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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 00:04

Dans sa préface à « Vignes&Vignerons de Vendée », Henri Gault regrette que l’auteur n’est pas fait « la part assez belle au ragoûtant. Abusivement dénommé négrette par les Toulousains qui s’en enorgueillissent dans leur Frontonnais, ce cépage indigène au nom délicieusement ridicule fait un vin sombre et puissant qui, en vieillissant, évolue à la manière d’une sorte de porto sans mutage et sans sucre. »

 

Cet ouvrage, publié en 1992, je l’ai découvert aux Puces de St Ouen chez un spécialiste des objets du vin. Glane habituelle de chineur, ouvrage assez récent et sans grande originalité sauf qu’il consacre un long passage au frère Henri Bécot mon maître vigneron de l’école d’Agriculture ND de la Forêt à la Mothe-Achard. Je lui ai consacré une  chronique le 22 décembre 2005, si vous avez du temps lisez-là link 

 

Avant de vous le proposer, pour situer ce que représentait la viticulture en Vendée lorsque j’y usais mes fonds de culotte sur les bancs de l’école, quelques chiffres :

 

 Nombres de déclarants :

-         1950-1959 = 59 160 (sur un total de 1 498 600) 2ième rang après l’Hérault

-         1960-1960 = 49 194 (sur un total de 1 265 20) 2ième rang après l’Hérault

 

Superficie en Ha et en Hl :

-         1950-1959 = 17 853 ha (sur un total de 1 161 000) et 766 164 hl (sur un total de 61 500 000 hl) 14ième rang

-         1960-1960 = 14 734 ha (sur un total de 1 375 000) et 564 411 hl (sur un total de 73 700 000 hl) 25ième rang

 

 

 

«  Bécot, dans l’immédiat après-guerre 1945, fit avancer l’idée d’un vin de qualité primant sur le vin de petite façon, donc de quantité. On l’a dit apôtre des hybrides. Des bons hybrides, oui ; mais des grands cépages aussi. Quand il me conviait à la découverte d’une cave, c’était avant tout pour apprécier tel sauvignon, tel groslot, tel traminer (eh ! oui) ; je ne me souviens pas qu’il m’ait « débauché » pour quelque seibel, ravaz ou orberlin, même s’il ne les dédaignait pas. Ce professeur de géographie et d’histoire, né au pays de Vallet, mais originaire de Bazoges-en-Pareds, fidèle à ses racines paysannes, n’avait cure d’économie vinicole. Ce qui le préoccupait, c’était le bonheur du vigneron occasionnel, dont le labeur céréalier ou le soin asservissant des bêtes méritait la récompense du fier plaisir de la vendange. Il condamnait fermement les étranges fidélités qui l’attachaient, ce paysan, aux plants américains et prêchait pour qu’on les remplaçât par les meilleurs hybrides français couronnés à la foire annuelle de Chantonnay où son inusable soutane et son rabat bleu flottaient au vent de son enthousiasme comme l’emblème de la vigne vendéenne. Aurait-il applaudi au classement des Fiefs en VDQS ? Je le pense ; mais son action ne se plaçait pas sur le terrain des labels nobles ; elle se situait dans la quotidienneté du laboureur dont la profession principale n’était pas de faire du vin.


Avant de quitter, provisoirement, car il est inoubliable, le bon frère Bécot, une anecdote de plus. Peu de temps avant son retour d’Angleterre * – où l’avaient exilé, pour le bien de son corps malade, ses supérieurs – donc peu de temps avant sa mort survenue au début des années 70, Bécot, de retour d’un pèlerinage à Rome, me rapporta que le pape Jean XXIII, attentif aux vendanges du Vatican où les vignes sont petites mais fort bien travaillées, s’était émerveillé de l’une d’elles, celle de 1969, si j’en crois mes souvenirs. Jean XXIII se serait alors empressé, sans rire, de recommander à son entourage de veiller que ce vin ne fût servi aux prêtres de passage : « Pensez-donc, ils le voudraient comme vin d’autel…et du coup ils seraient capables de dire la messe trois ou quatre fois par jour ! » Et, Bécot, à l’image de son pape, avec la gravité feinte qui lui était habituelle, d’ajouter : « Mais moi, je ne suis qu’un pauvre frère et je ne dis pas la messe, alors… », et ses yeux riaient. »

 

Jean Huguet

 

Comme vous le constatez, chers amis Bons Vivants, j’ai été à bonne école avec de bons maîtres…


* Henri Bécot exilé à Londres pour le contraindre au régime sec m'a raconté que dans les brumes d'Outre-Manche il avait fait la connaissance d'un lord qui s'épuisait à faire pousser quelques pieds de vigne et qu'aà tous les deux ils avaient récolté cette année-là quelques hectolitre..."

 

 

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