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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 00:09

Ma chère, très chère,

 

Le vin fut une boisson populaire, trop sans doute, le litron sonnait comme pochtron, son goulot dépassait de la musette, de l’ouvrier ou du métayer, où il voisinait avec la gamelle du déjeuner. Au temps des grands jours du gros rouge il fut étoilé : 6 étoiles qui ne l’ont jamais porté au firmament des grands nectars. Sur sa fin il fut vilipendé, brocardé, tel le vin des Rochers dit velours de l’estomac ou le Kiravi grand objet de mépris. Capsulé, en casiers, consigné, lavé, re-remplissable, la honte quoi ! La Grande Distribution l’a achevée même si ce brave litron était très carbon neutral surtout lorsqu’il servait de contenant au vin à la tireuse.

 

Dans cette descente aux enfers du litron le vin de table fils adultérin des vins de consommation courante, nu comme un vers, sans âge : millésime interdit, sans papiers : cépage proscrit, sombrait lui aussi dans le discrédit. Vous vous n’imaginez pas une seule seconde ma chère, très chère, poser sur votre nappe amidonnée, face à vos invités empesés, une bouteille étoilée contenant un vin sans année. L’horreur absolue ! J’ai connu des farceurs qui achetaient du Vieux Papes puis le mettaient en carafe et se voyaient chaudement félicités par leurs invités pour la qualité de ce nectar qui avait beaucoup gagné à être aéré. Concomitamment, la chute du PC dans les abimes électoraux, la fin des rouges avec le couteau entre les dents, la résistible ascension des cols blancs, la montée des faits pas ci fait pas ça fouteurs de pétoches, le triomphe des boire moins mais boire mieux, coupaient la route des vins de table qui venaient par barges ou trains complets jusqu’au port de Gennevilliers. Le Midi rouge souffrait, les péages d’autoroutes aussi. Les derniers tribuns rangeaient leurs mèches lentes, troquaient leurs cagoules pour des pantoufles, achetaient des 4x4 japonais, vieillissaient. La bouteille bouchée liège jetable triomphait ! Tout allait être aoécisé ! C’était à qui péterait plus haut que son cul ! Même les petits vins cachaient leur roture sous des étiquettes ecclésiales ou des titres de noblesse en peau de lapin. Bref, nous nagions dans un océan de suffisance pendant nos voisins se gondolaient face à nos insuffisances.

 

Et pendant ce temps-là, alors que les hiérarques du vin regardaient passer les trains, que la défense des AOC s’apparentait à celle des droits acquis, de jeunes coquins venus du diable vauvert poussaient dans les vignes et les chais comme des adventices, contestaient la dérive de ceux qui avaient tant méprisés les vins de table jusqu’à faire accroire que leurs vins, purs cousins germains de ceux-ci, étaient dignes de leur origine affichée. Les contestataires, pas forcément des révolutionnaires, ne se contentaient pas de ces vins de papier. Eux, pour eux, l’AOC c’était toujours l’origine, un vin accroché à son petit quelque part qu’on avait coutume de dénommer terroir. Les grands bousins, les fourre-tout, les grands lacs de vin, très peu pour eux dans la cour des vins qui s’accrochent au terroir. Pour autant, les petits gars y voulaient bien que tout ça se passe dans un « espace de liberté », qui n’est pas, en dépit de ce continuent de croire les faiseurs de miracle, n’est pas un bassin déversoir. C’était leur vin à eux, bichonné, signé, identifié… Alors, soudain, dans les rayonnages des vendeurs de quilles de vignerons le vin de table réapparut tel le petit Jésus futur Messie. Et puis, petit à petit, au grand dam des grincheux ce fut l’explosion des étiquettes, des vins de tout acabit, chacun y allait de sa créativité. Mais le vin de table ressuscité, réhabilité ne tardait pas à décéder pour renaître sous l’affreuse dénomination de vin sans IG. Mais il gagnait au passage deux galons : le millésime et le nom de ses cépages et se voyait baptiser Vin de France…

 

