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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 09:13

Vendredi soir il pleuvait sur un Paris déserté. Le ballet des essuie-glaces de ma petite auto rythmait mes pensées. J’allais récupérer mon allocation de sponsor de CB à Coinstot Vino. Je ruminais l’idée d’une chronique sans trop savoir par quel bout j’allais la prendre. Une fois mon précieux paquet récupéré je m’en suis retourné via la place de la Bastille. Tiens si j’allais serrer la pince, en passant par la rue de Prague, à l’ami Bruno Verjus le taulier inspiré du restaurant TABLE. En quelques tours de roues j’y étais. On s’y afférait. Comme un parfum de bonne maison et si j’y dinais à la table d’hôte. L’heure n’étant pas encore parisienne j’ai porté mes pas du côté d’Agrology www.agrology.fr/ qui est en amont au 15 rue de Prague. Accueilli par des sourires, c’est agréable, le hasard fit qu’une dégustation impromptue de vins méditerranéens me permit de rejoindre l’heure très agréablement. Bonne maison !


De retour à Table emplit d’un chaleureux brouhaha je prenais place en un lieu stratégique où je pouvais observer la geste de ceux qui allaient de leurs mains préparer nos assiettes, Bruno en tête. Je reviendrai sur ce repas dans une toute prochaine chronique. J’aurais pu me laisser distraire par « la trop belle pour moi »* référence au film de Bertrand Blier, Carole Bouquet qui se tenait elle aussi dans ma ligne de mire mais les 5 hommes aux fourneaux occupèrent mes pensées. C’est en observant ma mère cuisiner que j’ai pris le goût à faire le manger.


La main, le travail manuel qui ne se réduit pas à une pure et simple exécution. L’intelligence de la main se fortifie et se développe par l’apprentissage, la transmission. J’ai toujours été surpris par le peu de cas que font les grands amateurs de vin des gestes dans la vigne comme si dans un orchestre symphonique le joueur de triangle ne comptait que pour du beurre. L’ensemble dit-on, exécute la partition sous la conduite du chef d’orchestre mais la moindre fausse note briserait la beauté de l’œuvre.


J’y étais. Au cœur de ma réflexion sur les apprentis.


Que lis-je à propos de l’apprentissage dans sa version officielle « Une formation d’excellence, selon le Medef. Une arme antichômage, une quasi-garantie d’emploi: 80 % des jeunes issus de l’apprentissage trouvent un job à l’issue de leurs années de formation. Pourtant, en France, le nombre d’apprentis recule. »


Dans la tête des parents


« Le principal frein au développement de l’apprentissage est psychologique et culturel : il est en contradiction totale avec le système éducatif français, particulièrement élitiste. Conseillers d’orientation, parents et professeurs l’assimilent à une voie de garage. « Dans les forums de métiers, nous faisons des démonstrations. J’ai vu des mères tirer leur enfant par la manche pour qu’il ne s’arrête pas ! » raconte Laurent Delange, responsable d’un centre de formation des Apprentis d’Auteuil dans le Nord. » link

 

« Tu seras boucher mon fils ! »


Hugo Desnoyer, originaire de la Mayenne, après son BEPC, son père le place successivement pour faire des petits stages chez des amis, d’abord en mécanique, puis comme serveur, et enfin chez son propre boucher, M. Drouault à Laval. Il y passera 2 ans et passera un CAP. « C’était bel et bien ma voie. Vers 18-19 ans, je suis parti pour Paris. J’ai travaillé dans une boucherie dans le XVIIe arrondissement. La patronne n’était pas facile, et m’allouait 130 grammes de viande pour tout dîner ; je dormais dans l’arrière-boutique. Neuf mois de malheur ! Je ne connaissais personne dans la ville lumière. J’ai failli tout arrêter tant c’était dur. »


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Le passé me direz-vous. Reste l’attractivité du métier, ce que l’on va gagner, la perspective de s’installer à son compte. Pour reprendre l’exemple du métier de boucher, les boucheries artisanales ont régressé en France pour n’atteindre qu’à peine 15% du marché au profit de la Grande Distribution. Elles ne se maintiennent et ne se développent que dans les grandes villes. À la campagne et dans les villes moyennes c’est le quasi-désert. La plupart des apprentis bouchers seront donc des salariés avec comme bâton de maréchal la fonction de chef de rayon avec un salaire d’un assez bon niveau.


