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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 00:09

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Sur son blog « Du Morgon dans les Veines » Guillaume Nicolas-Brion écrit sous le titre :

Son auberge était ouverte aux gens sans feu ni lieu 

« Pour ceux qui vivraient sur une autre planète, je rappelle que depuis hier soir, Michel Moulherat et Giuseppe ont définitivement baissé le rideau de la Cave de l'Insolite, à Paris. La rue de la Folie-Méricourt n'aura plus le même parfum »

Suivent de nombreux témoignages attristés, plein de regrets, et je le comprends car disait ma mémé Marie « ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier. »

Je n’étais pas comme eux un « habitué » de la Cave de l’Insolite mais à chaque fois que j’y suis passé l’accueil fut toujours plein d’empathie et de sincérité. Pour sûr c’était une bonne maison.

 

Mais, à mon âge on goûte de moins en moins les hommages posthumes, aussi sincères fussent-ils, car on se dit « quand viendra mon tour je ne serai plus là pour les entendre. »

Quand on me portera en terre ce que j’aimerais c’est qu’un Orphéon précède ma petite boîte et que sitôt la chose faites tout le monde aille descendre un canon à ma santé. Les regrets ne servent à rien, ce ne sont que des cendres qui s’envolent au premier coup de vent comme dans Big Lebowski. Vous savez, on peut rire aux larmes alors pourquoi ne pas sécher ses larmes en réfléchissant?

 

Dans cette affaire ce qui m’inquiète c’est pourquoi la Cave de l’Insolite ferme ses portes ?

En effet, dans mon boulot, j’affronte la cohorte des consommateurs urbains, du moins ceux qui se disent intéressés par le devenir des producteurs, qui dégainent facilement leur petit producteur. Alors je m’échine à expliquer qu’un petit producteur est un agent économique comme les autres qui, s’il fait des petits rendements, doit créer une valeur unitaire lui permettant de dégager un revenu pour vivre comme n’importe quel citoyen. C’est basique mais beaucoup de nos amis, qui sont des salariés, ont beaucoup de mal à appréhender un compte d’exploitation.

 

Je ne sais si la Cave de l’Insolite ferme pour des raisons économiques mais depuis que je sillonne à vélo les rues de Paris et que je vois éclore presque chaque jour de nouvelles enseignes de « petit caviste » la question récurrente que je me pose est toujours la même  « comment vit un petit caviste à Paris ? »

 

Sans affirmer que tout le monde s’en fout, j’ose écrire que ça mérite réflexion à la fois bien sûr pour les intéressés mais aussi pour une large catégorie de « petits vignerons ». Comment répondre à ma question ? En mettant cartes sur table et non en posant la question aux intéressés : en effet j’ai rarement vu qui que ce soit répondre à la sempiternelle question : « ça va ? » par « mal ». On biaise, on triche un peu, on espère des jours meilleurs, on s’accroche, on serre un cran à la ceinture.

 

Dans ce qui pourrait être une petite étude, tout à fait finançable, ne serait pris en compte que la vente de vins et non les activités annexes, beaucoup plus juteuses, telles que les cours dit d’œnologie ou mieux de dégustation, l’organisation d’évènements autour du vin... ou par des apports de revenus extérieurs. Sans affirmer qu’on puisse tirer de ce type d’approche un réel modèle économique – qui d’ailleurs ne me semble pas exister aussi pour les chaines de cavistes – viable ce qui serait intéressant c’est de permettre à la foultitude des petits vignerons d’avoir, bien plus que maintenant, un réel et durable accès au marché. Et ça passe par des cavistes costauds. Ce que je constate tous les jours autour de moi m’effare un peu mais qui puis-je ? Entre-nous pas grand chose.

