Mardi 6 mars 2012 2 06 /03 /Mars /2012 00:09

La cuisine, le lieu carrelé, peinture alimentaire, éclairage dru, avec ses ustensiles : le fouet, le chinois, l’écumoire, le faitout, les casseroles, les poêles…, son fourneau ou sa plaque pyrolyse ou ses feux de gaz, son four, ses livres de recettes, son garde-manger ou son frigo, sa cave à vin, ses bruits, ses vapeurs, ses odeurs, a été et reste encore le domaine des femmes, des mères surtout. Faire la cuisine au quotidien pour la famille avec son lot de courses n’est pas une sinécure, c’est du travail masqué qui n’entre pas dans le calcul du PIB. Pour autant la situation reste-t-elle figée, les mentalités ne seraient-elles pas en train d’évoluer ?

 

Oui, sans aucun doute, même si je reste frappé par la pesanteur de mes collègues masculins. J’en parle à mon aise car, depuis toujours, j’occupe la cuisine, c’est mon territoire et, lorsque je suis allé chez notre Luc Charlier j’ai pu apprécier ses talents de cuisinier, bien supérieur aux miens.

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Ceci écrit, n’exerçant pas la profession de sociologue, ne sondant ni les têtes, ni les cœurs, je ne vais pas ce matin vous entraîner sur un terrain que je ne connais pas bien. Mon approche est beaucoup plus empirique, totalement subjective, centrée sur le blog d’une nouvelle venue en notre blogosphère : Samia Iommi Amunategui avec Cuisine&Sentiments. Samia et moi sommes amis sur Face de Bouc et sa nouvelle enseigne m’a de suite alléchée : les sentiments quoi de plus, j’hésite sur le qualificatif mystérieux, excitants, troublants, comme ingrédients.

 

Le sentiment dans son acception première c’est le fait de sentir, d’éprouver, c’est une sensation. Cuisine et sens vont bien ensemble d’autant plus que le sentiment, les sentiments sont souvent enfants de la passion, de l’émotion. Voltaire dans son Dictionnaire Philosophique écrit « Tous les autres sentiments entrent ensuite dans celui de l’amour, comme des métaux qui s’amalgament avec l’or : l’amitié, l’estime, viennent au secours ; les talents du corps et de l’esprit sont encore de nouvelles chaînes. »

 

Pure alchimie que l’alliance de cuisine et sentiments, où ce que fait la main est en prise directe avec le cœur, ses pulsions, ses envies, ses douceurs, ses excès, ses emportements, ses rêves… Quoi de plus troublant que ces mains dans la farine qui pétrissent… quoi de plus étrange que de monter des œufs en neige ou de lier un beurre blanc… Le vocabulaire de la cuisinière : abaisser la pâte, écumer une confiture, émincer, monder, effiler, réserver, singer… relève d’une dramaturgie où le tour de mains, le ressenti intime, capte, magnifie les ingrédients les plus humbles en leur incorporant juste ce qu’il faut de sentiments éprouvés. Aucun besoin de balance, le dosage est fonction du cœur. Les plats, les mets, le gâteau, le soufflé, la tomate farcie, l’œuf sur le plat… sortent alors de la routine cuisinière, purement alimentaire pour entrer dans la cour des sentiments.

 

Samia fait donc partie de ces jeunes femmes d'aujourd'hui qui entrent  dans leur cuisine de leur plein gré, sans ployer sous le joug des tâches ménagères – bien sûr, il leur faut chaque jour nourrir leur petite famille mais souvent leurs compagnons mettent la main à la pâte -  pour répondre à une impérieuse nécessité : celle du plaisir, en donner et en recevoir… Que voulez-vous je trouve cette motivation bien plus enthousiasmante que celle de bien des consœurs de Samia, bloggueuses dites de cuisine, qui nous égrènent des recettes à la queue-leu-leu comme des écheveaux de saucisses qu’on suspend dans le cellier sans trop savoir qu’en faire.