Je ne vais pas épiloguer sur le flop de l'apprentissage en France même si je pense que celui-ci renvoie à notre conception élitiste de l’enseignement et à un certain mépris du travail manuel dans les couches dirigeantes de notre société. C’est très surprenant car les médias n’ont de cesse de stariser des « chefs » cuisiniers, pâtissiers, chocolatiers ou un Hugo Desnoyer boucher encensé ou quelques boulangers célèbres etc… C’est l’arbre qui cache la forêt. N’empêche que l’excellence de l’apprentissage est l’une des raisons du faible taux de chômage en l’Allemagne, en Suisse link ou en Autriche.


Nous sommes toujours prompt à soutenir tout et son contraire : s’offusquer qu’une entreprise comme DOUX se soit gavée pendant des années de subventions communautaires (restitutions à l’exportation) et s’étonner que la suppression des dites aides provoque la fermeture d’ateliers de production et par contrecoup mette des milliers de gens au chômage. Se désendetter oui, mais à condition que la charge pèse sur les autres : tout le monde défend son département et bien sûr les charges qui vont avec ; et les économies sur les dépenses de la sécurité Sociale : tout le monde revendique des droits même celui au gaspillage ; trop de taxes oui, trop d’impôts sans doute mais qui se pose la question que nous tous, surtout ceux qui comme moi ont bénéficiés de revenus confortables, avons gagné de ces années où nous avons vécu sur le crédit du pays ?


Des économies, de l’efficacité, on en ramasse à la pelle partout : justement la taxe d’apprentissage fait partie du lot tout comme la gabegie des fonds de formation professionnelle. Beaucoup d’organismes sangsues, inutiles et couteux. Bien sûr ça n’intéresse pas les bonnets rouges ou autres démagogues d’occasion.


« On compte 147 organismes collecteurs, les OCTA, dont certains dépendent des chambres de métiers, d’autres des régions, et d’autres encore des branches professionnelles. Le gouvernement veut rationaliser ce système en le réduisant à 46 organismes : 26 régionaux et 20 nationaux. Mais cela ne suffira pas – chaque OCTA décide seul de la répartition des fonds, sans coordination. Résultat : le nombre de jeunes formés et les formations sont souvent déconnectés de la réalité du marché. »


Plus personne n’écoute les grandes voix, telle celle de Paul Krugman prix Nobel d'économie, « que sait-on vraiment des réformes économiques qui génèrent de la croissance et quel pourcentage de croissance sera généré ? La réponse est pas grand-chose ! ». Je suis désolé, poursuit-il, mais quand Standard and Poor's se plaint du manque de réforme, il se plaint en fait de ce que Hollande augmente, plutôt que baisse, les impôts sur les plus hauts revenus, et qu'il n'est pas assez favorable, de façon générale, au libre-marché pour satisfaire les principes de Davos.link »


Nous sommes aspirés par le vide, l’incapacité à faire et à assumer des choix clairs. Je suis et je reste mendésiste « Gouverner c’est choisir ». Se plaindre des promesses non tenues c’est avouer que l’on a choisi en fonction d’une partie d’entre elles en oubliant celles qui ne nous conviennent pas. Tant qu’une majorité choisira ses dirigeants sur la base d’un catalogue hétéroclite et contradictoire nous aurons ce nous avons depuis des décennies : des non-choix, de l’absence de courage. Pourquoi nos dirigeants se montreraient-ils courageux ? Pour se voir renvoyer dans les ténèbres de ceux  qui avaient raison contre tous mais qui n’ont jamais pu accéder à la direction des affaires publiques.


Et j’en reviens aux métiers de l’artisanat qui ploient sous le poids d’une suradministration, d’un empilement de règles et de normes, de l’air, de l’air, je suis et je reste intimement persuadé que la liberté créerait une véritable régulation créatrice de richesses. L’exemple que je vais prendre va vous surprendre mais il est parlant. Je suis cycliste depuis 30 ans à Paris, la multiplication des règles pour soi-disant rendre le partage de l’espace public plus sûr et plus serein n’a servi à pratiquement rien. C’est la foire d’empoigne, la démerde, l’agressivité, l’embouteillage assuré aux carrefours où les uns bloquent les autres, le racket des contraventions qui ne jouent en rien leur rôle de dissuasion vis-à-vis de ceux qui sont des dangers publics. Tout le monde râle. Nos voisins du nord laissent plus d’espace à la responsabilité individuelle et le résultat est bien plus probant.


