans le métro un guide « les bonnes tables à petits prix® » 2012-2013, 507 restaurants à Paris pour 2€. Le vendeur était sympa, son discours intelligent. Une fois pris en main je constatais que ce guide émanait de l’Itinérant.

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Qu’est-ce donc que L’Itinérant, me suis-je dit, tout en sachant que sur mon marché du dimanche, un vendeur m’en propose un.

 

Sur son site link  il se dit journal de rue, un journal de partage. Un geste qui permet d’aider une personne en situation de précarité et de se procurer un peu de lecture. »

 

Cependant je ne pouvais me contenter de cette simple déclaration de principe alors j’ai cherché et j’ai trouvé un site : le jaune et le rouge la revue de la communauté polytechnicienne. Donc des gens sérieux et réfléchis. Que dit-elle ?

« L'Itinérant, c'est un journal qu'on achète, avec le sentiment de verser quelque chose à quelqu'un qui essaie de s'en sortir plutôt que de rester simplement assis à mendier. Les idées qu'il exprime sont souvent déroutantes car difficiles à classifier ».

Michel Ristori (57) et Laurent Mirguet (96), qui ont rencontré le rédacteur en chef Rodolphe Clauteaux, nous donnent un abrégé de cette interview. Si vous souhaitez la lire c’est à la fin de ma chronique.

 

Pour en revenir au Guide « les bonnes tables à petits prix® » il apparaît qu’il est l’œuvre de Marc Combier clubdutempsgourmand@wanadoo.fr Club du Temps Gourmand BP 533 71010 Mâcon cedex.

affiches-001.JPG Après examen c’est un guide tout a fait convenable, bien présenté, avec des notices succinctes mais claires, à jour : l’Arthème dans le XIV qui vient juste d’ouvrir y est répertoriée, de bons classiques sont présents : Juvéniles, L’Avant-Goût, le Baratin, le Pied de fouet… des nouveaux intéressants comme J’Go Saint-Germain… 25 bistrots à vins, 116 bistrots anciens (le baratin est dans cette catégorie), 19 restos de quartier ça fait du jaja de dépoté… et franchement pour 2€ le rapport qualité/prix est bon. Le format Pariscope convient bien à mon sac. N’en déplaise aux grands maîtres des guides celui-ci, bien humble, modeste, est tout à fait recommandable. Donc, parigots&parigotes si vous croisez dans le métro ou ailleurs un vendeur du guide « les bonnes tables à petits prix® » vous pouvez l’acheter les yeux fermés.

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Rodolphe Clauteaux :

 

Quand j'ai créé le journal en 1994, je travaillais à Voici dans le groupe Prisma. Un jour j'ai fait un reportage sur un journal de rue... Un bon reportage, le patron du journal m'avait séduit. Je n'avais pas remarqué qu'il s'agissait d'un journal à l'extrême du néorexisme.

D'avoir ainsi servi la soupe à ce type de journal m'a foutu en rogne. L'idée m'est venue de créer un journal exactement concurrent, dans le même secteur, avec les mêmes vendeurs.

Je voulais du journalisme professionnel, ni de droite ni de gauche, mais que des idées de gauche puissent être lues à la sortie des messes, et que des idées de droite puissent être lues aux Bourses du travail. Il devait aussi être hebdomadaire parce que je m'étais aperçu qu'un vendeur de Réverbère ou de Macadam ne travaillait que quatre à cinq jours par mois, après quoi il avait saturé son marché. Un hebdomadaire le ferait travailler quatre fois trois jours, et surtout cela permettait de le réintégrer au temps social.

C'est très important, je l'ai vérifié plus tard en faisant l'expérience d'être SDF pendant onze jours. De toute la journée de 7 heures du matin à 8 heures du soir, on n'a rien à foutre : on s'emmerde, on mendie, et on perd complètement le sens du temps.

 

Qui sont les vendeurs de L'Itinérant ?

 

Toute personne légalement en France peut venir.

On compte environ 700 vendeurs à Paris, des Roumains à 70 %, et 400 en province, Français à 90 %. Mais on vend autant de journaux en province qu'à Paris. Les vendeurs achètent le journal 50 centimes et le revendent 2 euros. Le journal tire à 40 000 exemplaires. On ne récupère pas les invendus.

En fait, le vendeur de L'Itinérant est une aristocratie parmi les SDF, un « exclu » qui dans sa tête n'en est pas un, il garde l'espoir.

Dans quelle mesure L'Itinérant permet de concrétiser cet espoir ? Ce n'est pas fabuleux. Je ne sais pas exactement, mais sur les quelque 6 000 vendeurs qui se sont succédé, peut-être une centaine se sont sortis de la misère. Je ne connais personnellement qu'une trentaine de cas.

Par exemple, en 1996 à Valence, j'ai souvenir d'un boulanger qui a largué son boulot et a divorcé. En 1997, après avoir fait le tour de tous ses amis il était à la rue. Il a vendu L'Itinérant pendant deux ans, puis a retrouvé du travail. J'ai reçu ensuite une lettre de ce type disant : « ça m'a permis de me laver, d'être rasé, de rester à la surface. » C'est toujours la même histoire.

 

Quelles sont les causes de l'exclusion ?

 

D'une part il n'y a plus de petits emplois, on ne peut plus être poinçonneur dans le métro. D'autre part l'entreprise a changé la donne, l'emploi est un bouton comme un autre sur le tableau de bord du chef d'entreprise.