Je cesse là mon ironie chère, très chère, pour te dire qu’en Italie tout cet embrouillamini n’a pas eu de raison d’être. Chez nos voisins transalpins, dans les villes et les villages, ils ont toujours vendus à la tireuse du Vino de Tavola, et dans les osteria, trattoria, ristorante, du Vino de la Casa. Le litre chez eux n’est pas tricard, pour preuve ce magnifique LITROZZO que j’ai acheté dimanche à la cave des Papilles rue Daguerre. Du Vino de Tavola venant du domaine « Le Coste Sul Lago C'est dans la région du Lazio, entre Toscane et Ombrie que Clémentine Bouvéron et Gian-Marco Antonuzi se sont installés. Dans le pittoresque village de Gradoli, près du lac de Bolsena. Un terroir de prédilection pour ces passionnés de vins nature. Gian-Marco s'est aguerri au contact de Philippe Pacalet et de Didier Barral, excusez du peu ! Clémentine un diplôme d'œnologie en poche: Ils louent 2,5 hectares de vieilles vignes et possèdent désormais 1,5 hectare en cépages autochtones: Greghetto, appellation locale du Sangiovese, d'Aléatico, un cépage aromatique de la famille des Muscat, de Procanico et de Malvoisie. » extrait du site Le Passeur de Vin link

Camdeborde-004.JPG

Comme tu vois chère, très chère, je ne suis pas chauvin n’en déplaise au grand internationaliste de Corneilla-la-Rivière. Je me targue même de ne pas avoir de patrie, non que je fusse un apatride, car j’en ai autant que d’amour des pays qui cultivent l’art du bien vivre. L’Italie en est un, et mon ami Daniele de Michele, natif des Pouilles, qui signe Don Pasta, peut en témoigner, c’est ma seconde patrie (j’en ai d’autres en magasin). S’il n’en tenait qu’à moi, l’Amicale du Bien Vivre snobée par le Léon, y aurait son siège social. Moi le bien-vivre à l’italienne me va bien ! Au temps de la guerre du vin entre la France et l’Italie, lorsque le bougon des cépages vidaient les pinardiers du port de Sète, je me rendais à Rome pour lancer des passerelles, négocier l’armistice, élaborer des compromis que nous acterions à Bruxelles, mais surtout j’assouvissais ma passion pour la cuisine italienne et pour les opéras de Verdi que j’allais écouter dans les arènes de Caracalla. Que du bonheur, et crois-moi a chère, très chère à chaque fois que mes pas m’amènent dans ce pays, ça me botte. Désolé !

Camdeborde-002.JPGReste, chère, très chère, qu’il faudra qu’on m’explique pourquoi entre la bouteille traditionnelle de 75 cl et le magnum de 175 cl, jugés nobles, sortables sur une table, pourquoi le malheureux litre, la 100cl, serait un outrage aux bonnes mœurs ? Les petites bouteilles de 37,5cl ça fait au mieux buveur rationné, au pire pingre, la 75 cl classique, le magnum un peu m’as-tu-vu, alors pourquoi ne pas faire de la 100cl le nouveau must. Un Pétrus ou un Lafite en litre je suis sûr que ça plairait aux chinois. Moi je trouve que ça aurait un côté canaille, épaules larges, le genre Gabin en marcel ou pour faire plus tendance Vincent Cassel en perfecto, en plus ça emmerderait les mecs de la GD car nos litrons post-modernes n’entreraient pas dans leurs étagères normalisées.

  

Comme j’ai dans mon proche entourage deux étiqueteurs de génie : Vincent Pousson et François des Ligneris, je leur suggère, rien que pour plaire au Secrétaire-perpétuel autoproclamé de l’A.B.V, de sélectionner un nectar du peuple là où bon leur semblera pour l’embouteiller dans un beau litron dont ils auront conçu la parure. Par avance je les remercie de leur contribution à la réhabilitation du litron.

 

Le Taulier écrivant à Marie de Saint-Drézéry marquise de Bonbom néo-vigneronne châtelaine de GCC qui attend son heure pour continuer de faire jaser la place de Bordeaux...

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Etienne Cumin 08/01/2013 17:52


A la ! A la ! A la ! Santé du litron  ! Le kil de rouquemoute y'a rien de mieux !

Michel Smith 16/02/2012 05:23


Je connais aussi...

latabledecuisine 15/02/2012 16:22


pour ce qui est du cinsault 100%, il y a également "gourmandise" de Julien Peyras(34200 paulhan)  dont le nom de cuvée se résume à lui seul ! belle gourmandise liquide !

Vincent Pousson 15/02/2012 10:29


Je connais, bien sûr!

Michel Smith 15/02/2012 10:11


Vincent, j'ai pourtant bu de l'Anti dépresseur il y a peu en pensant que c'était du grenache et du carignan ! Quant à Marc Valette que je n'ai pas vu de puis un bail, je vais tacher de le coincer
à Vinisud. Mais moi, je te recommande l'œillade de Thierry Navarre à Roquebrun. Un bijou !

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