 

Alors comme vous commencez à me connaître : quand j’aime je conte ! En deux coups de claviers, en m’inspirant du questionnement d’Ingrid Astier dans Cuisine Inspirée, j’ai expédié à Samia une batterie de questions – normal non – et j’ai reçu des réponses que je vous invite à découvrir car Samia n’est pas adepte du précuit, du réchauffé mais d’une langue vive, pleine de fraîcheur spontanée, où ses mots attisent la gourmandise, aiguisent les sens et prouvent bien que sous sa main Cuisine&Sentiments relève de l’alchimie du cœur qui a ses raisons que la raison ne connaît point…

 

L’harmonie d’un plat ?

 

Samia : Qui dit harmonieux, dit équilibre… Celui que je cherche entre moi et mes prolongements, la casserole, le fouet, cette saleté de plaque électrique. Une fois ces ustensiles à ma botte, l’harmonie est dans la cuisson. On peut s’évertuer à marier les meilleurs ingrédients (produits frais, produits de saison, viandes de premier choix…) si les carottes sont trop cuites et la viande sans fondant… c’est fichu.

L’harmonie dépend de la flamme !

 

Une saveur ?

 

Samia : Le poivre ou plutôt les poivres… les longs, les ronds, les pilonnés, les broyés… Ce qui est fascinant avec le poivre c’est que selon son origine et la manière dont on le consomme, il exhalera des centaines de saveurs.

En ce moment je pactise avec le Diable, pardon, le Poivre de Tasmanie.

 

L’infaillible puissance de séduction ?

 

Samia : Éclats de foie gras poêlés ? Saint-Jacques en écrin de truffe ? Eh non, la Carbonnade Flamande.

Pour la préparer on découpe, on déglace, on arrose et enfin on laisse mijoter 4 heures… Elle se fait attendre la demoiselle flamande !

Elle associe l’alcool au bœuf fondant. L’ivresse à la chair !

Un plat puissant qui a le goût sucré du mystère grâce à un ingrédient inattendu.

(Révélation sur Cuisine et sentiments link )   Myriam-0952.JPG

Un plat qui a de l’humour ?

 

Samia : Un plat raté présenté avec le sourire et cache-misère de circonstance.

 

Un mets érotique ?

 

Samia : On nous parle souvent d’ingrédients aphrodisiaques, si l’on torpille un plat de gingembre, de chocolat, d’huitre… il ou elle est censé tomber sous le charme. Pour moi, l’érotisme en cuisine passe par le verbe, l’art de donner envie de croquer la pomme sans même avoir vu la pomme ! 

A partir de là, on s’en donne à cœur joie : Tiphaine Campet de link  et auteure de Leçon de séduction, 50 recettes gastroromantiques, nous propose pour le plaisir, des « Jeunes foies en Fleur », un « Maquis de Sade », des « Souris d’agneau entremêlassées ». Quant à moi, j’offre une crème fouettée maltraitée, un tartare à faire rougir, des bijoux indiscrets…

 

Mon imaginaire et la gastronomie ?

 

Samia : La cuisine, parfois ça vous possède comme un démon : on a une idée, et il faut s'y mettre, au fourneau, ça devient une obsession... Le diable ne serait-il pas derrière tout ça ? On en revient au péché de gourmandise...

 

Un mets ironique est-il possible ?

 

Samia : Un plat fait de mes jolies mains, bichonné pendant 2 bonnes heures, emprisonnée dans ma cuisine d’1m2. Enfin, je le sers, et on me dit : hum, c’est bon… C’est Picard ?

 

La dernière bouchée ?

 

Samia : Elle est la promesse que nous nous retrouverons bientôt (le plat et moi).

Un plat c’est toujours une affaire à suivre...

Affaire à suivre sur Cuisine&Sentiments : link avec Samia

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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