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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 00:09

Qu’est-ce qu’un journalier ?


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Journalier (peinture de László Mednyánszky)

 

Andria, la piazza Catùna, le marché au bras, « une masse d’hommes et de jeunes garçons debout, présents dès l’aube, journaliers et cozzali (colons, métayers, paysans, qui disposaient de si peu de terre qu’elle ne leur permettait de survivre). Tous les jours là, à trois heures du matin l’été, et à quatre heures l’hiver, agglutinés au centre de la place, avec leur pioche, en quête d’une journée. Attendant d’être choisis par le métayer après avoir proposé un chiffre, aussitôt baissé par le voisin qui espérait voler la priorité. Des enchères à l’envers, la concurrence pour deux kilos de pain et un kilo de fèves. En fin de matinée, les paysans dont personnes n’avaient voulu s’attardaient sur la place, après que les heureux élus s’étaient dirigés vers les champs. Ils n’avaient plus d’espoir, mais ils restaient là, leur pioche, désormais inutile, entre les mains, car ils n’avaient pas d’autres endroits où aller. »


« Quand il était encore socialiste, Mussolini était venu ici, et, lors d’un meeting qui s’était justement tenu piazza Catùna, il avait appelé la ville « la lionne rouge de l’Italie ». C’était en 1912. »


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Nicolas Sacco, né en 1891 dans un village des Pouilles, Bartolomeo Vanzetti lui est né dans un village du Piémont

 

« Les journaliers (logeaient) dans des maisons qui étaient creusés dans les murs d’enceinte, et qui ne faisaient qu’un avec les étables et les dépôts de blé. Il n’y avait pas de fenêtres et la lumière ne filtrait que par les portes. Dans la journée, on ne pouvait pas rester à l’intérieur ; on vivait donc à l’extérieur, subissant en été, la chaleur étouffante, et le froid en hiver.


En général, ces habitations appartenaient à ceux qui avaient fourni aux paysans un quart d’hectare ou un demi-hectare à cultiver ; un lopin de terre qui donnait tout au plus entre vingt et trente jours de travail, alors que les trois cent quarante restantes étaient chômées. »


Nous sommes en 1946 « La situation dans les Pouilles était restée telle qu’elle était au début du XXe siècle : une agriculture capitaliste avec de grandes agglomérations regroupant le prolétariat agricole, et des relations  moyenâgeuses, sur le plan social et culturel. »


« On devenait paysan à six ans, dès qu’on était Avant la guerre, ils restaient dans les masserie au temps des semailles et ne rentraient chez eux que tous les quinze jours, les hommes trimant dans les champs dès quatre heures du matin, alors qu’il faisait encore nuit. Quand le soleil se levait, ils avaient déjà fait trois heures, et leurs vêtements étaient trempés de rosée. »


« C’était toujours mieux que cinquante ans auparavant, quand les journaliers qui allaient vendanger se voyaient affublés d’une muselière pour les empêcher de manger le raisin. »


« L’idée courante était que les ouvriers agricoles n’étaient pas des êtres humains comme les autres, mais des frisulicchi, des bêtes de somme. Dans les rapports établis par les commissaires  à la sécurité Publique, la population d’Andria et des villages voisins était « une masse agricole, ignorante, analphabète et aux instincts bestiaux. »


Le PCI et l’UDI, l’Union des femmes italiennes, qui avaient organisé les « trains du bonheur » en Émilie, sitôt la guerre terminée, et les paysans de cette région « rouge », avaient accueillis et hébergés de nombreux enfants des Pouilles.


Trains du bonheur « Oui, du bonheur, parce que ces enfants comprirent, à ce moment-là, qu’on pouvait vivre sans connaître la faim, même dans les campagnes. Et, encore aujourd’hui, quelques vieillards se souviennent de l’étonnement des enfants, lorsqu’ils découvrirent que l’on pouvait manger trois fois par jour. »


Ces extraits sont puisés dans un livre écrit à « Quatre mains pour une révolte » par deux italiennes Luciana Castellina et Milena Agus.


Ils sont de la plume de Luciana Castellina, née à Rome en 1929, c’est une femme engagée, dissidente du PCI et fondatrice du Manifesto, longtemps Députée européenne. Intellectuelle flamboyante, féministe, écrivain et journaliste, elle a été de tous les combats du dernier demi-siècle.


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« Prends garde » chez Liana Lévi c’est donc l’histoire avec Luciana Castellina côté pile et un roman avec Milena Agus côté face, ou l’inverse si vous le voulez.