 

Cependant, l’extension du domaine du vin qui passe par des prix consommateurs pas trop alourdis par le poids des marges, une bonne rémunération des vignerons qui dépend du niveau des prix et des conditions de paiement équitables, une distribution diversifiée des vins en fonction des zones de chalandise et du pouvoir d’achat des consommateurs, passent par une base minimale d’organisation. Réfléchir ensemble, bien plus que de mener des petites batailles de chapelles insignifiantes, ne nuirait à personne. Comme vous tous je déteste voir des gens sympathiques tirer définitivement leur rideau de fer mais j’aimerais qu’au-delà de la pure émotion, chacun à notre niveau portions une petite pierre à l’édifice commun. Nous ne sommes pas sur le Net que pour faire joli, exalter nos ego, mais aussi pour que ceux qui bossent dans leurs vignes vendent leurs belles petites boutanches et ça passe par un peu d’altruisme de notre part. Je sais ça fait très prêchi-prêcha mais je n’ai pas mieux en magasin.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Jungmann 05/08/2011 09:10



Bien d'accord avec vous !



Cad 04/08/2011 23:26



Jungmann, aucun métier ne s'improvise. Celui de caviste ni aucun autre. Que les improvisateurs se pètent le nez me semble entrer dans une logique imparable mais si je trouve ça un peu
triste : un caviste est avant tout un commerçant... je veux dire par là que le goût pour le vin, les qualifications, les compétences pour l'apprécier sont une chose difficile et rare, et
c'est essentiel pour savoir faire marcher le coffret cadeau de Noël du "parfait petit caviste", mais savoir gérer un commerce est une toute autre chose .


Je sais, je manque de poésie. J'aurais pu le faire plus dans l'émotion. Mais non.



Jungmann 04/08/2011 18:45



Jacques,


Econoxe a réalisé une série d'étude déclarative sur les cavistes. Dans la partie qui les décrits, il resort que beaucoup gagnent à peine leur vie et qu'une bonne partie des cavistes s'instale
dans le cadre d'une reconversion. Avec peu de revenu il est impossible de faire de la pub, d'embaucher pour ouvrir longtemp le magasin, dégager du temps pour séléctionner... S'ajoute aussi le
coût du transport et l'imobilisation de capitaux dans le stock. Bref un métier qui semble très sympa mais qui se révèle très dur !


 



Patrick Böttcher 04/08/2011 09:14



@Luc... Oui, oui, moi ici, mais comme je suis timide, faut du temps pour que j'ose !
Vrai qu'après avoir quitté la campagne toscanne, j'ai eu l'impression que dans le Nord, on est en train de devenir des lemmings...



Luc Charlier 03/08/2011 18:39



@ Patrick: Ciel, Patrick, toi ici, aussi !


Quoi de plus triste que ces abords de – petites – villes qui commencent à ressembler à des shopping malls étatsuniens. Qu'on soit à
Thuir (du côté de Llupia), à Narbonne (quartier la Coupe), à Limoux, à Cahors, à Castelnaudary .... enfin, n’importe où, c’est quo todi ‘l’même : les mêmes Lidl, les mêmes
Foir’fouille, les mêmes Toys’r us, les mêmes Sikkens, les mêmes Ikea .... Et partout dans les Nicolas, la même bibine banalisée.


Tu as raison, les Italiens ont su beaucoup mieux garder le côté artisanal du commerce. Il y a un peu plus d’un an, je me suis rendu à
Vienne (Österreich) pour le cinquantenaire d’un amie. Nous avons fait étape à l’aller dans une ancienne maison de maître transformée en chambre d’hôtes (avec coin cuisine) à quelques kilomètres
d‘Udine. Arrivés là bien après 19 heures, nous avons tout trouvé chez l’épicier local (y compris de la charcut. sensationnelle, à la coupe) .... sauf le pain et les croissants du lendemain matin,
mais le boulanger était ouvert, et sauf des tomates, mais le maraîcher était ouvert, et sauf une bouteille de vin, mais le caviste était ouvert .... etc.


Au retour, l’étape fut d’un autre style : nous nous sommes arrêtés chez Otto Geisel à Bad Mergentheim (http://www.victoria-hotel.de/main/?PHPSESSID=g8ogd655ievkid33rrtijijs5vj8oa6v). Pas mal non plus, dans la série Léon quitte les Soviets !



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