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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 00:09

Dans le n°49 de Vinifera d’octobre 2013, Jacques Perrin, affiche la couleur avec ce titre : Le rêve du vin naturel/la guerre du vrai goût. Le poids des mots choisis est évident, il traduit bien le credo du magazine « pour connaître l’actualité des grands vins et pour une approche différente de la culture du vin. »


C’est de la belle ouvrage mais un peu à la manière d’un correspondant de guerre qui rédigerait son article dans l’un des camps. Pour autant, en constatant cela, je ne qualifierais pas l’article de partisan. Bien au contraire, il est d’apparence équilibré, sans outrance, avec de longs développement sur le bio et la biodynamie, mais il est clair que Jacques Perrin ne doit pas s’être souvent confronté physiquement au camp des naturistes. C’est son choix et c’est un choix que je peux comprendre mais il lui fait commettre un contre-sens.


Les adeptes du vin nu ne sont en rien des croisés du « vrai goût »


Bien au contraire, ils sont très majoritairement des adeptes du mauvais goût qu’il ne faut pas forcément assimiler aux faux-goûts chers aux grands dégustateurs.


Le vin ne se fait pas tout seul mais pour autant l’omniprésence des vinificateurs stars laisserait accroire en leur paternité alors qu’ils ne sont que des sages-femmes veillant sur les tonneaux et quand à comparer l’élevage des vins à l’éducation des enfants il y a un pas que je ne franchirai pas en père que je fus. Comparaison n’est pas raison et la floraison d’images stylistiques ressemble fort à un habillage de ce que, de tout temps, à fait la main de l’homme avec bien sûr en sus toutes les avancées de la technique. L’omniprésence n’a rien à voir avec la présence, le soin, l’attention et je ne suis pas certain qu’en ce domaine les modernistes soient aussi exemplaires que le disent leurs beaux discours. Je connais beaucoup de vignerons, que je ne qualifierai pas de naturistes pour ne pas coller d’étiquettes, qui sont au plus près de leurs vignes et d’une attention méticuleuse à la vie de leurs vins. L’amalgame et la catégorisation est pour moi une forme d’agression à la vérité que l’on dit rechercher.


Je ne suis d’aucun camp, d’aucune chapelle, je parle à tout le monde sauf à ceux qui se refusent à me parler, je suis donc de ceux qui fréquentent les naturistes depuis un bail, les Antonin, GNB, Olif, Eva and Co, je les ai vus évoluer, s’affirmer, mais je n’ai jamais senti chez eux la volonté d’engager une soi-disant bataille pour « le vrai goût ». Très honnêtement je crois qu’ils s’en tamponnent comme de leur première chemisette. Qu’ils soient de doux rêveurs, des provocateurs, des dissidents, je trouve ça plutôt encourageant pour des gens de leur âge. Pour autant je ne suis pas toujours d’accord avec eux, et certains naturistes sont chiants et arrogants mais ce n’est pas forcément mieux avec ceux d’en face. Quant à en faire des nouveaux picolos qui boivent sec parce qu’ils boivent « sain » c’est aller bien vite en chemin. Ma vieille fréquentation du monde du vin m’a fait côtoyer une sacrée floppée de mecs – peu de filles – grands amateurs de vins dit normaux en surdose permanente.


Tout ce petit monde des naturistes est bien sûr majoritairement urbain car tout bêtement les urbains sont ultras-majoritaires dans nos sociétés, mais pour autant il ne peut être mis dans le même sac, boboïsé, moqué, car ces petits jeunes sont tout simplement le sous-produit du rejet du monde de certains grands amateurs confits dans leurs certitudes, enfermés dans leurs cercles restreints, à leur manière des Précieux Ridicules. Les petites louves et les petits loups des vins nus sont le fruit d’un refus du faux-esprit de sérieux qui a entouré le culte des grands vins. Jacques Perrin cite l’exemple la dégustation d’inauguration de la cave de la Grande Epicerie du Bon Marché pour argumenter. J’y étais en compagnie de GNB, Antonin et Eva et ce fut une caricature de dégustation prout-prout ma chère avec des discours formatés, une façon de dire aux petits blogueurs « nous vous prenons pour des petits cons qui n’y connaissent rien et on va vous en mettre plein la vue ». J’en étais moi-même gêné et j’ajoute que les vins servis, avec de soi-disant accords Mets&Vins stupides, n’étaient pas au mieux de leur épanouissement. On peut se nommer Cheval Blanc et Yquem et ne pas se révéler à la hauteur de la situation.


