Lundi 3 décembre 2012 1 03 /12 /Déc /2012 00:09

Rien n’est plus agréable pour moi que de ne rien faire, de buller quoi, de confier mon clavier à des doigts qui savent faire ce que je ne sais pas faire. Au temps où j’usais mes fonds de pantalon à l’école d’agriculture de la Mothe-Achard : la zootechnie, la phytotechnie, tout ce qui touchait à la technique en général me barbait terriblement, à tous ces trucs et ces machins je leur préférais les travaux pratiques à la ferme, dans les champs, au jardin, mais zéro pointé à l’atelier. Ce que j’aimais par-dessus tout c’était aller herboriser avec le professeur de Sciences Naturelles qui répondait au doux nom de Pierre Girard Augry d’Orfon (particule achetée sur le marché des titres nobiliaires) qui lui n’était pas frère de la Congrégation de Saint Louis Grignon de Montfort mais célibataire. L’homme était délicieux, précieux, coincé mais excellent professeur et grâce à lui je sais reconnaître une euphorbe réveille matin ou une colchique tue-chien « Colchiques dans les prés, c'est la fin de l'été ». Je signale à la jeune génération, notre Sonia en tête, que les principes actifs de la colchicine sont extraits du bulbe et les graines de la plante et que celle-ci bulbe et les graines de la plante. Suivez mon regard…


Sonia est une perle, et je suis sérieux de chez sérieux. Avec elle tout est nickel chrome, sans soufre ajouté bien sûr, précis de chez précis, donc tout le contraire du Taulier qui a une forte propension à folâtrer. En cet espace de liberté, les Carnets de Sonia sont un plus, comblent un manque et en tant que petit patron de presse ployant sous les charges j’apprécie la belle ouvrage de Sonia qui en est à son  numéro 3. Le Taulier est content de sa nouvelle recrue et lui dit grand merci.


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En tant qu’amatrice de vin, un de mes plus grands plaisirs est celui de dénicher des terroirs méconnus mais qui possèdent de véritables petites perles viniques, élaborées par des vignerons talentueux. J’attache aussi beaucoup d’importance à la préservation des cépages locaux garant de la diversité contre la standardisation des goûts. C’est d’ailleurs souvent dans ces appellations confidentielles que se cachent des trésors ampélographiques. Vous l’aurez compris c’est un voyage viticole auprès de l’une de ces appellations que je vous propose aujourd’hui, celle des vins de pays de l’Isère, plus précisément dans les Balmes Dauphinoises.


Comme je vois l’énorme point d’interrogation qui se dessine sur votre visage, commençons par le début, la localisation géographique. Ne cherchez même pas dans vos livres, cette micro zone viticole ne figure plus dans aucun atlas ! L’IGP (Indication Géographique Protégée) Isère est située dans le département éponyme, dans le quart sud-est de la France. Elle est limitrophe de l’Italie, son territoire appartient à la région Rhône Alpes et ses frontières côtoient les départements du Rhône, de l’Ain, de la Drôme et de la Savoie. Le vignoble, assez morcelé, se présente sous la forme d’une série de petits îlots de vignes dispersées sur deux unités géographiques : les Balmes Dauphinoises au nord et les Côteaux du Grésivaudan à l’est, près de Grenoble.

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Le vignoble des Balmes Dauphinoises est situé au nord est de Bourgoin-Jallieu, entre Crémieu et la Tour du Pin. Il est à mi chemin entre Grenoble et Lyon, on appelle également cette zone le « Bas Dauphiné », le terme « Balmes » signifiant vallons. On peut, en effet, observer une série de vallons parallèles orientés d’Est en Ouest1, offrant d’une part des coteaux exposés au Sud qui bénéficient d’un micro-climat très chaud sur lesquels sont majoritairement plantés des cépages rouges, et d’autre part des plateaux à une altitude de 300m environ, un peu plus frais et plus ventés, associés à une viticulture de cépages blancs2. La région produit d’ailleurs essentiellement des vins blancs qui représentent 65% des volumes commercialisés.

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La région est pourvue d’un climat très contrasté, avec de fortes amplitudes thermiques, en raison de la double influence des Alpes et de la Vallée du Rhône. On se retrouve en présence d’un climat continental à influence méditerranéenne caractérisé par des hivers froids et brumeux et des étés très chauds et secs. La région est traversée par plusieurs vents dominants : la bise, vent du nord ; la matinière, vent du matin venant de l’est et le vent du midi, vent méditerranéen. En ce qui concerne les types de sols présents, on retrouve deux grandes unités géologiques dans les Balmes Dauphinoises : les collines mollassiques du Bas Dauphiné composées de sols argilo-calcaires siliceux, sablo limoneux et graveleux à galets roulés et l’Isle de Crémieux composés d’un plateau calcaire3.


Le vignoble de l’Isère partage une histoire commune avec bon nombre d’appellations françaises. Il trouve ses origines à l’époque gallo-romaine, se développe jusqu’au 19ème siècle atteignant une surface de presque 40 000 hectares pour entamer ensuite son déclin à la suite d’une série d’événements. Jules Blache affirmait en 1923 que l’on pouvait encore de Grenoble à Albertville marcher pendant 80km sans sortir des vignes4. Le phylloxera et les deux guerres mondiales ont eu, comme partout ailleurs, un impact sur la diminution des surfaces viticoles. L’implantation de sites industriels, principalement des papeteries, a amené les paysans à délaisser leurs terres pour devenir ouvrier et ainsi bénéficier d’un revenu moins aléatoire et plus confortable.


