Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 00:09

 

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Sans me la jouer le type très sollicité ma messagerie déborde d’invitations diverses et variées alors, comme je n’ai guère l’âme administrative, je vis dans un joyeux foutoir mais, lorsque je dis oui à une invitation, je ne fais jamais faux bond comme le font certains malappris des deux sexes de notre petit monde. Jeudi 26, alors que je m’occupais de mes vaches normandes dans mon modeste bureau sur cour au premier étage du triste immeuble de la rue de Vaugirard qui nous abrite, sur mon écran apparaît un chat – non, non, je ne fume pas la moquette, y’en a pas dans ma boutique – c’était Philippe-Alexandre Bernatchez qui me sollicitait :


15:22 Philippe-Alexandre: Bonjour Jacques ! Si jamais le sujet vous intéresse, j'ai une place pour une belle dégustation de vins nature italiens à La Maison du Whisky Odéon ce soir...

 

15:25 moi: j'ai dû recevoir une invitation c'est à quelle heure ?

Philippe-Alexandre: à 20h30 oui, je crois que Carole Nicolas vous avait contacté... moi: oui

 

15:26 Philippe-Alexandre: Je serais ravi de pouvoir vous y accueillir si vous êtes disponible !

 

15:27 moi: OK j'y passe 20h30

 

15:28 Philippe-Alexandre: Super ! Nous accorderons les vins avec des antipasti italiens... Je vous envoie l'invitation et le menu par mail !


Bon tout ça me semblait tout de même assez ollé-ollé, ce qui n’était pas pour me déplaire. Le lieu tout d’abord : la maison du Whisky, sise au carrefour de l’Odéon, qui ne me semblait pas en adéquation avec une dégustation de vins natures orchestrée par un chef sommelier Alessandro Merlo. http://alessandromerlo.com. Ensuite, l’examen du menu transmis par Philippe-Alexandre m’intriguait car je notais qu’entre deux vins italiens se glissait un saké artisanal et que tout à la fin apparaissait un Xérès : une palette liquide très large donc, qui m’émoustillait. Pour la partie solide, mon bel et solide amour pour la cuisine italienne me laissait espérer, au vu des plats simples affichés au menu, de l’authenticité. 20h30 est un horaire parisien je me rendis du Lutétia au carrefour de l’Odéon à pied.


Accueil chaleureux, avec sa précision habituelle Philippe-Alexandre me donnait les clés pour que je lève mes interrogations en se référant au triple A. Pas celui des agences de notation qui sèment la terreur sur banques et Etats, non celui de Luca Gargano qui en 2001 a lancé le Manifeste des Producteurs de Vins Triple A (Agriculteurs, Artisans, Artistes). C’était là le fil directeur de ce que nous allions boire en mangeant : les vins italiens, le saké et le Xérès. Je signale à mes chers lecteurs que Luca Gargano et Nicolas Joly du Renouveau des Appellations sont, comme on dit chez moi, cul ma chemise. Comme vous le savez j’ai du mal avec l’élitisme, même lorsqu’il est teinté d’un zeste de pantalon de velours et de chemise de coton rêche, et les gourous me laissent froid. Alors, laissant de côté mes réticences pour les prêches, j’étais disposé à me laisser surprendre par ces produits d’excellence venu d’ailleurs.


Mais la surprise n’était pas là, elle était face à nous en la personne d’Alessandro Merlo. Il m’a bufflé ce garçon : avec lui l’accord mets-vins est une réalité subtile, intelligible, tangible, loin des habituels discours convenus. Vous connaissez mes préventions sur cet exercice très en vogue pour donner crédit à mon enthousiasme. Avec lui, j’étais au concert et lorsque je vais  écouter de la musique, en vrai si je puis dire, soit elle me prend, me transporte, me tient et je n’en suis pas à décrypter la partition, ce dont je serais bien incapable, ni à chercher à comprendre, non je communie ou sinon je m’ennuie. Je suis un primaire émotionnel ça me départi de la dictature de ma tête et je n’ai que foutre des commentaires savants ou des références. Je ne suis pas musicologue mais tout simplement amateur et surtout adeptes de sensations fortes, natures.


