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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 00:09

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Si je puis m’exprimer ainsi il y a des choix de tête, des choix de cœur et des choix de bouche, le raisonné, l’impulsion, le goût.


En me référant à mon vécu, sans faire le Desprogien « Toute la vie est une affaire de choix. Cela commence par « la tétine ou le téton ? » Et cela s’achève par « Le chêne ou le sapin ? », j’ai d’abord appris à lire donc ma première expérience de choix fut celui du choix d’un livre.


Même si ça peut vous surprendre celui-ci, depuis l’origine, s’est appuyé sur la trilogie évoquée ci-dessus. Le choix de bouche étant ici celui du bouche à oreille. Je n’ai jamais été adepte de la lecture des critiques littéraires. Et pourtant j’ai choisi dès 68 Modiano avec sa Place de l’Étoile, Houellebecq et son « Extension du domaine de la lutte » ou encore Robert Penn Warren l’un des grands auteurs américains méconnus.


Puis vint le cinéma, et là ce fut mon oreille qui prima : j’écoutais le dimanche soir le Masque et la Plume où brillaient les duettistes de la critique : Bory et Charensol. Paradoxalement ma culture cinématographique doit beaucoup à la télévision et à Claude-Jean Philippe  et son Ciné-club du dimanche soir tard sur la 2. Par la suite je n’ai plus consulté la critique choisissant au feeling et au bouche à oreille.


Pour la musique j’écoutais la radio et j’ai eu des coups de cœur ! J'en ai toujours d'ailleurs...


Reste les produits de bouche : la faim et la soif.


En ce domaine j’en suis resté au principe de ma mémé Marie : la bonne viande se trouve chez un bon boucher, le bon pain chez un bon boulanger, les bons fruits et légumes dans le jardin du pépé Louis… Pour le vin ce fut plus compliqué car là où je suis né, la Vendée, le jus local était redoutable, une belle piquette.


Ma culture du vin je l'ai fait de bric et de broc sans jamais lire ce qui s’écrivait sur le vin dans la presse spécialisée ou généraliste. Arrivé à Paris j’ai fait confiance au caviste de la rue de Tolbiac, un gérant Nicolas qui n’avait rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. Puis le hasard m’a confié la gestion d’une grande cave : celle de la Présidence de l’Assemblée Nationale, j’ai beaucoup goûté, choisi et acheté. Après j’ai fait marchand de vins à la SVF ou j’ai dégusté chaque matin les échantillons destinés à faire le vin du populo. Ça forme et rend modeste. Ensuite j’ai pratiqué le vin politique au 78 rue de Varenne. Reste enfin l’exercice entamé sur ce blog il y a 10 ans. Il m’a fait fréquenter les dégustations, les dégustateurs, les déjeuners de presse, les salons, et ça n’a fait qu’ajouter à mon peu de goût pour la critique du vin.


Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit : la critique est utile pour guider le choix de certains consommateurs. Le problème avec le vin c’est que seule une toute petite minorité, dites d’amateurs pointus, s’y réfère, le bon peuple français achète son vin en GD sans se soucier d’elle.


Le plus beau paradoxe de la critique fut généré par Robert Parker, ses fameuses notes ont eu pour effet de devenir la cote des GCC de Bordeaux tout particulièrement, d’en faire flamber les prix et par contrecoup de priver les amateurs pointus des beaux jus et de marginaliser l’ensemble de la critique française. Pauvre Bettane !


Enfin, choisir un restaurant a toujours constitué pour moi un casse-tête chinois, je doutais de l’indépendance de la critique, hormis des exceptions tel François Simon mais je ne lisais pas le Figaro en ce temps-là, ni aujourd'hui d'ailleurs, et La Reynière dont le passé ne me plaisait guère, l’arrivée de Ribaud au Monde, qui aimait en plus le picolo, m’aida dans mes choix. Au passage, les guides, le Rouge tout particulièrement, n’ont jamais fait parties de ma culture. Bref, très vite là aussi je m’en tins au bouche à oreille.


C’est quoi au juste le bouche à oreille ?


Ce qui se dit dans un cercle plus ou moins large d’amis, de relations, de personnes de confiance tels certains cavistes indépendants « à l'origine, le « bouche à oreille » désignait une confidence. On imagine effectivement une personne parler à l'oreille d'une autre pour assurer la confidentialité de la discussion. C'est de cette notion de « secret » qu'est apparu le sens de « rumeur », de bruit qui court. Le bouche à oreille désigne donc une information qui se propage de façon officieuse. Cependant il ne s'agit pas forcément de rumeur négative. »


La propagation, autrefois lente, est maintenant fulgurante avec l’irruption des smartphones, des réseaux sociaux. Tout se dit, tout et n’importe quoi, se répand, se diffuse en une poignée de secondes, disparaît sitôt ou s’installe. On peut tempêter, le regretter, en appeler au sérieux, au professionnalisme, mais, face à leurs écrans connectés, les consommateurs font leur marché. Le bouche à oreille est devenu la règle.


