Mardi 28 avril 2009
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Avec un tel titre, je sais le clan des blouses blanches et certitudes incorporées va m’accuser de tirer la
couverture à notre juste et belle cause du bien-vivre. Faux, je ne fais que retranscrire avec honnêteté les propos d’Estelle
Masson, maître de conférences en
psychologie sociale à l’Université de Brest, dans le cadre de l'émission « « Ça ne mange pas de pain » de mars 2008. Le thème de l'interview : Les malheurs des mangeurs : consommateur ou citoyen, faut-il choisir ? »
Comment les Français mais aussi les Américains, les
Italiens, les Anglais, les Allemands ou les Suisses gèrent-ils leurs rapports à l’alimentation ?
Quelles sont leurs représentations de l’alimentation,
du corps, de la santé ?
Pourquoi compte-t-on cinq fois moins d’obèses en
France qu’aux Etats-Unis ?
Voici quelques unes des questions que Sylvie Berhier, de la Mission Agrobiosciences lui a posées.
Pour vous mettre l’eau à la bouche je vous propose
quelques extraits de ses réponses, libre à vous de vous reporter au script original.
« […] D’autre part, depuis une vingtaine d’années, on nous prédit qu’en France
il y aurait bientôt autant d’obèses qu’aux Etats-Unis. Effectivement, le taux d’obésité a augmenté en France, mais il reste l’un des plus bas des pays développés. Donc, nous nous sommes posé la
question de savoir si on ne pourrait pas trouver, dans le rapport que chaque culture entretient à l’alimentation, des éléments de réponse à ce phénomène. Et n’y aurait-il pas dans certaines
cultures, notamment la culture française, quelque chose qui opérerait un peu comme un facteur de préservation contre l’obésité […] »
« […] Alors comment se définit le bien manger chez
les uns et les autres ?
C’est un des principaux résultats de notre enquête. Nous avons réussi à mettre en évidence l’existence de deux modèles du rapport à l’alimentation. En schématisant,
d’un côté, on observe la prédominance d’une conception individualiste de l’alimentation ; de l’autre, une conception plus traditionnelle. Dans la conception individualiste, tout s’articule
autour d’une approche nutritionnelle et se ramifie autour des questions de liberté individuelle, de choix et de responsabilité individuelle. Et, dans cette logique-là, pour bien manger, il
appartient à chacun, individuellement, de faire les bons choix. Cette gestion individuelle de l’alimentation va souvent s’accompagner d’une culpabilité, parce que
contrôler son alimentation au quotidien est perçu comme un travail relativement ardu, les dérives sont si faciles et rares sont les individus qui déclarent parvenir à toujours se contraindre à
faire les bons choix.
On est, là, sur le modèle
anglo-saxon...
Oui et notamment celui des Américains. Pour eux, bien
manger c’est se procurer les bons apports nutritionnels. L’approche est très diététique dans le sens où ils ne parlent pas de manger des plats mais d’incorporer des nutriments. Elle est aussi
très individualiste dans le sens où il va falloir à chaque individu trouver ce qui lui convient personnellement et est adapté à son corps.
On a l’impression, qu’ils mangent
sur ordonnance médicale...
Quasiment, oui ! Leur référent très fréquent est la fameuse pyramide alimentaire où il est indiqué les proportions de chaque famille d’aliments à consommer.
Du côté des Européens - on va dire des bons vivants- comment ça se
passe ?
Les bons vivants, eux, vont accorder une importance beaucoup plus centrale à l’aspect collectif, convivial de l’alimentation. Et pour eux, bien manger, c’est avant
tout manger avec d’autres, partager un repas donc, en quelque sorte, c’est aussi soumettre leur appétit à un certain nombre de règles collectives. Là, il n’est plus du tout question d’une
approche diététique et nutritionnelle de l’alimentation, mais plutôt d’une approche culinaire. Ce qui compte, ce sont les plats, ce qui est mangé dans le cadre d’un repas. Bien manger, c’est
manger de bons plats, bons à être partagés avec d’autres commensaux dans un espace-temps dévolu à cette activité. Un autre point sensible dans ce modèle traditionnel : le rapport à
l’alimentation apparaît beaucoup plus serein. La notion de plaisir est très présente que ce soit le plaisir du partage ou encore le plaisir gustatif. […]»
« […] Le principal enseignement que l’on peut
tirer à notre étude, c’est que, sans doute, il n’y a rien à gagner à faire trop d’éducation nutritionnelle. L’éducation nutritionnelle - et la médicalisation de l’alimentation - est
contre-productive car elle tend à individualiser le rapport à l’alimentation. Elle tend à obliger chaque individu, seul et souvent désemparé, à faire des choix. Elle l’oblige à se construire
individuellement une alimentation qui lui soit personnellement adaptée, ce qui est pour ainsi dire impossible. A mon sens, il vaudrait mieux insister sur les dimensions conviviales de
l’alimentation et l’importance du partage, de laisser à la culture jouer son rôle de guide des pratiques et de faire en sorte, aussi, que les aliments, la nourriture ne soient pas perçues comme
des menaces, des dangers, mais de permettre aux individus de les ré-apprivoiser et d’être confiants […]»
Si vous souhaitez lire l’intégralité de l’article
veuillez vous reporter à la rubrique PAGES N°50 Comment les français résistent-ils à
l’obésité ?
Si vous pensez encore qu’adhérer à l’Amicale des Bons
Vivants est une plaisanterie de vieux potaches j’espère que cette lecture vous fera changer d’avis.
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