Alessandro porte bien son appellation : chef-sommelier, en effet c’est un créateur d’harmonies ou de subtiles dissonances, il ne joue pas de la grosse caisse mais il sait placer au bon endroit la vibration de la cymbale ou le timbre cristallin du triangle. Des riffles aussi. Avec lui nous sommes face à un auteur-compositeur-interprète qui, sans esbroufe ni excès joue et met en scène sa propre partition. Il joue juste, la gestuelle déjà pour le liquide, Alessandro garde la part de mystère et quand viennent les duos, en quelques mots simples, il les met en scène. Simplicité ne veut pas dire épuré, ici le moindre détail joue son rôle, à sa place, il se glisse sans effet pour, comme les seconds rôles, donner de la consistance au tableau. Coupelle et cuillère en bois, une belle verrerie, on goûte avec les yeux puis on se laisse aller aux senteurs et,  c’est avec une certaine retenue que l’on s’engage dans l’action la plus étrange puisque l’on va prendre possession : manger et boire. Que ça paraît trivial de décliner, ce que certains euphémisent par goûter, par ces mots de pure mécanique. Et pourtant, c’est dans ces instants que l’accord se révèle, existe, prend corps. Bien sûr, tout se joue dans une communion sous les deux espèces, précautionneuse mais sans entraves. J’ai toujours, au temps, où j’étais enfant de chœur adoré, dans la sacristie, mettre une hostie sur ma langue puis absorber le reste de la burette de vin blanc. Ce n’était pas le goût, puisque la fadeur de l’hostie et l’acidité du vin ne procuraient pas un plaisir au sens gustatif, mais le mystère et la transgression.

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Ici nulle transgression, même si les vins l’étaient eux, mais tout simplement le charme de la surprise, plaisir de bouche, de la mystérieuse alchimie de la burrata/betterave/roquette et de ce blanc qui portait à merveille son nom semplicemento, de l’étrangeté du Ribolla Gialla  2004 de Radikon, officiellement blanc mais qui  affiche un ocre rouge rutilant développe des arômes intenses de fruits sauvages, tapisse la bouche de tanins ronds, accepte d’allier sa complexité avec les asperges blanches lovées dans du lardo di colonnata. Oui, comme je l’ai avoué dans le titre de ma chronique je suis resté bouche bée d’admiration ce qui ne m’a pas empêché d’applaudir le compositeur-interprète à tout rompre. J’aurais aimé qu’il  y ait un BIS comme au concert. Chapeau bas cher Alessandro vous êtes un homme aux doigts d’or : vous magnifier les choses simples en leur faisant révéler l’âme des vins et ce n’est pas à la portée du premier venu.

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Comme vous vous en doutez j’ai passé la soirée sur un petit nuage même que je n’ai pas pu m’empêcher, entre chaque plat, de faire saliver via des sms taquins Isabelle la cathodique qui à langue si bien pendue et des papilles tellement aiguisées. Pour tout vous avouer, tellement j’étais chamboulé j’ai tout juste pu prendre quelques photos, des notes nada. Que faire alors ? Surtout ne pas broder sur mes émotions avec de petites descriptions emberlificotées ! Alors essayer de mettre en scène ma soirée en vous proposant de vous en tenir à la simple vision car pour les autres sens tout ce que je pourrais écrire ne serait pas à la hauteur de ce que m’a procuré le maestro Alessandro. Ce que je vous propose c’est de revenir dans de prochaines chroniques sur les vins dégustés qui, le moins qu’on puisse écrire, étaient surprenants dans le bon sens du terme. Comme l’a souligné à plusieurs reprises Alessandro : il choisit ses vins, non en référence à des qualificatifs comme naturel par exemple, parce qu’ils sont de beaux et grands vins authentiques. Tel fut le cas lors de ce dîner qui se termina à une belle heure. Jesuis rentré chez moi à pied. Que du bonheur !

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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