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Pour autant est-ce le glas de la critique, écrite, structurée, professionnelle ?


Je ne le pense pas, mais la condition de sa survie c’est que ceux qui la pratiquent sortent de leur petit gourbi pour s’ouvrir à des sujets plus larges qui intéresseront un public plus large et plus varié. Rompre avec l’entre-soi qui est aussi la marque de fabrique de beaucoup de blogs de vin.

 

Ça ronronne sec ! 


Un bon exemple de cette ouverture c’est ce que pratique le couple Dupont-Bompas dans le Point.fr en remettant le vin à sa bonne place : sur la table ! La fameuse table à la française… De même 120°C, dans lequel Michel Smith chronique sur le vin, va dans le sens du renouvellement.


Dans l’énumération de mes choix j’ai volontairement omis les œuvres d’art plastiques : tableaux, sculptures, où j’ai pratiqué pour eux-aussi l’achat, et le théâtre… où je ne pratique qu’en solitaire.


Enfin, sans me pousser du col, pour faire pendant à des réflexions peu amènes d’un ancien collègue de blog sur la pratique du journalisme d’investigation en matière de vin, où il parle de fumier charroyé – c’est son destin au fumier avant qu’il n’aille engraisser la terre nourricière – je pense que je dispose de tout ce qu’il faut pour le pratiquer, méthode, matériau, gorges profondes, mais je vais vous faire un aveu : je n’en ai nulle envie.


Bon vent à tous et à toutes, tout n’est que litres et ratures et, comme je suis dans une période de références à de bons auteurs, je vous sers du Blaise Cendrars pour nourrir votre réflexion.


-         Blaise, à moi tu peux le dire, l’as-tu vraiment pris le Transsibérien ? lui demande, des années plus tard Pierre Lazareff * qui avait publié son reportage.


-         Qu’est-ce que ça peut te foutre, si je te l’ai fait prendre.

 

* Patron d’un grand journal populaire France-Soir et coproducteur d’une émission de télé culte : 5 colonnes à la Une. 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

jp glorieux 07/01/2015 11:20


Choix de jeunesse certes qui recoupent ceux d une génération fortement marquée par les choix éditoriaux d un hebdo novateur qui osait :Le Nouvel Observateur .


En ces temps de nouvelle république , ce magazine fut un prescripteur déterminant d options culturelles (créé en 1964 )


nonobstant son évolution (désolante à mes yeux ) il fut ,grâce à  des collaborateurs de grand talent ,un phare dans la grisaille gaulliste .


Combien de cette génération lâchèrent l'Express pour l Obs ! journalistes en tête !


Jean DANIEL demeure  à mes yeux un immense catalyseur culturel  comme fut - trop brièvement - Pierre DESGRAUPES à la TV.


 

Aredius 06/01/2015 10:04


Pour faire dans l'actualité, une citation connue du personnage principal de M. Houellebecq dans son roman annoncé pour demain :


« Le vin est une substance sacramentelle. Il est exalté dans mainte page de la Bible et
Notre Seigneur n'a pas trouvé de plus auguste matière pour la transformer en son sang. Il est donc digne et juste, équitable et salutaire de l'aimer ! »


de Joris-Karl Huysmans



Extrait de L'Oblat

Michel Smith 06/01/2015 09:52


Bon Jacques, merci de me citer en ce début d'année. Mais sans fausse modestie, je me vois mal occupant le fauteuil de la "référence" entre Bettane, Dupont et les autres. À propos, je note, le
week-end surtout, et le matin de surcroît, qu'un p'tit gars que j'ai connu à ses débuts à la Revefe, dit en peu de temps et avec brio des choses justes sur la cuisine et sur le vin. C'est sur
Europe 1 et son nom est Olivier Poels. Il était temps ! 


On peut écouter quelques unes de ses récentes chroniques en cliquant
ici


 

Aredius 06/01/2015 09:24


Une oreille naturelle :


http://lefenetrou.blogspot.fr/2014/11/stelarc-et-sa-troisieme-oreille.html


Il reste quelques cavistes indépendants, non "franchisés". A Nantes Lemaître


http://www.maisonlemaitre.fr/

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