J’ai adhéré à ce mouvement de pensée qui estime que la liberté est créatrice de richesses à charge pour la puissance publique, ceux qui nous gouvernent, que nous élisons d’être vraiment au service du bien-public, des intérêts de la cité. Nous avons été moqué, marginalisé, laissant la place à ceux qui fabriquent des déçus, des aigris, des frondeurs pain béni pour les démagogues de tout poils.


Alors nous dit-on ça va être la fronde « la fronde sociale gagne du terrain en France dans le sillage du mouvement breton des « bonnets rouges » et, avec elle, les alertes politiques et syndicales, qui exhortent l'exécutif à un changement de cap et/ou d'équipes. 72 % des Français estiment que les mécontentements sociaux actuels vont déboucher sur un mouvement de grande ampleur »

 

Oui maintenant on sonde : link 


Lisez bien les résultats. Il y est essentiellement question  de la « Capacité de l’Etat à empêcher ou limiter les plans sociaux des entreprises privées installées en France »

 

IMPUISSANCE RADICALE !


Dans le même temps je lis dans le Figaro à propos des manifestants lors de la commémoration du 11 novembre à l’Arc  de Triomphe «On n'en peut plus», a affirmé un jeune homme de 25 ans sous couvert d'anonymat, expliquant être venu dans l'intention de «siffler» le président et de dénoncer «l'amateurisme de ce gouvernement, les impôts excessivement élevés, le mariage pour tous»


J’avoue que j’ai du mal à saisir la cohérence de cet étrange amalgame. Si certains veulent surfer sur ce genre de vague je leur souhaite bien du plaisir lorsqu’ils auront en charge la conduite de ce pays. En écrivant ce que j’écris je ne fais acte d’aucun engagement partisan mais j’essaie de comprendre ce que veut le peuple de ce pays et où va mon pays. Les repères sont rares et je ne lis nulle part où se situe le nouveau cap qui nous exonèrerait de faire des efforts.


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J’en reste là et désolé d’avoir un peu bifurqué de mon propos initial qui a été initié par l’envoi  d’un petit agenda 2014 par l’association « APPRENTIS D’AUTEUIL » www.apprentis-auteuil.org/ 

 

Apprenti !


Mes copains arpètes du temps de l’école à la Mothe-Achard, tous les métiers, aucune ségrégation entre nous, nous vivions ensemble, tous sortis du même terreau… ‎mais déjà les filles se tournaient vers les mains blanches… En constituant mon dossier de retraite j’ai dû justifier de mes emplois depuis l’âge de 16 ans, quelques-uns de mes camarades quittaient l’école avant… Autre temps sans doute mais la réalité du travail manuel, de ce que fait la main est toujours présente, et l’irruption du numérique est une chance pour mieux valoriser ces métiers dits manuels.


La petite taille de l’agenda me va bien : y noter une idée par jour suffit à mon bonheur, quant aux rendez-vous mieux vaut les laisser à ma mémoire trouée ça me permettra d’éviter d’aller n’importe où faire n’importe quoi…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans les afterwork du taulier
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commentaires

patrick axelroud 15/11/2013 08:23


Les Apprentis d'Auteuil peuvent dire un grand merci au Taulier.Ce matin dans ma boite à lettres, parmis toutes les sollicitations habituelles : un courrier des A.d'A.;il a bien sur retenu mon
attention et fétischiste peut être,le petit agenda sympa trone à présent sur mon bureau.Quand à l'association elle à rejoint la liste de celles ou je cotise régulièrement, trés trés modestement
il faut dire ( ne nous faisons pas meilleurs que nous sommes)

AlexisC 14/11/2013 09:35


Au sujet de l'apprentissage, je peux observer que les employeurs font de plus en plus appel aux apprentis, du
moins pour les études supérieures (ingénieur et commerce). Les employeurs apprécient: le coût pour l'entreprise, de facto le fait de pouvoir embaucher à la fin quelqu’un de déjà formé à
l’entreprise en question, les profils et l'historique des apprentis sont souvent moins stéréotypés que dans les filières classiques, leur grande autonomie, le lien qu'ils créent avec les
écoles/universités et institut de recherche, ils possèdent une formation clairement plus pratique et moins théorique que les "classiques". Le point le plus négatif est que leur agenda est fixe
(et donc trop rigide pour une entreprise) puisqu’ils sont partagés entre cours et période de travail. 

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