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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 00:09

Paysan_et_rebelle.jpg

 

Pour ne rien vous cacher, l’acculturation historique conjugué à un individualisme forcené, qui règne sur les réseaux sociaux me fatigue, m’exaspère. Réflexion de vieux con m’objectera-t-on, j’assume, persiste et signe.


Rassurez-vous je ne vais ni me lamenter, ni m’affliger, ni ferrailler, mais me contenter de témoigner par plume interposée.


L’une de mes faiblesses c’est que pour aimer j’ai besoin d’admirer.


Bernard Lambert fait partie de ceux qui ont compté dans ma « fabrication » link


G.Wright.jpg

 

Ce qui suit est de la plume de Gordon Wright, qui fut chef du département d’histoire de l’Université de Stanford en Californie. Un très grand historien qui pendant de longues années s’est penché sur l’histoire de la France contemporaine et a écrit un livre majeur « La Révolution rurale en France » en 1964, traduit et publié aux éditions de l’Épi en 1967. Ouvrage indispensable que les ruralistes de comptoir feraient bien de lire avant d’aligner comme des saucisses leurs hautes pensées sur la grande mutation qui a touché la France agricole et rurale au cours du XXe siècle.


Wright écrit « Ma première incursion sérieuse dans la campagne française eut lieu en 1950-51, alors que l’on pouvait déceler les tout premiers débuts de la mutation fondamentale. En réalité « déceler » est probablement un mot trop positif ; on pouvait conjecturer les signes de changement, les deviner, plutôt que les voir ou les démontrer.


Ma seconde visite, en 1960, m’amena dans bon nombre des villages déjà visités dix ans auparavant… D’autres ont été choisis parce qu’ils semblaient susceptibles d’apporter des lumières sur un phénomène différent – la montée d’une nouvelle élite dans les campagnes.


Élite, le gros mot est lâché… l’intelligence du fils d’un métayer de Teillé… loin des petits marquis d’aujourd’hui, du type Nossiter, qui pensent à la place de la piétaille, profitent d’une belle cause pour ne cultiver que l’ego…


Le texte de Wright est long. Je vais le tronçonner en 2 épisodes. Pas sûr que ça fasse le buzz mais j’aurais au moins le sentiment du devoir accompli.


Teillé : tradition féodale et révolution paysanne


« Le village de Teillé se trouve dans les marges méridionales de la Bretagne, dans l’agréable région de pâtures voisine de Nantes. Le receveur des P.T.T, avec un rien de fierté, montre le chemin de la ferme de Bernard Lambert, un des plus jeunes députés du Parlement français.


C’est une région où la féodalité, bien qu’officiellement morte en 1789, a survécu en esprit et dans les mœurs jusqu’à nos jours. Une grande partie des terres était exploitée en métayage jusqu’en 1945 ; les propriétaires pouvaient venir faire un tour sans prévenir pour surveiller la moisson, regarder ce qui se préparait en cuisine, prendre dans la basse-cour un poulet pour l’emporter. Certains parmi les plus vieux paysans continuent à saluer en se courbant lors d’une telle visite et s’adressent au propriétaire en l’appelant « Monsieur notr’maître ». Bernard Lambert rapporte qu’en 1938 son père, un métayer, avait gagné une radio dans une tombola – la première qu’on eût vue à Teillé, qui l’admiration et l’enchantement de tout le village. Deux jours après, le propriétaire se présentait : « Lambert, vous me devez de l’argent ; pas de luxe chez vous tant que vous avez des dettes. Je vais prendre la radio et je la créditerai à votre compte. » « Un bon moyen de faires des communistes », fait sèchement remarquer le jeune Lambert.


Au point de vue politique, les anciens aristocrates ont conservé une forte emprise sur la région ; les noms à particules sont nombreux au Conseil Général, et on les retrouve souvent aussi au Parlement. Au début du siècle, la vieille élite fut concurrencée par les bourgeois radicaux-socialistes, qui trouvèrent assez d’appuis dans les villes et les cités pour faire élire quelques députés. Ni la démocratie-chrétienne, ni le marxisme ne parvinrent à percer dans la région. C’était là un exemple classique de la vieille tradition rurale : d’un côté les aristocrates, l’église et la paysannerie ; de l’autre la bourgeoisie anticléricale.


Lambert se révolta très jeune contre cet état de choses ; il s’y opposa dès l’âge de 12 ans. Jusqu’alors il avait accepté son état de fils de métayer et de fidèle catholique ; le curé, rapporte-t-il, en avait fait un bon royaliste et même, pour un temps, « un petit pétainiste. Puis, quelque chose vint lui ouvrir les yeux (comme il le dit maintenant) ; en 1942, il cessa d’un coup d’aller à la messe – d’un coup, et définitivement. Pourtant la rupture ne fut jamais totale de part et d’autre ; après la guerre, lorsqu’un nouveau curé fonda une section locale de la JAC, Lambert y fut accueilli comme membre malgré son refus de revenir au bercail. C’est là qu’il eut pour la première fois l’occasion de discuter de questions d’agronomie ; d’économie et de politique, dans une ambiance de liberté remarquable. Il lut voracement, découvrit qu’il possédait une réelle facilité d’élocution naturelle, fut entraîné (comme Michel Debatisse) à des responsabilités régionales, puis nationales, dans la JAC. Pendant ce temps, quelques jeunes voisins et lui entreprirent de travailler conjointement les petites fermes qu’ils tenaient en métayage et fondèrent un petit abattoir coopératif pour damer le pion au puissant monopole des marchands de bestiaux. Bientôt, ils remplacèrent leurs aînés qui avaient jusque-là dirigé le syndicat des agriculteurs, et le prirent totalement en main. Au bout d’un an, l’âge moyen  des dirigeants du syndicat régional passa de 65 à 30 ans. Leur coopérative d’abattage, harcelée par les chevillards furieux qui contrôlaient tous les débouchés sur le marché dans des villes comme Nantes, où elle organisa des ventes directes à  des groupements organisés de consommateurs et à des syndicats… »


à suivre…

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Weber 13/07/2014 11:05


Après la JAC, la Jacquerie ?

Roger Feuilly 13/07/2014 10:08


J'attends avec impatience la suite de ce feuilleton dominical...

jp glorieux 13/07/2014 09:59


En écho à  ce beau témoignage , je envoie à  ces analyses d'un trio d'universitaires caennais et aux commentaires successifs :


Cette étude  date de 1989 .


http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_1989_num_194_1_4023_t1_0049_0000_1


 

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