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« Dans le journalisme, on apprend à séparer les faits du commentaire. Et si la littérature faisait de même : distinguer le roman de l’histoire vraie ? Non seulement c’est possible, mais cela donne un résultat captivant et même étrangement moderne…» écrit le Monde.


Ces extraits sont un peu la toile de fond de l’histoire sanglante des demoiselles Porro qui « n'étaient séduisantes d'aucun point de vue, timides, douces mais peu affectueuses, elles n'avaient guère de conversation, se montraient prudentes dans leurs jugements et n'étaient pas friandes de ragots. Elles n'inspiraient pas l'admiration. »


Elles étaient riches, quoique différentes, et à mille lieues de ce maelstrom d'ares, d'hectares et de palais qui constituait le monde, auquel elles s'agrégeaient par devoir et sans enthousiasme. » (Milena Agus)


Je vous en parle demain…


Mais avant un poil de géographie via un chroniqueur québécois « Si on compare l'Italie à une botte féminine, les Pouilles (Puglia) correspondent au talon aiguille et à son prolongement dans l'arrière du mollet. En partant de la pointe sud, la péninsule est bordée par le golfe de Taranto à l'ouest et par la mer Adriatique à l'est (le Salento). Plus au nord, le territoire est limité à l'ouest par les contreforts montagneux des Apennins et est toujours bordé à l'est par les eaux de l'Adriatique (le Gargano).


En tout, une bande de terre d'environ 400 km de longueur sur à peu près 50 km de largeur. Précisément 19 350 km2. »


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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Aredius 29/01/2015 14:07


et on n'en mettait pas aux grives qui y allaient se saouler !


 


Merci pour ce rappel d'histoire contemporaine.

Reggio 29/01/2015 10:30


J'allais le dire, avant que Jean ne le dise...Le languedoc du XIXeme n'était guère différent des Pouilles. C'était le sort commun des journaliers et qui a duré assez tardivement...une situation
difficilement compréhensible maintenant. Mais si une reruralisation de masse se produit comme il se pourrait dans les années qui viennent, il ne serait pas impossible que l'on revoit ce genre de
situation se reproduire...

Clavel 29/01/2015 08:26


J'ai connu , dans la viticulture languedocienne , la période des jounaliers qui travaillaient quand ll y avait du travail, et qu'il ne pleuvait pas. Dès que j'ai exploité moi même au lendemain de
mon service militaire (1954/1957) en qualité de métayer eu 13/ de fruit (c'était le terme) j'avais 2 ouvriers  permanents (30 ha de vignes en coopérative) que j'ai payé au mois. Mais je n'ai
pas renouvelé le bail de 9 années, et me suis orienté professionnellement vers une activité sz salarié dans une OPA, qui mettait en oeuvre le FASASA (début le la PAC CEE)

patrick axelroud 29/01/2015 07:01


Rappel salutaire et documenté.Merci Taulier.Mon arrière grand père paternel était journalier.Veuf et père de 11 enfants ( ma grand mère, l'ainée officiait comme mère de famille) quitta son Berry
natal pour la Lorraine ou il y a vait du travail. Malgré le soit disant progré le merveilleux libéralisme sauvage actuel a repris la technique en créant en Angleterre entre autre le contrat 0
heure ou le " salarié" est à disposition de " l'employeur" ( ou la technique pour réduire -maquiller ?-le chiffre des chomeurs). On se demande comment ce peuple italien qui vécut dans de telles
conditions peut être le même que celui qui passe pour celui de la joie de vivre. Dans tous les cas voila une autre raison de tordre le cou à cette baliverne qui voudrait que " la misère soit
moins pénible au soleil" On s'extasie sur les progrés de l'humanité - Canal de Panama, chemin de fer Us d'est en ouest par exemple - en oubliant le coût humain de ces travaux non pas du aux seuls
accidents propres à toute activité humaine, mais au conditions de travail fait à ces nouveaux esclaves. Dans le même ordre d'idée on fait la fête aux superbes voiliers se rassemblant
régulièrement dans les ports francais en oubliant qu'il s'agissait de véritables bagnes. J'allais oublier les révolutions industrielles racontées par Zola et ses conséquences décrites par Dickens
tant cela aujourd'hui nous parait loin de nous et rangé au rang des poussière de l'histoire.De Plaute à Freud en passant par Montaigne, Hobbes ,Schopenhauer "L'homme est un loup pour l'homme" ne
cesse d'être d'actualité .Mais le rappeler ou s'implement l'évoquer vous expose au commentaire aussi paternaliste que dédaigneux " par incapacité à se remettre en cause :"pas d'angélisme voyons "
C'était mon quart d'heure ronchon.....

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