Si jadis il fallait dix « tares psychophysiques » pour devenir un jour un exclu, aujourd'hui trois suffisent. Une enfance malheureuse, un diplôme moyen, de l'alcoolisme, une tendance au jeu ou un mauvais caractère, cela suffit pour qu'on perde son boulot trois ou quatre fois et alors c'est fini, on est éjecté du système.

Si on est marié la femme ne supporte pas l'inactivité de son mari. Et dans l'année qui suit, un divorce se produit. L'appartement reste à la femme et aux enfants.

Je parle de l'exclusion au masculin ! Car sur 10 exclus, il y a 9 hommes. Les femmes sont plus résistantes à l'exclusion, à la grande exclusion en particulier, parce que souvent elles sont mères de famille et protègent les enfants.

Donc, le divorce, la perte du logement, on tourne six mois chez des amis, et après c'est la rue. À partir de ce moment, des processus se mettent en place plus ou moins rapidement mais invariablement : on boit, on ne se lave plus, on ne se soigne pas, et c'est un processus irréversible dans la plupart des cas.

À cela s'ajoute, c'est assez horrible mais je crois que c'est vrai, une sorte de prédisposition à l'exclusion. J'ai parlé de trois tares mais c'est peut-être plus simplement qu'on a dans sa tête une prédisposition, un peu la même que pour rater son mariage ou entrer dans une secte, etc.

Si vous êtes ouvrier ça se traduira tout de suite par la rue. Cela touche moins les cadres supérieurs et bizarrement presque pas les artisans. Ceux-ci se récupèrent plus facilement, car même après six mois de chômage, ils gardent la maîtrise de leur métier.

 

Quels sont les combats de L'Itinérant ?

 

La ligne éditoriale de L'Itinérant n'est pas de se pencher sur les résultats de l'exclusion, mais d'en dénoncer les causes. Préconiser des solutions ce n'est pas notre rôle.

Par exemple, il y a quelques années nous avons fait une enquête dans une petite ville où la principale agence bancaire a changé de patron.

Le nouveau banquier a supprimé tous les comptes qui ne rapportaient pas suffisamment : des PME, des petits artisans... Du jour au lendemain, plus de comptes en banque, plus de découverts, d'où de nombreuses faillites. Autant d'emplois en moins, de familles sur le carreau, des milliers de personnes. Ce n'est pas l'OMC ou la Banque Mondiale, mais c'est l'ultralibéralisme dans toute sa pureté.

Nous avons aussi une importante activité d'échanges avec les prisonniers. Nous avons abonné une cinquantaine de maisons d'arrêt à L'Itinérant, et les lecteurs ont abonné environ 200 prisonniers. Beaucoup de lectrices sont correspondantes de prisonniers.

Un autre combat dont j'ai été responsable au départ, peut-être ai-je eu tort, c'est pour les condamnés à mort du Texas.

 

Qu'est-ce qui motive les lecteurs ?

 

Au départ, c'est certainement d'aider le vendeur. Ce n'est qu'après qu'ils s'intéressent au journal.

Le contenu peut dérouter. Dès le départ, dans notre petite équipe, nous avons vu que nous étions très différents les uns des autres. Moi je suis catholique pratiquant, il y en a un autre qui est musulman, un autre qui appartient à la LCR. Bien sûr, certains articles soulèvent des controverses, mais on a posé comme règle qu'on ne se censurerait pas mutuellement, qu'on discuterait après la publication.

Militants ? Nous sommes militants pour l'humain, contre l'injustice, contre la misère. Contre les causes qui mènent à la misère, qui font qu'on est moins humain.

 

Est-ce que vous avez des idées sur des initiatives à prendre pour lutter contre l'exclusion ?

 

Il y a pour cela un choix extraordinaire d'associations. Nous essayons seulement de faire comprendre que nous sommes rentrés dans un univers où l'homme a de moins en moins d'importance, par un grand nombre d'exemples. C'est un travail de journaliste.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

ramaye 17/07/2012 01:22


Bonsoir et merci à Jacques pour le partage des infos, dont les sujets sont :et resto et conscience du monde prise par l'équipe du journal ''L'itinérant'' où oeuvre Rodolphe
Clauteaux  Cepandant je ne comprends pas la notion développée par ce dernier, de ''prédispositions, (3?) à l'exclusion, à la limite ''génétique?''des individus qui en sont frappés. Celà
ne nous ramènerait-il pas à certaines conceptions ayant engendré de bien tristes périodes de l'histoire? (Lombroso, anisémitisme, etc ?) Alors que les SDF sont parfois, souvent, de purs
rejets de la société du capital, ne sont-ils pas jetés dans les oubliettes du chateau du seigneur Argent ? Non? Respect et fraternité. Edouard.

clavel 10/04/2012 09:53


Merci, Jacques de cette info complète sur une méthode de lutte contre l'exclusion dans notre société post-moderne. Bravo à Rodolphe Clauteaux et l'équipe de l'Itinérant.
Intéressant de constater que les exclus, artisans d'origine, se réinsérent trés vite, le travail manuel n'a pas perdu toutes ses valeurs, il en reste quelques unes. Les ministres futurs de
l'Education Nationale, pourraient s'en souvenir dans l'élaboration de programmes pour les jeunes alergiques au collège unique !!

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