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Le vin est fait pour être bu, on peut toujours mettre des mots dessus, célébrer la culture du vin, mais DIEU que beaucoup d’assemblées de grands amateurs sont chiantes et pontifiantes. Je les fuis. La vague naturiste a fait souffler sur le monde du vin un vent de fraîcheur, de fête, de réelle convivialité, et elle a ouvert des portes d’entrée aux néo-consommateurs. Nul ne leur demande de produire un passeport de connaisseurs, de se soumettre aux rets du vrai dégustateur, l’important ici c’est l’attractivité. L’envie. Le plaisir. Le plaisir partagé. Bien sûr il va m’être objecté l’acculturation de beaucoup de ces néophytes. Je le concède volontiers mais une fois qu’ils ont pénétré dans le cercle du vin chacun d’entre eux fera son chemin alors que s’ils étaient restés au dehors j’en connais qui accuseraient la loi Evin d’en être responsable.


En écrivant ce que j’écris je ne fais pas du jeunisme mais j’essaie de comprendre en me frottant à une génération qui, contrairement à la mienne et à celles qui lui ont succédée, s’intéresse beaucoup au vin, filles en tête. Passionnément, avec fougue, dose de mauvaise foi, outrances, mais aussi avec une spontanéité qui a eu le mérite d’ébranler des certitudes et des manières de faire sur lesquelles beaucoup fermaient les yeux. Les naturistes ont fait bouger les lignes. Ils sont eux aussi parfois très chiants, exaspérants mais le compliment peut être facilement retourné à l’encontre des chantres des vins bien installés.


L’important pour moi c’est l’extension du domaine du vin et non son confinement dans des académies du bon goût où se retrouvent des messieurs d’un certain âge faisant assaut de culture. Casser les codes est le privilège de la jeunesse, faire table rase du passé disait-on dans l’ancien temps, mais pour autant je ne sens pas dans le mouvement naturiste du passéisme, un chant du c’était mieux avant. Au risque de passer moi-même pour un provocateur je les trouve très raisonnables ces jeunes pousses, très hédonistes, très amateurs de bonne chère, bons vivants. Même si certains des vins qu’ils aiment sentent un peu la bouse ils n’ont guère de paille dans leurs sabots, ils vivent dans leur temps ce sont des Y impatients de nous pousser dehors.


Ce qui m’étonne dans cette littérature qui décrète des guerres qui ne sont que des guerres en dentelles c’est que ma génération campe sur son piédestal, contemple avec un peu de condescendance cette gentille marmaille, lui fait maintenant, après l’avoir tancé durement, une gentille morale de vieux qui s’accrochent. Pourquoi ne pas descendre dans l’arène, se colleter à tout ce petit monde pour échanger, jouer son rôle de passeur d’expériences. Moi, je le fais et le sieur Pousson un peu aussi et Dieu sait si ses préventions étaient fortes. Mais je me dois d’écrire que le clan des gens qui pensent « justes », n’est pas forcément aimable à l’endroit de ceux qui ne pensent pas comme eux. La mise à l’Index fait partie de la culture de certains d’entre-eux qui défendent leur pré-carré avec la même énergie que les naturistes leur petite chapelle.


