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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 00:06

Andrew Jefford, un grand amateur anglais de vins français dans son livre « Le nouveau visage du vignoble français » écrit : « Et si jamais un vigneron français mérite d'être comparé à Roland Barthes ou à Jacques Derrida, c'est bien Jean-Michel Deiss. Ce compliment lui revient de droit, non seulement pour l'originalité déconstructiviste et subversive de sa pensée, mais aussi pour les belles métaphores dont il enveloppe ses raisonnements. Un discours de Deiss étonne au point que la dégustation qui le suit donnerait presque dans la sobriété... »  Photo_JMD_ds_cave_3.jpg

Jean-Michel et moi sommes amis. Et pourtant lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois en 2002, à Angers, autour d’un René Renou circonspect, moi habillé pour l’hiver du costume infâmant d’adorateur des « vins barbares », lui au milieu de la petite bande des « vignerons en nos appellations » les Patrick, François, Marc, Michel et les autres, nous semblions en cent lieues l’un de l’autre. L’alchimie d’une amitié est aussi complexe que celle d’un grand vin. Mais comme le dit Jean-Michel « Un homme est constitué par le réseau de tous ses gènes et de la somme de ses possibles. Mais au-delà, c'est aussi son savoir. Le savoir qu’il engrange chaque jour, quand il apprend, quand il souffre, quand il s'enthousiasme, quand il tombe amoureux, quand il est déçu. Lorsque je rencontre quelqu'un, je recherche son humanité. Son patrimoine génétique ne m'intéresse pas. »

 

Nos complexités se sont rejointes sans beaucoup de mots, et Dieu sait que lui et moi aimons les mots, pas forcément mes mêmes d’ailleurs. Alors pourquoi ma plume, depuis que cet espace de liberté existe, n’a-t-elle jamais consacrée une ligne à Jean-Michel Deiss ? La pudeur, j’ai toujours eu la crainte, le souci plus exactement, en écrivant sur un vin de mes amis soit de trop en faire, et ainsi de tomber sous le coup du copinage ou, pire, de restreindre mon enthousiasme et de les froisser. Et pourtant ce matin je me lance en abordant le plus anticonformiste des vins de JM Deiss : son Altenberg de Bergheim.

bouteille_Altenberg_GC.jpgAvant de parler de ce très grand vin permettez-moi de m’aventurer sur un terrain où je me sens bien : la peinture. Deux peintres de l’école américaine du figuratif, non figuratif : Arshile Gorky, né Vosdanig Manoong Adoain et Willem de Kooning, deux européens réfugiés aux USA, pour moi illustrent à merveille la complexité exprimée par ce Grand Vin. Bien évidemment je ne vais pas vous infliger un sabir de critique de peinture que je ne suis pas mais me contenter de citer Elaine De Kooning, peintre elle-même, qui raconte alors qu'Arshile Gorky passe l’été 42  dans une ferme du Connecticut «  Gorky découvrait dans les textures d’herbe et des feuilles un territoire fantastique creusé de brillants cratères de couleurs qu’il laissait flotter, isolés, sur sa feuille blanche, tout en traçant une ligne labyrinthique continue des perspectives ivres, extravagantes, qui catapultaient l’horizon tout en haut de la feuille... Son œil allait fouiller tout au fond des fleurs... »

 

Comparaison ne serait pas raison mais face cet Altenberg de Bergheim né dans un terroir situé au cœur du champ de failles géologiques de Ribeauvillé où les calcaires durs du Jurassique et la tendreté des marnes du Lias, riches en fossiles, forment des sols pauvres, rouges, où la vigne doit plonger profondément pour trouver son énergie, je sens qu’il est empli d’une libre interprétation de la nature et des états de Jean-Michel. L’effet du microclimat de l’Altenberg, « résultat de son exposition plein sud, de son éloignement du front vosgien et de son isolement face à la plaine rhénane, est terriblement chaud, sec et presque surexposé ». Mais telle la palette de couleurs du peintre, le retour à la pratique ancestrale du vignoble complanté de tous les cépages traditionnels... même le chasselas rose, permet aux raisins lors de la vendange unique non triée de puiser dans la tradition une modernité en totale rupture avec les codes en vigueur dans l’Alsace d’aujourd’hui.

 

J’ai peu de goût pour la douceur, trop souvent pétrifiante, des vins touchés par la pourriture noble. Leur réelle splendeur ne m’incline qu’à la révérence, qu’au respect, mais guère à l’enthousiasme ni aux élans. L’Altenberg de Bergheim 2004 de Jean-Michel, m’a lui par sa fraîcheur insolente, son originalité, son explosivité, propulsé sans escale vers des sommets, vers une forme de béatitude vive, sensuelle, de celle où les mains, sans retenue, mais avec audace, se glissent, caressent, trouvent l’essentiel sur les rives secrètes des corps aimés. Je ne sais où se trouve le 7ième ciel mais je puis vous assurer que j’ai trouvé une nouvelle voie pour m’y propulser...Genou-8041.JPG

Genou-8042.JPG

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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laurentg 29/06/2010 12:48



Pour amateurs de Rieslings sucrés ... (mais moi, j'adore les grands crus de Trimbach).


Le 2000 est bien (c'est un "gentil", une complantation). Il faut aimer cette douceur et cette saturation aromatiques (que l'on retrouve par ex chez Zind et Faller).


Le Riesling 97 bien décevant (faible).


Le gewurztraminer Altenberg de Bergheim SGN 89 est grand.


Le pinot gris Altenberg de Bergheim SGN 97  : une fois pas terrible, une fois à l'évier.


Des hauts et des bas ...



David Cobbold 28/06/2010 07:47



Intéressant parallèle. Dans ces deux peintres, peut être spécialement chez de Kooning, il y a aussi une violence à peine retenue. La violence n'est pas exclu des vins de  Deiss non plus, par
l'extrême tension entre leurs éléments contenus. 



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