Malgré l’industrialisation de la région, la viticulture ne disparaît pas complètement, elle se maintient sous deux formes : une production de consommation familiale et des paysans polyculteurs qui intègrent la vigne dans l’ensemble de leurs cultures. La plupart de ceux qui  continuent la viticulture remplacent progressivement les cépages locaux par les hybrides (noah, baco, clinton, jacquez...), plus faciles à cultiver car plus résistants aux maladies et plus productifs. Les vins médiocres produits à partir de ces hybrides ont profondément nuit à l’image qualitative du vignoble. Ils ont donc été remplacés par des cépages précoces dits améliorateurs (chardonnay, gamay, pinots...) permettant de produire des vins de pays bon marché, au détriment des cépages anciens qui ont failli disparaître.

 

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Aujourd’hui les vins des Balmes Dauphinoise ne représentent que 40 hectares ! Dans certaines régions, c’est la taille d’un domaine. Comme le souligne Nicolas Gonin, vigneron en Isère, le maintient du vignoble tient presque du miracle. Selon lui, sa survie tient d’une part au maintient d’une tradition de production familiale5 et d’autre part, à l’apparition de l’appellation des vins de pays dans les années 1970 qui a permis d’inscrire le vignoble dans le paysage viticole français. J’ajouterai, pour ma part, que s’il renaît de ses cendres tel un phénix, c’est aussi et surtout grâce au travail de vignerons et d’associations de passionnés qui se font les ambassadeurs de leur terroir.


Ils sont à l’origine d’une série d’initiatives visant la réhabilitation des cépages anciens et locaux. On peut citer, par exemple, la création, en 2007, du Centre d’Ampélographie Alpine Pierre Galet, à Montmelian, en Savoie, qui permet aux vignerons de trouver des solutions pour cultiver les anciens cépages. Le Dauphiné, malgré son histoire agitée, reste encore un réservoir important de vieux cépages avec une quarantaine de cépages locaux dont une quinzaine spécifiques à l’Isère. Cette volonté de réintroduction des cépages anciens n’est pas le fruit d’une nostalgie tournée vers le passé, mais bien celle de vignerons qui ont le regard tourné vers l’avenir. Ces cépages sont, non seulement, très qualitatifs mais à maturation lente et plus adaptés au terroir dauphinois. De plus, ce sont des cépages qui produisent un plus faible degré alcoolique, une des causes d’ailleurs de leur abandon, et qui s’avère aujourd’hui devenir une qualité en raison des évolutions climatiques.


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Mais quels sont les cépages autorisés dans l’appellation des Balmes Dauphinoises ? Il y a pour l’instant un mélange de cépages nationaux (chardonnay), savoyards (altesse) et locaux (verdesse)6. Certains cépages comme le bia, la mècle et la sérènèze ont fait l’objet d’un reclassement administratif qui a débuté en 2009, ce qui a permis de les réintégrer dans la liste nationale française. La démarche se poursuit pour l’onchette. En parallèle des démarches pour la réhabilitation, des prospections estivales organisées depuis 2010, dans de très anciennes vignes familiales, ont permis de retrouver et de sélectionner des pieds de vignes de bia, de mècle et d’onchette afin de les réimplanter dans le vignoble.


La réimplantation récente de ces pieds de vignes ne permet pas, pour l’instant, la production de vins à partir de ces cépages. Il faudra attendre quelques années pour voir apparaître les premières bouteilles. L’attente sera encore plus longue pour des cépages comme le bia dont le faible nombre de pieds retrouvés ne permet pas de constituer une sélection significative pour créer une parcelle.


Les vins actuellement produits dans les Balmes Dauphinoises sont des vins tranquilles, blancs, rosés et rouges, des vins mousseux blancs et rosés et des vins blancs liquoreux. Certaines zones viticoles possèdent toutes les caractéristiques pour le développement de la surmaturité et de la pourriture noble : une alternance d’humidité et de sécheresse avec des brouillards matinaux et des vents secs. Je n’ai pour l’instant goûté que les vins d’un seul domaine en Balmes Dauphinoises dont je vous parlerai dans un prochain article qui lui sera entièrement consacré. Ce que je peux néanmoins vous dire en guise de conclusion, c’est que les vins dégustés ont été pour moi une très agréable découverte par leur forte personnalité, leur élégance, leur équilibre, leur finesse et leur potentiel de garde.


Des vins à la forte identité qui traverseront le temps…


1 Les vignes sont plantées entre 250m à 400m d’altitude.


2 Joël Feraud, Vin de l’Isère : Balmes Dauphinoise et Coteaux du Grésivaudan, Mémoire Sommelier Conseil Caviste, Suze La Rousse, Février 2010


http://www.vins-nicolas-gonin.com


4 Jules Blache, Revue de géographie alpine, volume 11-2, 1923, p 49


5 Et la viticulture familiale ce n’est pas quantité négligeable : 300 ha 1600 récoltant en Isère ! Autrement dit 7,5 fois plus de surfaces sont exploitées par les non-professionnels.


6 Liste des cépages autorisés pour les rouges et les rosés : Etraire de la Dui, Gamay noir à jus blanc, Joubertin, Mècle, Pinot noir, Persan, Mondeuse noire, Syrah, Servanin et Corbeau. Liste de cépage autorisés pour les blancs : Altesse, Arvine, Chardonnay, Jacquère, Verdesse, Pinot gris, Viognier, Roussanne, Verteliner et Mondeuse blanche.


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Carnets de Sonia
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