Tout ça a au moins le mérite d’animer le marigot, de l’aérer, je n’ose écrire de l’oxygéner, mais ce dont je suis sûr et certain c’est que la guerre du vrai goût ne sera jamais déclarée car, même si la vérité est au fond des verres, je ne vois pas ce que le vrai viendrait faire dans cette galère du goût, qu’il soit bon ou mauvais d’ailleurs, car le vrai, c’est ce qui est conforme à la vérité ; ce qui possède les caractéristiques propres à sa nature ; ce qui ne relève pas de l'imaginaire ; ce qui est le plus approprié, qui convient le mieux. Ne donnons pas trop d’importance à nos débats qui n’intéressent qu’une infime partie des consommateurs de vin car les « grands vins » tout comme les « vins natures » ne touchent que de minces « élites » qui s’appuient l’une sur l’autre pour atteindre un niveau de bruit médiatique qui reste et restera très confidentiel.


Que Jacques Perrin se rassure lorsque qu’Alice Feiring renchérit sans rougir que « les femmes qui préfèrent le vin naturel ont probablement tendance à être plus créatives, que ce soit sexuellement ou intellectuellement » je surenchéris, moi aussi sans rougir, en affirmant que pour les hommes adeptes des vins nus ce n’est pas une probabilité mais une certitude.

 

Désolé, pas mieux ! « I have a dream... »

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Arnaud 07/11/2013 21:50


Vincent : A mon avis, les naturistes, qu'ils soient du vin ou de la table, comptent dans leur rangs des gens très sincères et des imposteurs, et entre les deux des défricheurs, qui avancent sur
le mode "apprentissage par essais et erreurs". En cherchant leur voie, ils offrent le meilleur et le pire (ou à boire et à manger, si l'on veut...). 


Pour ce qui me concerne, j'ai été décu ou stupéfait par certaines de ces tables. Exactement comme je l'ai été par des étoilés "à l'ancienne". La sincérité et l'imposture y tenaient la même
place. 

Vincent Pousson 07/11/2013 18:52


Moi, là où j'ai des doutes, Arnaud, c'est sur la génération permanentée du "New French Bistrot", sur son "naturisme" en tout cas. Beaucoup d'esbrouffe et de parisianisme dans tout cela, une bonne
dose de marketing façon fripe du Sentier, ça sent guère le sous-bois. Enfin, il est vrai que je me fonde surtout sur deux ou trois expériences pas terribles, dont celle-ci, Saturne, catastrophique. Là où j'ai encore plus de doute, c'est quand je
vois tous ces naturistes frayer avec les chimistes catalans et la bande à Nestlé. Mais je dois être trop méfiant…

Jacques Perrin 07/11/2013 13:36


Cher Jacques Berthomeau, je ne suis pas certain que sur ce coup-là, vous soyez très bien renseigné... Vous écrivez qu' "il est clair
que Jacques Perrin ne doit pas s’être souvent confronté physiquement au camp des naturistes." Vraiment ? J'ai eu le privilège de connaître Jules Chauvet. J'ai même importé ses vins en
Suisse, il y a presque trente ans. J'ai été également l'importateur de Marcel Lapierre à une époque où personne (ou presque) ne s'intéressait aux vins sans soufre.


Quant au titre de l'article "La guerre du vrai goût", il ne vous aura pas échappé qu'il est bien évidemment ironique, puisque ma présentation vise à démontrer qu'entre les deux camps opposés, les
naturistes et les autres, la frontière est très mince.


Enfin, sur le plan (essentiel) de la créativité intellectuelle ET sexuelle, me voilà rassuré en ce qui vous concerne. Mais pour Alice Feiring, permettez-moi d'émettre quelques doutes...

Arnaud 07/11/2013 00:34


Il n'y a pas que le vin qui se la joue naturiste. 


Article de François-Régis Gaudry dans l'Express sur la génération "New French Bistrot"


http://www.lexpress.fr/styles/saveurs/generation-new-french-bistrot_1297178.html 

Nicolas de Rouyn 06/11/2013 16:14


Un grand moment de démagogie très basique. Mais si, tu fais du jeunisme et pas qu'un peu. Jacques, tu inventes même une nouvelle posture bien roublarde du paternalisme de nos ancêtres. Ce n'est
pas un compliment.

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