Mercredi 11 juillet 2012 3 11 /07 /Juil /2012 16:00

Qui pourrait douter, qu’étant donné mes attaches anciennes avec Banyuls, sitôt alerté par un expert en indignation en tout genre, je reste indifférent à la révolte des soutifs initiée par Barbara Frenz, Banyulencque d’adoption pour « soutenir » pour exprimer son opposition à la privatisation et à l’extension du port en étendant des dizaines de soutien-gorge d’un côté à l’autre de la rue Napoléon de Banyuls.


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Je le fais, sans aucune restriction, en hommage à mon ami Michel Jomain (Un dernier mot pour Michel Jomain, homme du vin, 100% rocardien …), récemment disparu, qui fut en son temps candidat malheureux aux élections municipales de Banyuls-sur-Mer contre le bétonneur du port le maire Jean Rède. Bien évidemment les promoteurs du projet vont me rétorquer : de quoi je me mêle, ça n’a rien à voir avec la cause vigneronne, ça ne touche en rien à l’avenir et à la santé de nos enfants si chers à mes amis parisiens. Certes, mais je suis allergique aux bétonneurs de tous poils et de toutes conditions : ce ne sont que des érecteurs de laideur, des goinfres insatiables, des destructeurs sans foi ni loi. Quand le mal est fait il est irréparable : les générations futures supporteront nos inconséquences et nos faiblesses coupables. Oui mais ce n’est qu’un port de plaisance me rétorqueront les partisans du projet qui aligneront tout le profit tiré par le commerce et l’artisanat local du flux des plaisanciers. Permettez-moi d’en douter vu l’état du marché. Et puis je déteste les potentats locaux qui se comportent comme des baronnets à qui tout est permis, même les conneries.


Reste aussi la beauté du geste de Barbara Frenz  et le ridicule achevé du maire se présentant en personne, accompagné de trois policiers municipaux, au domicile de celle-ci. L’homme est prude « tous ces soutien-gorge donnent une mauvaise image de Banyuls et peuvent choquer les enfants »  mais égrillard puisqu’il a ajouté, dans son interview à la radio que « ces femmes feraient mieux de manifester en se promenant les seins à l’air ». Vieux saligaud et comme le note un local à propos de la vidéo ci-dessous « le spectacle d’un Jean Rède assis sur sa borne, balançant nonchalamment sa canne et son pieds au milieu d’un désastre en communication qui fait rigoler les passants, est quand même très précieux pour les générations futures. »


Bien évidemment je soutiens et j’en appelle à mes compères locaux Léon et l’ami Michel forgeron de Dana pour se joindre à moi dans ce juste combat.  Nous pourrions, tels de preux chevaliers, brandir des étendards ornés de ces parures que nous avons toujours aimé extirper des appâts qu’elles étaient censées soutenir.


Haut les cœurs !

 

Mort aux cons !

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El Punt d'Avui en a fait un article en Catalan sous la plume d'Aleix Renyé Ci-dessous la traduction de cet article intitulé "La revolte dels sostens a Banyuls de la Marenda"

 

LA RÉVOLTE DES SOUTIEN-GORGE A BANYULS S/MER


A Banyuls-sur-Mer on n’a pas le temps de s’ennuyer. Le maire Jean Rède s’occupe de l’animation, il est en train de révolutionner le village avec son projet d’agrandissement du port. Un projet mégalomane qui détruirait la moitié de la baie et ouvrirait les porte à l’urbanisation touristique, selon les accusations de ses détracteurs conduits par l’ancien maire et icône sardaniste Roger Rull.


Autre forme d’opposition municipale ou simplement envie de faire une performance artistique, quoiqu’il en soit une Banyulencque d’adoption, Barbara, a décidé de suspendre un nombre conséquent de soutien-gorge dans son quartier. Des soutiens-gorge de toutes les couleurs et de toutes sortes, avec ou sans fanfreluches, qui ont fini par incommoder certains voisins. En particulier un conseiller municipal inconditionnel soutien du maire Jean Rède Tothom (comme l’avait baptisé un mystérieux rédacteur de la revue satirique El Fiçó aujourd’hui disparu) qui a obtenu que le maire envoie la police municipale avec mission de faire disparaître ce spectacle « indécent » (il serait intéressant de savoir sur quelle base légale s’appuie la police pour retirer la lingerie étendue si aucune ordonnance ne l’interdit). Il n’est pas difficile d’imaginer que plus qu’un acte d’opposition, ce qui incommodait le plus ce vieux banyulenc de souche, bien-pensant et bien de droite, c’est l’humour, la légèreté et « l’indécence » de cette « étrangère » qui leur fait monter la moutarde au nez avec l’intimité d’une pièce de lingerie chargée d’érotisme. Eux qui sûrement reluquent sans en avoir l’air les nichons et les fesses de cette « étrangère », quand ils vont chaque jour s’asseoir sur les bancs devant la plage pour regarder sa poitrine et ses cuisses, se sont ainsi trouvés confrontés à leur misère intime. Et cà, ça fait bien plus mal que quelques débats et oppositions politiques.


Terre de gens têtus qui ont modelé en œuvre d’art les versants de l’Albère marine pour y faire naître leur vin, de femmes solidement campées à l’humeur indomptable – aux corps généreux et sensuels sculptés par Maillol -, le caractère particulier des banyulencs déteint au final sur ceux qui décident d’y vivre.  Josep Pla dans un de ses livres qui, si la mémoire ne me fait pas défaut, s’intitulait « Contrebande », évoquait le caractère particulier des habitants de Banyuls dans un compte-rendu de son voyage, au début du XXe siècle, à bord de la barque « Mistral » quand il aidait son ami Heron Baldiri à charger des marchandises de contrebande "françaises". Les personnages vont de Cadaqués à Salses, et s’arrêtent dans les parages de la côte comme Banyuls, Port-Vendres ou Collioure. Pla affirme que les habitants de deux villages de la côte se distinguaient pour avoir des caractères rebelles, fous, agressifs et difficiles (écris de mémoire, Pla devait utiliser d’autres adjectifs ) à cause de leur isolement, il s’agit de Banyuls et Cadaqués. Quand Pla avait écrit son livre, l’accès terrestre de ces villages était long et difficile, les habitants les prenaient rarement et sortaient par la mer, pour pêcher ou faire de la contrebande. Un siècle plus tard les moyens de communications se sont améliorés mais Banyuls continue d’avoir ce truc, ce je-ne-sais-quoi, qui donne des personnages géniaux et ineffables. En bien ou en mal. Un caractère, une élégance et une beauté qui contamine irrémédiablement ceux qui s’aventurent à y vivre et à fréquenter les banyulencs et les banyulenques.   


Par JACQUES BERTHOMEAU
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