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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 08:18

« Reprendre des forces, tenter de voler à la rame de haricot un peu de son incroyable vigueur, de cette folle énergie qui la fait grimper au ciel, manger et boire. Respirer. Penser, aussi, car, plus encore qu'hébété, la mort rend idiot: on pleure l'injustice, alors que la règle du jeu de cette merveilleuse chienne qu'est la vie, on la connait. Il suffit d'un QI supérieur à celui d'une huître ou d'un supporter de football, pour savoir que le match, aussi disputé, aussi beau soit-il, a une fin. Que certaines absences sont tout aussi définitives qu'inéluctables, qu'il faut apprendre à vivre avec.


Oui, vivre. Vivre, créer, produire, s'émerveiller, aimer, avancer… Écrire, aussi. Mon père, fort d'amour et de livres, était mon premier lecteur. Je pense même qu'il y avait un peu de lui dans chacun de mes mots. C'est pourquoi je vous prie d'excuser le style un rien tremblotant de cette chronique dédiée au lecteur que j'ai perdu, il s'agit du premier texte que j'écris seul. En son absence. » link

 

 43808.jpg

 

* Après la bataille

 

Mon père, ce héros au sourire si doux,

Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous

Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,

Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,

Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.

Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.

C’était un Espagnol de l’armée en déroute

Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,

Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.

Et qui disait: « À boire!  À boire par pitié ! »

Mon père, ému, tendit à son housard fidèle

Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,

Et dit: « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. »

Tout à coup, au moment où le housard baissé

Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,

Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,

Et vise au front mon père en criant: « Caramba ! »

Le coup passa si près que le chapeau tomba

Et que le cheval fit un écart en arrière.

« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.

 

Victor Hugo

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Vincent Pousson 18/01/2014 13:09


Merci, camarade.

patrick axelroud 18/01/2014 09:55


Qu'il est rejouissant d'observer que dans ce monde du vin tellment cosmopolite pour ne pas dire interlope, il existe des amateurs qui partagent les plaisirs du vins et de la culture . La citation
du Taulier et le beau texte de Vincent POUSSON le démontre de plus d'une manières et des plus authentiques comme les vins et les vignerons qu'on aime.


Pour Vincent POUSSON : 


"Le disparu, si l'on vénère sa mémoire, est plus présent et plus puissant que le vivant"   St EX 



Roger Feuilly 18/01/2014 09:07


Emouvant et magnifique...

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